Quels risques sanitaires encourent les manifestants antiracistes?

Ils étaient 10.000 à manifester, très proches les uns des autres, mais masqués et en extérieur. ©AFP

Ils n'ont pas respecté les règles. Mais les 10.000 manifestants de Bruxelles ont-ils mis en jeu leur santé et celle de leurs proches?

Pour le virologue Marc Van Ranst, la manifestation bruxelloise regroupant 10.000 personnes "n’était pas une bonne idée d’un point de vue virologique. Il devient plus difficile d’expliquer aux gens maintenant qu’ils doivent garder leurs distances." De fait, comment justifier les restrictions à 10 contacts par semaine après ça? Les interdictions de réception de mariage? Les règles strictes pour les camps de scouts? Le virologue de la KULeuven n'a pas été le seul spécialiste à s'inquiéter.

"Cette manifestation allait à l'encontre de tout ce que le CNS recommande depuis le début de la pandémie."
Jean-Luc Gala
Chef de clinique à Saint-Luc

Emmanuel André, l'ancien porte-parole interfédéral pour la lutte contre le coronavirus qui vient de démissionner de ses fonctions de coordinateur "tracing", a rappelé aux manifestants l'importance des mesures: "Si le racisme n’existait pas, 10.000 personnes n’auraient pas dû rappeler à Bruxelles que nous sommes tous égaux. À ces personnes, je demande de respecter strictement les gestes barrières pendant 15 jours et de continuer leur combat toute leur vie", a-t-il tweeté.

Pourquoi on ne sait pas

Mais quels risques les 10.000 participants de la manif de dimanche encourent-ils? "Nul ne le sait", avoue Jean-Luc Gala, infectiologue et chef de clinique à Saint-Luc. Si la distanciation sociale n'a pas été respectée, la grande majorité des manifestants portaient un masque. Et l'événement avait lieu en extérieur, et ça, "c'est toujours mieux que dans un hangar." Ces deux facteurs atténuent les risques, mais jusqu'à quel point?

122
contaminations
122 nouvelles contaminations par le nouveau coronavirus ont été enregistrées dimanche.

"Cette manifestation allait à l'encontre de tout ce que le CNS recommande depuis le début de la pandémie", s'exclame le professeur de l'UCLouvain. "Mais au-delà de cette observation, il faut attendre le temps d'incubation, au moins 4 à 5 jours, pour savoir si c'était une vraie faute de laisser 10.000 personnes manifester. L'épidémie n'est pas éteinte..." En effet, dimanche dernier, la Belgique a enregistré 122 nouvelles contaminations de coronavirus.

S'il est si difficile, même pour les spécialistes, de se prononcer sur la réelle portée du risque pris par les manifestants, c'est parce que l'ampleur de la décrue de l'épidémie suscite l'étonnement. Le déconfinement, entamé le 4 mai, il y a plus d'un mois donc, n'a pas bousculé la lente diminution des chiffres. C'est heureux, mais les deux raisons avancées pour expliquer cette absence actuelle de deuxième vague ne sont pas encore fort étayées, ce qui freine toute tentative de prévision fiable. 

Le mystère de l'immunité 

"Pourtant, ce déconfinement était un peu chaotique dans les faits, avec ces files devant les magasins ou ces foules dans les parcs", rappelle Jean-Luc Gala. Alors, pourquoi les statistiques sont-elles si bonnes? "Le facteur de la météo, avec la chaleur, peut l'expliquer, ainsi que l'immunité globale, qui n'est étudiée dans le cas du Covid-19 que depuis quelques semaines."

"Il faut attendre le temps d'incubation, au moins 4 à 5 jours, pour savoir si c'était une vraie faute de laisser 10.000 personnes manifester."
Jean-Luc Gala
Chef de clinique à Saint-Luc

Cette immunité globale (ou cellulaire) ne concerne pas les anticorps qui interviennent dans l'immunité collective. En bref, elle permet que la circulation de coronavirus autres que le SARS-CoV-2, les rhumes habituels par exemple, rende celui-ci moins pathogène. Mais l'appréciation de cette immunité croisée demande des tests lourds, qui ne sont pas pratiqués actuellement.

La méconnaissance du virus et de son incidence dans la population impose donc "d'être prudent dans l'appréciation de l'impact sanitaire dans la manifestation de dimanche". Il faudra surveiller les statistiques des contaminations des prochains jours ainsi que les indicateurs de visite chez les généralistes pour troubles liés au système respiratoire pour juger des vrais risques sanitaires de l'événement.

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