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interview

"Sans le soutien de nos actionnaires, Delvaux serait mort"

Marco Probst fait son grand retour à la tête de Delvaux, après un pas de côté d'un peu plus d'un an. Le capitaine parfait pour aborder la tempête du coronavirus? ©saskia vanderstichele

Frappé de plein fouet par la crise du coronavirus, le maroquinier bien connu se prépare à rouvrir ce lundi ses magasins en Belgique et en France. Fort d'une e-boutique, lancée au passage, pavant la voie à une stratégie de plus grande proximité.

"Ceci n'est pas une e-boutique. Mais essayez quand même". C'est sur cette note d'humour que le célèbre maroquinier belge pave la voie de ses débuts dans la vente en ligne. Crise du coronavirus oblige. Alors, pour l'heure, le catalogue est limité, certes, mais il en va là d'un cap, d'un "game changer" pour l'enseigne inventeuse du sac à main tel qu'on le connaît aujourd'hui, avec un brevet déposé en 1908.

"Avec notre e-shop, on pourra mieux connaître notre clientèle, développer toute une stratégie au niveau des données."
Marco Probst
CEO de Delvaux

"On va désormais pouvoir mieux connaître notre clientèle, développer toute une stratégie au niveau des données pour l'adresser de manière personnalisée", sourit le nouveau CEO Marco Probst, après de première ventes enregistrées.

Ex-nouveau CEO

Enfin, nouveau, c'est un bien grand mot au sujet du patron. Car si l'homme a en effet tout juste repris le flambeau des mains du Français Jean-Marc Loubier, qui avait coiffé la casquette en 2018 en sus de celle de président du conseil d'administration avant de faire un pas de côté en février dernier, il n'est en rien étranger à l'entreprise. Et pour cause, le Bavarois de 54 ans l'avait déjà dirigée pendant six ans, fort d'une expérience développée chez Chloé (groupe Richemont) et Hugo Boss.

Chiffres clés
  • Fondé en 1829
  • Le maroquinier belge réalisait un chiffre d'affaires supérieur à 120 millions d'euros l'an passé.
  • 45 boutiques de par le monde
  • Environ 500 collaborateurs
  • Trois sites de production, à Bruxelles, Bourg-Argental (Loire) et Avoudrey (Doubs).

Le voici donc de retour désormais. Avec un certificat en marketing digital de la Columbia Business School en poche, obtenu alors qu'il avait besoin de faire un pause après le marathon de sa période Delvaux, jalonnée d'ouvertures de boutiques principalement en Asie. "Comme quoi, c'est peut-être le destin", sourit celui qui dit être tombé de sa chaise, en novembre, quand le conseil d'administration l'a rappelé à la barre.

Quel meilleur capitaine pour saisir avec l'expérience requise le gouvernail dans la tempête du coronavirus, qui se déclarait en février en Chine, puis en mars en Europe, qu'un homme qui a déjà tenu la barre, connaît l'équipage, maîtrise les forces et les faiblesses du navire? "J'ai sûrement fait des erreurs à l'époque, mais je suis content de retrouver mon 'heimat' (terme allemand désignant à la fois le pays où l'on naît, le village où l'on a grandi, mais aussi la maison où l'on a passé son enfance ou celle où l'on se sent chez soi, NDLR). J'ai toujours rêvé de travailler pour Delvaux, même quand je n'y étais pas. C'est un nom et une histoire que tout le monde connaît, même sans parfois jamais avoir vu un sac ou visité un magasin", confie Marco Probst.

45
boutiques
Delvaux compte désormais 45 boutiques de par le monde, avec de derniers développements à Milan, Londres et New York.

Et ça, cette force, cette notoriété par-delà les frontières de ce qui fut un temps la marque du sac à main de grand-mère, il faudra désormais continuer à l'entraîner, pour qu'elle continue à déployer tout son potentiel. D'autant que les investissements pour y parvenir ont été conséquents ces dernières années. Portant à 45 le nombre de boutiques Delvaux de par le monde, avec de derniers développements à Milan, Londres et New York.

