Quel plan peut vraiment protéger l'économie européenne?

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L'urgence est sanitaire. Mais le coronavirus plombe à ce point l'économie que différents plans émergent. Sont-ils utiles?

La Banque d'Angleterre (BoE) a annoncé une baisse drastique de ses taux ce mercredi afin d'aider l'économie britannique face au "choc" de l'épidémie de coronavirus. La BCE doit dévoiler son plan jeudi. "Fondamentalement, on a un aperçu de ce que la BCE va proposer avec la combinaison de trois éléments proposés par la BoE", estime Philippe Ledent, économiste senior chez ING Belgique. "Actuellement, la priorité est d'assurer la liquidité des entreprises. Pour leur solvabilité, on verra plus tard."

  • La BoE a baissé ses taux de 0,75% à 0,25%, bonne inspiration pour la BCE?

"Vu que la BCE n'a pas encore relevé ses taux et est allée beaucoup plus loin dans l'abaissement, ce  n'est pas comparable. Une baisse des taux n'aurait pas beaucoup d'impact." En effet, le but serait de booster les emprunts des ménages et entreprises. Mais l'heure n'est pas à l'investissement... "Sauf si cela s'accompagne d'autres mesures qui compenseraient l'effet négatif des taux négatifs", commente Philippe Ledent. Mais la BCE a-t-elle vraiment le choix? "Si elle ne le fait pas alors que les autres le font, l'euro va s'apprécier, ce qui aura un effet négatif supplémentaire sur l'économie européenne."

Actuellement, la priorité est d'assurer la liquidité des entreprises. Pour leur solvabilité, on verra plus tard.
Philippe Ledent

  • La BoE va encourager les banques à prêter aux entreprises et aux ménages, quid de la BCE?

La BCE pourrait relancer un programme de TLTRO, qui permet aux banques d'avoir un meilleur prix sur leurs opérations de financement à condition à condition de respecter un objectif. "Vu qu'il est peu probable que les entreprises fassent des crédits d'investissement, il faudrait cibler les crédits de liquidités", espère l'économiste d'ING. C'est en effet là qu'est le problème des PME: "les recettes s'effondrent alors que les coûts fixes et salariaux sont là", rappelle Eric Dor, directeur des Études économiques à l'IÉSEG (Lille).

Problème: une telle mesure augmenterait encore l'excès de liquidités. Donc, il faudrait aussi l'assortir de mesures techniques pour neutraliser les effets négatifs. 

  • La BoE a assoupli les règles de solvabilité afin que les banques aient plus de souplesse pour financer l'économie. C'est possible sur le continent?

Les banques nationales, telles que la BNB, peuvent utiliser les exigences du coussin de fonds propres contra-cycliques. Qu'est-ce que c'est? Les banques doivent normalement avoir une réserve de fonds afin de créer un "coussin" face aux prêts douteux. En assouplissant les exigences de capitaux propres, qui sont très coûteux pour les banques, celles-ci "sont moins hésitantes à accorder des prêts", note Eric Dor. Cela est du ressort des régulateurs de chaque État (même si la BCE peut donner une injonction en ce sens).

  • Différents États, dont la Belgique, lancent des mesures de soutien à l'économie. Faut-il en faire plus?
"Seule la France a accordé une garantie publique aux emprunts de certaines entreprises, comme les PME, afin de maintenir les lignes de crédit. C'est triste que la Belgique ne l'ait pas encore fait..."
Eric Dor

"La BCE pourrait aussi augmenter les achats d'obligations d'entreprise. Pour les achats d'obligations publiques, c'est plus difficile parce qu'il y a beaucoup de contraintes. Après tout ça, le potentiel de la politique monétaire est quasiment épuisé. Il faut jouer sur la politique fiscale. Pour soulager la trésorerie des PME qui voient leurs recettes diminuer, on peut postposer ou étaler le payement d'impôts, de cotisations sociales. De nombreux pays le font", résume Eric Dor. "Mais pour le moment, seule la France a accordé une garantie publique aux emprunts de certaines entreprises, comme les PME, afin de maintenir les lignes de crédit. C'est triste que la Belgique ne l'ait pas encore fait... C'est indispensable! Certes, il y a un coût budgétaire. Mais si ces entreprises font faillite, il faudra payer le es allocations de chômage et ça, c'est pire. L'Union européenne pourrait aussi trouver un instrument pour cela."

Pour le reste, les États sont assez dépourvus, tant que l'épidémie n'est pas sur le déclin et qu'aucun bilan économique n'est possible. "On ne peut pas faire grand-chose pour la demande. Juste faire survivre les entreprises le temps que le cap difficile soit passé."

Ensuite viendra le temps d'éventuels coups de pouce fiscaux qui bien sûr pèseront sur les dettes de pays déjà en difficultés. "Il faudra aussi un grand plan d'investissement coordonné au niveau européen", réclame Eric Dor. "Et à long terme, un plan d'investissement à 7 ans plus généreux. Mais des pays comme l'Allemagne et les Pays-Bas sont trop attachés à l'orthodoxie budgétaire."

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