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Que va changer la mutation du virus du Covid-19?

La mutation du virus apparue en Angleterre semble se répandre très rapidement et cela inquiète. ©AFP

Un nouveau variant du Sars-CoV-2 est apparu en Angleterre. Il inquiète parce qu'il semble se propager particulièrement rapidement. Quelles seront les conséquences de ce phénomène sur l'épidémie et la vaccination?

Une mutation du nouveau coronavirus a été observée au Royaume-Uni, où elle se répand très rapidement. Elle a aussi été détectée ailleurs, en Belgique notamment: au  laboratoire de Leuven, le virologue Marc Van Ranst a rapporté que sur 2.000 échantillons analysés, quatre cas ont été trouvés.

Ce variant du Sars-CoV-2 est considéré comme étant potentiellement 70% plus contagieux que le précédent, selon Boris Johnson, le Premier ministre britannique. On a en effet noté "une augmentation très forte des cas de contamination et des hospitalisations à Londres et dans le Sud-Est, par rapport au reste du pays ces derniers jours", a signalé le professeur de médecine Paul Hunter, de l'Université d'East-Anglia.

Principe de précaution

Les États européens ont vite réagi en tentant de se protéger contre l'arrivée de ce nouvel indésirable. Les vols en provenance de Grande-Bretagne ont été temporairement suspendus par de nombreux pays, dont la Belgique. Il s'agit d'un principe de précaution parce qu'on ne connaît pas encore grand-chose de cette nouvelle souche. Des études ont été lancées pour la cerner et la comprendre au plus vite.

"Y a-t-il un lien de cause à effet, ce variant est -il responsable de cette vitesse de propagation, l'est-il en partie, pas du tout? "
Simon Dellicour
Épidémiologiste (ULB)

Trois questions doivent se poser quand on est face à l’apparition d’un nouveau variant suspecté d’être différent des autres variants déjà en circulation, explique Simon Dellicour, épidémiologiste à l'ULB. "Le nouveau phénotype impacte-t-il la transmissibilité? La virulence du virus est-elle différente? Y a-t-il un impact sur l'efficacité de la vaccination?" La réponse à ces interrogations reste encore inconnue. "Ce que l'on sait, et c'est basé sur l'observation, c'est que la fréquence de détection de ce variant a notablement augmenté au Royaume-Uni."

La nouvelle souche "pas hors de contrôle" selon l'OMS

L'OMS se veut toutefois rassurante, affirmant que cette nouvelle souche "n'est pas hors de contrôle" et appelant à appliquer les mesures sanitaires ayant fait leurs preuves. "Nous avons eu un R0 (taux de reproduction du virus, ndlr) beaucoup plus élevé que 1,5 à différents moments de cette pandémie et nous l'avons maîtrisé. Cette situation n'est donc pas, en ce sens, hors de contrôle", a déclaré le responsable des situations d'urgence sanitaire à l'OMS, Michael Ryan, en conférence de presse. Le ministre de la Santé britannique, Matt Hancock, a estimé dimanche que "la nouvelle souche du coronavirus était hors de contrôle", semant l'inquiétude dans toute l'Europe.

"Je ne saurais trop insister - auprès de tous les gouvernements et de tous les citoyens - sur l'importance de prendre les précautions nécessaires pour limiter la transmission."
Tedros Adhanom Ghebreyesus
Directeur général de l'OMS

Pour sa part, le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a estimé qu'il fallait stopper la transmission de toutes les variantes du virus "aussi rapidement que possible", car "plus nous le laissons se propager, plus il a la possibilité de se modifier". "Je ne saurais trop insister - auprès de tous les gouvernements et de tous les citoyens - sur l'importance de prendre les précautions nécessaires pour limiter la transmission", a-t-il insisté. Il a rappelé qu'il est naturel que "les virus mutent au fil du temps", et a souligné que rien ne prouvait jusqu'à présent que la nouvelle variante identifiée sur le territoire britanique "soit plus susceptible de provoquer une maladie grave ou la mort".

Une souche qui se transmet plus vite?

Cette souche, apparue mi-septembre et qui concerne actuellement 60% des cas détectés en Angleterre, se caractérise par une combinaison de mutation, dont une au niveau de la protéine spike de surface, qui est la "clé" qui permet au SARS-CoV-2 de pénétrer dans nos cellules. "Si le virus infecte plus facilement un hôte, cela peut potentiellement accélérer sa transmission de personne à personne", explique Simon Dellicour. "Y a-t-il un lien de cause à effet, ce variant est -il responsable de cette vitesse de propagation, l'est-il en partie, pas du tout?"

Concernant les conséquences sur la virulence, il n’y a aujourd’hui pas d’indication en ce sens, mais cela nécessite également plus d’investigations. Et les experts de l'Union européenne ont estimé dimanche que les vaccins actuels contre le Covid-19 restaient efficaces face à cette nouvelle souche.

Oui, il y a un risque théorique mais dans la pratique, il n'y a pas d'argument vu que les études ont été faites dans différents pays, avec des souches différentes et ont pris en compte des mutations.
Emmanuel André
Microbiologiste (UZ Leuven)

Craintes sur l'efficacité du vaccin

De fait, Emmanuel André, médecin microbiologiste à l'UZ Leuven, explique qu'aujourd'hui, on n'a pas de raison de penser que les vaccins perdraient de leur efficacité avec l'apparition de ce variant. "Ce n'est pas la première fois que ce type de mutation apparaît et les études vaccinales n'ont pas montré d'impact sur l'effet du vaccin. Oui, il y a un risque théorique mais dans la pratique, il n'y a pas d'argument vu que les études ont été faites dans différents pays, avec des souches différentes et ont pris en compte des mutations. En se basant sur le passé, je suis donc confiant. Et des tests sont en cours pour vérifier cela!"

La mutation d'un virus est quelque chose de normal.
Simon Dellicour

Simon Dellicour tient à rappeler qu’il reste beaucoup d'incertitudes et il n'y a donc pas lieu de faire circuler des conclusions trop hâtives et potentiellement anxiogènes. "Cependant, oui, la vitesse à laquelle la fréquence de ce variant a augmenté doit interpeller la communauté scientifique. Le fait qu’un virus mute est quelque chose de normal. Néanmoins, le mot «mutation» a une connotation négative dans le langage populaire, or c'est un terme technique. Cela crée régulièrement une confusion lorsqu'une épidémie est médiatisée, comme c’est le cas de celle-ci."

Les virus à ARN mutent très fréquemment, mais "pour un virus à ARN, le SARS-CoV-2 est plutôt dans la moyenne basse au niveau de son taux de mutation", rappelle l'épidémiologiste de l'ULB.

Via les contacts sociaux

"Plus le taux de contamination est faible, moins le virus aura de chance de muter."
Emmanuel André

"Certaines variantes apparaissent brièvement et disparaissent à jamais. D'autres deviennent dominantes", selon Yves Van Laethem, le porte-parole de la lutte contre le Covid. Pourquoi? "Parce que la variante profite de nos contacts sociaux. Ou, dans certains cas, certaines variantes se transmettent plus facilement."

Et donc, les comportements de la population jouent un rôle essentiel. "Plus faible est le taux de contamination, moins le virus aura de chance de muter", relève Emmanuel André. "Et donc, plus la vaccination aura de chance de se montrer efficace."

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