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Sans confinement, notre pays aurait déploré 100.000 morts

Le port du masque devrait être obligatoire pour fréquenter les commerces de détail, estiment les experts universitaires. ©Photo News

Des universitaires ont modélisé l'expansion du virus en Belgique ainsi que les scénarios de déconfinement. Ils appellent au respect des directives, sous peine de devoir revenir en arrière et reconfiner.

Si le gouvernement n’avait pas pris la décision de confiner la population le 14 mars dernier, on aurait aujourd’hui plus de 100.000 morts. C’est le scénario catastrophe esquissé par une équipe pluridisciplinaire de professeurs et de chercheurs de plusieurs universités belges (UNamur, UCLouvain, ULiège ULB, UMons, UHasselt notamment).

Ce "consortium" d'académiciens a modélisé à partir de simulations l’expansion du virus en Belgique. On mesure ainsi "ce qui aurait pu se passer" et "ce qui pourrait se passer". Ce dernier aspect a toute son importance à l’heure où on entame la délicate phase de déconfinement.

Ce qui aurait pu se passer

En ce qui concerne l’expansion de la maladie, les experts assurent que si on n’avait pas pris la décision de confiner le pays le 14 mars, l’épidémie aurait échappé à tout contrôle. On aurait eu 10.000 hospitalisations par jour à partir de début avril et au moins 100.000 décès aujourd’hui.

Si on n’avait pas pris la décision de confiner le pays le 14 mars, l’épidémie aurait échappé à tout contrôle.

À cet égard, chaque jour compte. Si on avait attendu ne serait-ce que 4 jours de plus, on aurait eu une saturation des hôpitaux début avril et 2.000 décès de plus aujourd’hui (soit près de 10.000 au lieu de 7.924 lundi matin). De plus, il n’aurait pas été possible de déconfiner le pays avant juin ou juillet.

2.000
décès
Si on avait attendu 4 jours de plus pour confiner le pays, on aurait eu 2.000 décès de plus aujourd’hui.

Ce qui pourrait se passer

Au niveau du déconfinement, la prudence s’impose. Si on avait opté pour un déconfinement total (plutôt que graduel) le 4 mai, nous aurions dans 15 jours un nouveau pic de malades plus important que celui que nous avons connu et qui dépasserait les capacités hospitalières du pays. D’où la nécessité d’un déconfinement progressif, sachant qu’il faut 15 jours pour mesurer sur le terrain l’impact d’une décision en la matière.

Si on applique un déconfinement progressif, il faut tenir à l’œil le paramètre RO, soit le nombre de personnes qu’une personne infectée est susceptible de contaminer. Le RO va évoluer avec le déconfinement. Aujourd’hui, il tourne autour de 0,8, ce qui est bon. "Avec le déconfinement, un certain rebond de la maladie est inévitable", préviennent les experts. Si le RO remonte jusqu’à 1,2, la situation reste sous contrôle. S’il devait remonter à 1,4, on doit s’attendre à un deuxième pic de contaminations en août ou en septembre, avec le risque de devoir temporairement reconfiner.

Recommandations

L’évolution du paramètre RO (et donc du déconfinement) dépendra de deux facteurs principaux. D’une part, il y a l’attitude des individus par rapport aux prescriptions (distanciation sociale, port du masque, etc.). À cet égard, Jean-Philippe Platteau (UNamur) observe "un net relâchement depuis Pâques au niveau du respect de la distanciation sociale" et "une anticipation des normes de déconfinement depuis le Conseil national de sécurité du 24 avril, surtout chez les moins de 60 ans".

"On observe une anticipation des normes de déconfinement depuis le Conseil national de sécurité du 24 avril, surtout chez les moins de 60 ans."
Jean-Philippe Platteau
UNamur

Les données de la téléphonie mobile le confirment: les déplacements entre les communes ont augmenté de 30% le dernier week-end de mars et de 10% supplémentaires le premier week-end d’avril. "Les personnes actuellement hospitalisées sont les victimes directes de ces comportements", relève pour sa part Sébastien Clesse (UNamur).

L’autre facteur déterminant réside dans la spécificité sociologique du pays. Transposer les mesures de déconfinement d’un pays à l’autre ne garantit pas le même résultat. Les contacts intergénérationnels sont moins nombreux en Allemagne qu’en Italie par exemple. À cet égard, la Belgique se situe à mi-chemin entre les latins et l'Europe du Nord. Sans différence notoire entre Flamands et Wallons, précisent les experts.

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