Sur fond de chute de leur marché, les opérateurs des paris sportifs s'insurgent contre la limite des mises

Le football en Biélorussie est le dernier championnat européen à alimenter le secteur des paris sportifs (ici Dynamo Minsk contre Torpedo BelAZ Zhodino). ©REUTERS

Le secteur des jeux de hasard est frappé de plein fouet par la crise et le confinement. Il vient en outre de voir la mesure de limitation des mises des joueurs rendue plus stricte. Les opérateurs vont porter le différend devant le Conseil d'État.

Depuis l'entrée en vigueur des mesures de confinement, le secteur des jeux de hasard tourne au ralenti, même dans les versions en ligne de ses produits. On aurait pu craindre que les personnes contraintes à rester chez elles ne réagissent en faisant une consommation aiguë de jeux de casino ou de paris en ligne, mais on assiste au mouvement inverse. 

"En offline, l'activité est tombée à rien, tandis que dans les paris en ligne, elle a reculé d'environ 70%."
Alexis Murphy
CEO de Sagevas (Betfirst)

En réponse à une question du député Groen Stefaan Van Hecke, le ministre de la Justice Koen Geens a relevé une baisse de 38% du nombre moyen de visiteurs sur les sites de jeux depuis le début de la crise. Il l'a attribuée à la suspension des compétitions sportives, qui ont réduit les paris sportifs à quasi rien. Parmi les opérateurs, on nuance cette explication: les jeux de casino et de lunapark en ligne sont également touchés, disent-ils, "parce que dans le climat anxiogène actuel, les gens perdent confiance et jouent moins".

Contactées, les sociétés exploitant les paris sportifs Ladbrokes et Betfirst soulignent que leur activité n'est pas tombée à rien non plus. "En offline, elle est tombée à rien (les officines sont fermées, NDLR), tandis que dans les paris en ligne, elle a reculé d'environ 70%", dit Alexis Murphy, le CEO de Sagevas (Betfirst). "On a encore des matches de football en Biélorussie et des compétitions de ping-pong..." Chez Ladbrokes, le CEO Yannik Bellefroid corrobore cette analyse.

500 euros sans plus de dérogation

500 euros
mise maximale par semaine
La mise maximale par joueur est fixée à 500 euros par semaine, avec possibilité de dérogation selon l'arrêté royal, mais pas selon la note de la Commission des jeux de hasard

Mais les opérateurs ont un autre souci pour l'instant. La Commission des jeux de hasard, le régulateur du secteur, vient de publier une note interprétative de l'arrêté royal du 25 octobre 2018 sur la limitation des mises. Elle y édicte deux mesures qui font bondir les exploitants: désormais, les mises sont limitées à 500 euros maximum par joueur et par semaine pour tous les jeux en ligne sans plus aucune possibilité de dérogation; et au cas où un opérateur aurait laissé un joueur dépasser cette limite, ce dernier pourrait exiger le remboursement de ses mises.

Ces deux principes ne figurent pas dans l'arrêté royal; il y était au contraire prévu la possibilité de passer outre la limitation de 500 euros après vérification du niveau d'endettement du joueur concerné auprès de la Centrale des crédits. Seulement voilà, cette latitude supposait la mise en œuvre d'une procédure impliquant la Commission des jeux et la BNB (Centrale des crédits).

Recours en vue

La Commission des jeux ne s'est pas organisée en fonction de cela, selon les opérateurs privés, raison pour laquelle elle aurait omis de prévoir la dérogation. Fâchés, les opérateurs vont déposer un nouveau recours contre cette note devant le Conseil d'État – "nouveau" parce qu'ils en avaient déjà introduit un il y a trois mois contre une autre position publique du régulateur sur le sujet.

"Tous les opérateurs légaux avaient soutenu la démarche visant à protéger les joueurs vulnérables."
Emmanuel Mewissen
Président de Bago, la fédération du secteur des jeux de hasard

"Tous les opérateurs légaux avaient soutenu la démarche visant à protéger les joueurs vulnérables", détaille Emmanuel Mewissen, CEO du groupe Ardent et président de Bago, la fédération du secteur. "On a prévu dans l'arrêté royal un système d'autorisation de dépassement via la consultation du fichier de la Centrale des crédits, ainsi qu'une période transitoire de trois jours pour chaque demande. Ce devait être à la Commission des jeux de transmettre la demande à la Centrale des crédits, mais elle n'est pas prête à le faire. C'est embêtant."

Bago a tenté de lui expliquer son point de vue de diverses manières, en vain. Il ne lui reste plus que le recours au Conseil d'État, en extrême urgence. "Pour ne pas laisser le champ libre aux sites de jeux illégaux", conclut Mewissen.

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