Des boutiques frappées d'une paralysie inouïe en cette période de crise, amenant à leur fermeture dans le cadre des mesures de confinement décidées par les différents gouvernements du monde dans leur lutte contre la pandémie de Covid-19.

Aujourd'hui, les points de vente belges et français se préparent à rouvrir ce lundi, avec à la clé le rapatriement des sacs en vitrine. Les italiens suivront. Sur le modèle chinois, où les clients sont graduellement de retour depuis début mars. Un soulagement, même s'il est partiel, car la situation est toujours au point mort au Japon, aux Etats-Unis, au Canada et au Royaume-Uni pour l'enseigne.

La crise laissera des traces

Permettant de dire, sans grande surprise, que cet épisode - "qui n'est pas encore fini" - laissera clairement des traces, alors que le chiffre d'affaires du maroquinier atteignait un plus haut historique l'an passé, à plus de 120 millions d'euros - dont 85% à l'international.

120
millions d'euros
Le chiffre d'affaires du maroquinier atteignait un plus haut historique l'an passé, à plus de 120 millions d'euros - dont 85% à l'international.

En clair, "si on n'avait pas eu le soutien de nos actionnaires dans la tempête, on serait mort", lâche le patron tout de go. Pour rappel, la famille Schwennicke, aux commandes depuis 1933, avait cédé en 2011 la majorité du capital du maroquinier à l'ex-vice-président exécutif de Louis Vuitton Jean-Marc Loubier, accompagné du fonds hong-kongais Fung Brands et du fonds souverain de Singapour Temasek Holdings. Conservant de son côté une participation minoritaire de 20%.

Une donne venue renforcer une réalité non négligeable commune au monde du luxe, à grands coups de développements dans l'Empire du milieu - "obligatoires aujourd'hui pour toute marque souhaitant exister dans le secteur", nous disait Jean-Marc Loubier il y a peu: une surexposition au marché chinois. Dont il est encore incertain que la consommation, surtout en matière d'articles de luxe, se maintiendra dans les mêmes proportions la page corona refermée.

"Se développer en Chine est aujourd'hui obligatoire pour toute marque souhaitant exister dans le secteur du luxe."
Jean-Marc Loubier
Actionnaire et ex-CEO de Delvaux

Or, Delvaux n'est pas en reste, avec au passage un déploiement sur la deuxième plateforme de commerce en ligne chinoise, JD.com, qui pèse aujourd'hui le chiffre "d'une petite boutique". En effet, 70% de ses ventes sont à imputer à des acheteurs issus de République populaire - "on vient de 90%", se défendait alors l'ex-CEO, interrogé sur la question au moment de son départ. Certes, mais il n'empêche.

L'hiver pour objectif

C'est pourquoi il fut sûrement louable d'avoir jeté les bases d'une relance européenne il y a quelques années déjà - même s'il reste du travail sur ce point pour l'enseigne. Notamment en fermant la page un temps ouverte d'une production au Vietnam, pour se focaliser sur du 100% made in Belgium (ou France), avec trois sites de production répartis entre Bruxelles, Bourg-Argental (Loire) et Avoudrey (Doubs). Aujourd'hui fermés, du moins pour ce qui est de la partie production.

"La R&D a repris le travail et planche sur la collection printemps-été 2021, soit la première que l'on espère pouvoir livrer normalement, à la fin de l'année."
Marco Probst

Car du côté du site de l'Arsenal, près de la VUB, qui héberge le QG de la maison ainsi que le musée de son histoire quasi-bicentenaire, "la R&D a repris le travail", souligne Marco Probst. "Pour plancher sur la collection printemps-été 2021, soit la première que l'on espère pouvoir livrer normalement, à la fin d'année."

Avec, évidemment, une certaine pression en tête. Car au vu d'un coup de frein prolongé dans les habitudes de consommation, "on se devra d'avoir un certain impact, d'être prêt, au moment de la reprise", conclut le patron. Pour qui "le potentiel est là", notamment au sein des équipes, qui comptent environ 500 personnes aujourd'hui.

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