analyse

L'unité européenne menacée par la crise du coronavirus

Le ministre français de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire, en ligne avec le président de l'Eurogroupe, Mario Centeno, lors de la réunion marathon sur le plan de relance. ©AFP

Deux semaines après l'échec du sommet européen, l'UE peine à se mettre d'accord sur la stratégie de déconfinement et sur son plan de relance économique.

Pour la première fois de son histoire, la solidité de l'Union européenne est mise à l'épreuve sur plusieurs fronts par une situation de crise majeure. Les 27 États de l'UE peinent à s'unir pour affronter la pandémie de Covid-19, alors que leur économie est menacée par une récession sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Les Vingt-sept, incapables de prendre une décision lors de leur dernier sommet le 26 mars, ont confié la mission aux ministres des Finances d'adopter un plan de relance économique. Ils ont également demandé à la Commission européenne de préparer des recommandations pour une sortie coordonnée du confinement.

Deux semaines plus tard, le processus est paralysé. À cela s'ajoute la démission, mardi, de Mauro Ferrari, le directeur du Conseil européen de la recherche, une agence en charge de la coordination de programmes de recherche scientifique.

Solidarité défaillante

La Commission européenne comptait adopter ce mercredi des recommandations pour une levée coordonnée des restrictions prises dans chaque État pour lutter contre la pandémie. La présidente, Ursula von der Leyen, avait prévu une conférence de presse pour détailler la feuille de route. Le document avait été transmis aux États européens. Mais les réticences de certains gouvernements ont stoppé net les efforts de l'exécutif européen.

La conférence de presse a été annulée et l'adoption de la feuille de route reportée. Selon certaines sources, la présentation aurait lieu après Pâques.

"Mon objectif demeure un filet de sécurité européen solide contre les retombées du Covid-19 pour protéger les travailleurs, les entreprises et les pays, et s'engager dans un plan de relance important."
Mario Centeno
Président de l'Eurogroupe

"Après des contacts avec certains États membres, nous avons décidé qu'il était nécessaire d'y réfléchir un peu plus", résume le porte-parole de la Commission européenne, Eric Mamer.

La Commission veut éviter que les gouvernements européens ne reproduisent le scénario anarchique du début de confinement. Pour l'exécutif européen, un déconfinement ne serait envisageable qu'à partir d'une "diminution significative" de la pandémie, sachant que la levée des restrictions risque "de provoquer une augmentation des cas". L'un des critères importants retenus dans le document est "la vitesse à laquelle le virus se répand et la capacité des systèmes de santé nationaux".

Une fois encore, la solidarité européenne est défaillante. Certains États ont déjà sorti leurs plans de déconfinement, sans attendre de stratégie européenne. L'Autriche a prévu une sortie progressive après Pâques, en commençant par les petits commerces. Le Danemark entend débuter la levée des restrictions le 15 avril en rouvrant les crèches et les écoles maternelles et primaires.

Le plan de relance bloqué

Les grands argentiers européens se sont réunis par vidéoconférence durant 16h, de mardi à mercredi, sans s'accorder sur le plan de relance. La réunion reprendra ce jeudi.

240
milliards d'euros
Le Mécanisme européen de stabilité (MES), un dispositif européen de gestion des crises financières créé en 2012, mobiliserait des lignes de crédits jusqu'à 240 milliards d'euros.

Le président de l'Eurogroupe, Mario Centeno, a proposé "un plan coordonné et de grande envergure" de 540 milliards d'euros s'appuyant sur les instruments européens existants.

Il propose de mobiliser des lignes de crédit via le Mécanisme européen de stabilité (MES), un dispositif européen de gestion des crises financières créé en 2012, et la Banque européenne d'investissement (BEI). Le MES permettrait de prêter de l'argent aux États en difficulté jusqu'à 240 milliards d'euros. La BEI pourrait affecter 25 milliards d'euros à un plan paneuropéen de garanties, ce qui permettrait de mobiliser 200 milliards d'euros d'investissement au bénéfice des entreprises

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La Commission affecterait 100 milliards d'euros à la protection des chômeurs partiels via son programme Sure ("Support to mitigate unemployment risks in emergency").

Italie vs Pays-Bas

Ce plan ne suffit pas aux pays les plus touchés par la crise. L'Italie et l'Espagne, soutenues par la France et d'autres pays, réclament la création d'"obligations corona" afin de mutualiser entre États européens la dette générée par la pandémie. Mais les pays du nord ne veulent pas entendre d'"obligations corona", les Pays-Bas étant les plus farouchement opposés à cette proposition.

En outre, les pays du sud craignent, en cas de recours au MES, de se voir imposer un programme d'ajustement semblable à celui que connut la Grèce lors de la crise de 2008. Une mise sous tutelle inacceptable. Rome se montre des plus exigeants sur ce point.

L'Allemagne serait prête à alléger les conditions d'activation du MES afin de trouver un compromis avec les pays du sud. Mais le ministre néerlandais des Finances, Wopke Hoekstra, a insisté pour que cet allègement ne porte que sur les dépenses de santé.

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