analyse

Quelques outils pour bloquer une seconde vague de Covid-19

Les commerces ont rouvert, les contacts sociaux se font plus nombreux. A quel risque? ©Photo News

Doit-on craindre une deuxième vague de Covid-19 dans la foulée du déconfinement? Ou l'hiver prochain? Au vu de ce qui se passe à l'étranger, la bataille n'est pas gagnée.

Une deuxième vague de Covid-19 sera-t-elle évitable? Près de chez nous, l'Allemagne enregistre des signes inquiétants, juste après les premières mesures de déconfinement. Le taux de reproduction du virus est passé de 0,7 à 1,1 en quelques jours. Trois cantons dépassent déjà la limite "autorisée" de nouveaux cas (50 pour 100.000 habitants). En Corée du Sud, un foyer de contamination a été repéré dans un quartier de Séoul et le nombre d'infections est reparti à la hausse. La Chine, qui semblait avoir jugulé l'épidémie, compte à nouveau des cas dans la région du Wuhan, le berceau du virus. La bataille n'est pas gagnée. 

"Les risques sont vraiment réels."
Jean-Luc Gala
Spécialiste des maladies infectieuses et professeur à la Faculté de médecine de l'UCLouvain

Alors que la phase 1b du déconfinement vient d'être lancée chez nous, avec le retour de contacts sociaux et la réouverture des magasins, les Belges se remettent à croiser du monde. "Les risques sont vraiment réels", avertit Jean-Luc Gala, spécialiste des maladies infectieuses et professeur à la Faculté de médecine de l'UCLouvain. "On a progressé pour certaines mesures d'accompagnement pour sécuriser le déconfinement. Mais le corps médical est inquiet."

Des points positifs, mais...

En matière de tests de dépistage, la Belgique a, ces dernières semaines, fortement augmenté ses capacités. Elle fait même désormais figure d'excellente élève au niveau mondial. On attend les tests sérologiques, détectant la présence d'anticorps.

"S'il y a un rebond majeur, on asphyxie complètement le système hospitalier. Mais si on ne faisait rien, on asphyxiait le système économique et social."
Jean-Luc Gala

Le contact tracing se met doucement en place. "Mais ce qui est incroyable, c'est que l'on fasse croiser des données médicales et des données personnelles à des fonctionnaires non assermentés... Et que l'on compare cela avec les méthodes utilisées pour la tuberculose. C'est une comparaison totalement inappropriée! La tuberculose, c'est 1.000 cas par an et les données sont traitées par des médecins. Le Covid-19 concerne des millions de citoyens et les données seront collectées par du personnel non médical ", rappelle le professeur Gala.

Comment éviter le rebond?

"S'il y a un rebond majeur, on asphyxie complètement le système hospitalier. Mais ne rien  faire revient à asphyxier le système économique et social", constate le spécialiste des maladies infectieuses.

La situation est d'autant plus complexe que de nombreuses inconnues subsistent, même si la maladie sévit depuis six mois déjà. Mais les connaissances avancent. On sait ainsi depuis peu que les enfants possèdent en fait une charge virale aussi importante que celle des adultes, ce qui pose question par rapport à leur potentiel de transmission, à une petite semaine d'un retour à l'école pour certains d'entre eux.

Tout savoir sur le coronavirus Covid-19

La pandémie de coronavirus Covid-19 frappe de plein fouet la vie quotidienne des Belges et l'économie. Quel est l'impact du virus sur votre santé et sur votre portefeuille? Les dernières informations et les analyses dans notre dossier. 

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"Que va-t-il se passer avec des enfants porteurs asymptomatiques? Il faudrait un monitoring précis de la situation. Un contact tracing focalisé sur le microcosme précis du milieu scolaire", plaide le professeur Gala. "Comme il en faudrait un ensuite pour les restaurants: comment se passe la transmission dans ces milieux, à quelle vitesse, quels sont les clusters? On pourrait alors isoler les cas contagieux. Mais en Belgique, on n'est pas actuellement en mesure de travailler comme cela...", précise encore le médecin qui rappelle que 80% des cas de contamination sont de source non identifiée, c'est-à-dire que la source n'est pas connue. Outre les cas asymptomatiques, participent aussi à ce phénomène les cas dits présymptomatiques, qui transmettent le virus quelques jours avant de développer les premiers symptômes.

Le masque obligatoire

"Ces gens passent sous le radar des tests. C'est pour cela que le port du masque est essentiel! Il faudrait le rendre obligatoire dans les commerces!", réclame le professeur de l'UCLouvain. "Le corps médical se mobilise d'ailleurs pour permettre aux bourgmestres d'avancer les arguments scientifiques et médicaux pour justifier d'obliger le port du masque dans les magasins."

"L'immunité ne se mesure pas qu'aux anticorps! Il y a une autre forme d'immunité, en lien avec nos muqueuses. On peut postuler que le virus fera moins de dégâts à l'avenir..."
Michel Moutschen
Chef du service des maladies infectieuses au CHU de Liège

Le docteur Michel Moutschen, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Liège, plaide aussi pour ce port du masque "obligatoire" dans tout milieu fermé. S'il espère que les mesures actuelles seront suffisamment suivies pour éviter une véritable deuxième vague dans les prochaines semaines – "même si on continuera à avoir des cas" –, il craint plutôt un retour en force du virus l'hiver prochain.

"Mais on sera mieux préparés, avec les tests et les masques. Le virus pourrait avoir changé, bien que l'on sache qu'il s'adapte lentement. Par contre, son hôte -"nous!"- pourrait s'être adapté. Il y a le concept de l'immunité collective, avec les anticorps dans le sang. La proportion de personnes ainsi protégées n'est pas énorme actuellement. Mais l'immunité ne se mesure pas qu'aux anticorps! Il y a une autre forme d'immunité, en lien avec nos muqueuses. On peut postuler que le virus fera moins de dégâts à l'avenir..." 

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