Quatre traitements et un placebo testés contre le coronavirus

La réutilisation d’un médicament, la chloroquine, pour traiter le Covid-19 suscite actuellement la polémique. ©Photo News

L’essai clinique européen lancé lundi dans sept pays européens veut prendre le virus de vitesse.

La stratégie de l’essai clinique lancé dans divers pays européens cette semaine, dont la Belgique, s’articule autour de cinq axes. "Il s’agit d’un protocole adaptatif", explique le Dr Nicolas Dauby, de l’Institut d’immunologie médicale et de l’École de santé publique de l’Université libre de Bruxelles (ULB). "Cela signifie qu’après avoir traité 100 à 200 patients, une évaluation intérimaire sera systématiquement effectuée. Si un de ces cinq types de traitements semble inefficace, voire s’il présente d’importants effets secondaires, il sera retiré du protocole et on continuera avec les autres".

Ce processus par élimination peut sembler enfantin. Il n’en est rien. "Un tel essai clinique à un tel niveau, avec autant des patients, est important si on souhaite en retirer rapidement de précieux enseignements", précise le médecin.

"Les effets secondaires de l'hydroxychloroquine sont loin d’être négligeables."
Pr. Jean-Luc Gala
Directeur du CTMA de l’UCLouvain

Et cette notion de rapidité face au nouveau virus, mais aussi celle d’échantillon suffisamment représentatif, n’est pas des mots en l’air. Une des branches de cette stratégie concerne la réutilisation d’un médicament qui suscite actuellement la polémique: la chloroquine. "À Marseille, le Pr Raoult martèle que ce médicament utilisé contre le paludisme est efficace contre le Covid-19", explique le Pr Jean-Luc Gala, directeur du Centre de technologies moléculaires appliquées (CTMA) de l’UCLouvain, où on teste intensivement ces derniers jours les prélèvements suspects. "Mais son essai ne porte que sur une vingtaine de patients, dont six sont sortis de son étude en cours de route pour diverses raisons."

À noter: l’essai clinique européen qui vient de démarrer se concentre sur un analogue de ce médicament, l’hydroxychloroquine, une molécule qui pourrait être trois fois plus efficace contre le coronavirus. "Nous y serons attentifs", dit le Pr Gala. "Mais attention, cet analogue est utilisé à d’autres dosages et pour d’autres types de pathologies que celui utilisé contre la malaria. On le prescrit dans le cadre du lupus ou d’arthrite rhumatoïde: des maladies inflammatoires chroniques. Et ses effets secondaires sont loin d’être négligeables", précise le médecin.

La question des stocks disponibles

"Au-delà de son efficacité potentielle, le problème avec le remdesivir, c’est que ce composé n’a jamais été commercialisé."
Dr Nicolas Dauby
Institut d’immunologie médicale

Une autre molécule qui sera testée n’est autre que le remdesivir. "Il s’agit d’un antiviral développé pour lutter contre l’Ebola", reprend le Dr Dauby, à l’hôpital Saint-Pierre (ULB). "Cette molécule est un inhibiteur d’enzymes. En visant certaines enzymes du virus, il l’empêche de se répliquer. Cette molécule n’a finalement pas été efficace contre l’Ebola. Le sera-t-elle contre le coronavirus actuel? Au-delà de son efficacité potentielle, le problème avec le remdesivir, c’est que ce composé n’a jamais été commercialisé. Ce qui pose la question des stocks disponibles", estime le médecin.

Deux autres axes de la stratégie suivie par cet essai clinique concernent des cocktails d’antiviraux utilisés dans le cadre de la lutte contre le VIH depuis de nombreuses années: le lopinavir et le ritonavir. Ceux-ci seront testés contre le Covid-19, d’une part ensemble, et d’autre part en cocktail avec de l’interféron bêta. Il s’agit ici d’inhibiteurs de protéases largement disponibles.

Enfin, la dernière branche de cette stratégie en cinq points porte sur la surveillance de patients auxquels ne sont pas administrés d’antiviraux. Cette stratégie se limite à l’administration de soins standards aux patients hospitalisés. Des patients "placebos" en quelque sorte.

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