interview

Que faut-il dire à nos enfants avant ce retour à l'école?

Ce 18 mai et pour plusieurs semaines, l'école ne sera plus du tout comme avant. ©REUTERS

Les enfants retrouveront une école bien changée le 18 mai. Toutes les choses marrantes, comme les jeux ou les rigolades à la cantine, seront réprimées. De nouvelles règles seront obligatoires. Comment leur expliquer tout ça? Le docteur en psychologie Benoît Galand nous éclaire.

Dans une bonne dizaine de jours, le 18 mai, ce sera la rentrée bis pour les élèves de 6e primaire et des classes terminales du secondaire. Une semaine plus tard, ce sera au tour des classes de 1re et 2e primaire et des 2es secondaires. Cela s'annonce compliqué à gérer, sur le plan logistique bien sûr, mais aussi sur le plan émotionnel. Cette école à temps partiel, pas obligatoire et pas pour tous, en petits groupes, diffère de tout ce que les enfants et anciens enfants que sont aujourd'hui les adultes connaissent. Comment gérer cette drôle de situation? Pour Benoît Galand, professeur à la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'UCLouvain, "c'est une situation tellement atypique qu'il est utile d'en parler déjà en famille."

Comment parler de ce retour à l'école aux enfants?

Plusieurs éléments sont importants. Il est intéressant de faire le point sur ce que les enfants ont réalisé comme travail scolaire, de voir s'ils ont décroché et où. Ce sera très utile que les enseignants sachent directement où en est chaque élève, afin de s'ajuster.

"Il faut trouver des mots, des visuels, des histoires pour expliquer, mais sans aller trop loin non plus parce que l'école aura son propre fonctionnement."
Benoît Galand
Docteur en psychologie (UCLouvain)

Mais il faut aussi, bien sûr, aborder les différentes mesures nécessaires: distanciation sociale, hygiène des mains, port du masque... La façon d'aborder ces sujets diffère énormément en fonction de l'âge. Mais cela doit être l'occasion de réfléchir à l'origine de la règle, sa raison... d'autant que toutes les données ne sont pas claires, notamment pour la distanciation physique qui peut être différente selon qu'un enfant coure dans la cour ou soit assis bouche fermée. Il faut trouver des mots, des visuels, des histoires pour expliquer cela, mais sans aller trop loin non plus parce que l'école aura son propre fonctionnement. Pour éviter la discordance, je suggère donc d'expliquer ce qui peut avoir du sens dans tous les contextes. L'équipe éducative se chargera du reste. 

Faut-il répéter les gestes barrières à la maison?

En voulant trop bien faire, on risque de stresser les enfants. Et ici non plus, il ne faut pas trop s'engager sans connaître les dispositions concrètes de l'école. Imaginez qu'il y ait un problème d'évier ou de disponibilité de masque et que l'enfant ne puisse respecter les recommandations parentales... Cela ajouterait une couche de pression supplémentaire.

Les parents très anxieux de ce retour à l'école doivent-ils partager leurs états d'âme avec leurs enfants?

On sait qu'il ne faut pas inonder les jeunes avec les émotions... tout en restant honnête. On peut garder une attitude authentique en donnant plutôt des informations utiles. Par contre, si l'enfant pose directement à ses parents la question de ses sentiments sur la situation, il faut partager son ressenti pour ne pas mettre à mal la relation de confiance.

Les adultes, parents et enseignants, vont devoir apprendre à gérer leurs incertitudes. C'était déjà le cas avant, mais ici, c'est à la puissance 10! On n'a pas toutes les réponses, il faudra continuellement s'ajuster. C'est un gros défi éducatif, vu que les jeunes scrutent chez l'adulte non seulement ses connaissances, mais aussi sa façon de faire face à la peur.

"Un des vrais défis, c'est la communication entre les enseignants et les familles."
Benoît Galand

La situation n'est-elle pas périlleuse pour les enfants en retard scolaire?

Un des vrais défis, c'est la communication entre les enseignants et les familles. Chaque situation est particulière. Or, les équipes pédagogiques risquent d'être mobilisées par l'aspect sanitaire, alors qu'elles voudraient se concentrer sur le pédagogique et le relationnel. Il y a les enfants en décrochage, mais aussi ceux qui ne rentrent pas. Cette situation sera un révélateur des inégalités sociales, bien sûr, mais aussi des diversités

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Je conseillerais aux écoles d'instaurer un cadre pour des contacts, par exemple, à des plages horaires précises avec les familles. Les parents sont préoccupés, il est intéressant de les éclairer. Que peuvent-ils mettre en place pour accompagner leurs enfants en difficultés ou qui ne rentrent pas à l'école avant septembre? Les parents peuvent aussi interpeller l'école: quand peut-on se parler? Quels outils me proposez-vous pour ne pas que mon enfant soit pénalisé?

Les enfants ne risquent-ils pas de perdre leurs acquis?

On a connu de longues semaines sans cours dans d'autres contextes. Mais sur une scolarité complète, qu'est-ce que cela représente? On peut rattraper le temps perdu. Il faut aussi accepter que d'autres apprentissages se fassent durant cette période. D'autres nourritures intellectuelles que le programme scolaire ont de la valeur! 

 

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