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analyse

Sanctionner les soignants non vaccinés: une fausse bonne idée?

Le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) a décidé de rendre obligatoire la vaccination contre le Covid-19 pour les soignants. ©BELGA

Toucher au salaire et à l'emploi des soignants non vaccinés aggraverait le manque de personnel dans les hôpitaux. Ce qui irait à l'encontre du but recherché par la mesure d'obligation vaccinale...

"Les sanctions ne doivent pas mettre en difficultés ni les soignants ni les institutions. Or, ce serait le cas avec une suspension de salaire et un écartement."
Deniz Avcioglu
Coordinatrice de l'UGIB

D'abord une période transitoire avec des tests pour les soignants qui ne sont pas vaccinés. Ensuite, une suspension sans rémunération, pour en arriver peut-être à une rupture de contrat. Alors que le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) travaille à introduire une obligation vaccinale pour le personnel soignant, les employeurs ont déjà dessiné ce schéma de sanctions pour les récalcitrants.

Non aux sanctions

Qu'en pense-t-on sur le terrain? "L'Ugib prône la vaccination", insiste Deniz Avcioglu, coordinatrice de l'Union Générale des Infirmiers de Belgique. "Mais les sanctions ne doivent pas mettre en difficultés les soignants et les institutions. Or, ce serait le cas avec une suspension de salaire et un écartement."

"Comment continuer avec 15% de travailleurs en moins? On devrait encore fermer des services et ça aboutirait à un autre problème de santé publique."
Yves Hellendorff
Secrétaire national de la CNE non marchand

Du côté du syndicat chrétien, on s'interroge: "Quels sont les arguments pour dire au personnel de santé qu'il a une responsabilité dans le rebond de l'épidémie? Aucune étude ne prouve cela!", grogne réagit Yves Hellendorff, secrétaire national de la CNE non marchand.

Les sanctions telles qu'elles sont envisagées entraîneraient un gros problème de disponibilité, poursuit Yves Hellendorff. "Dans les hôpitaux en Flandre, il y a bien 97% de personnel vacciné et les établissements pourraient encore fonctionner. Mais du côté francophone, il n'y en a environ que 85%. Comment continuer avec 15% de travailleurs en moins? On devrait fermer des services et ça aboutirait à un autre problème de santé publique. Et licencier des gens qui, il y a un an, étaient applaudis, c'est indéfendable."

Vaccination obligatoire pour tous?

Ce qui froisse aussi les représentants des soignants, c'est cette focalisation sur leur profession. "Il serait logique qu'on rende la vaccination obligatoire pour les autres métiers de contact", avance Deniz Avcioglu. Le représentant de la CNE va plus loin: le monde politique devrait avoir le courage de dire que "l'épidémie reprend, il faut une vaccination pour tous. Stigmatiser les soignants, alors que nos services sont aujourd'hui très sûrs, c'est totalement hors de propos".

"Une mesure aussi violente ne fera que rigidifier les positions de gens qui se sentent déjà méprisés..."
Nathalie Lionnet
Secrétaire fédérale du SETCa non marchand

Luc Herry le président de l'Absym, appuie l'obligation vaccinale des soignants, "mais avec des sanctions progressives, comme des retenues sur salaire. Si le personnel n'est pas vacciné, il y a beaucoup trop d'absentéisme, ce qui pèse aussi sur les services."

"La multiplication des tâches nuit à la réflexion collective, ce qui empêche certains travailleurs de se positionner sereinement sur la vaccination", pointe Nathalie Lionnet, du SETCa. "Une mesure aussi violente ne fera que rigidifier les positions de gens qui se sentent déjà méprisés..."

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