analyse

Tester ses employés, la bonne idée?

15 à 30% de faux négatifs sont à noter parmi les tests dits PCR, indique le SPF Emploi. ©EPA

De l'impossibilité d'imposer un test – qui n'est d'ailleurs peut-être pas pertinent, à la base – au coût pour l'entreprise, les obstacles sont de taille.

Alors que les tests sérologiques sont désormais disponibles pour tous, la question pourrait se poser pour les employeurs du pays: quid de le généraliser à leurs travailleurs? A priori, il y a peu de chance. Et ce, pour quatre grandes raisons.

1. Quelle base légale?

Tout d’abord, il y aurait un problème de légalité. Avec une règle générale simple: l’employeur ne peut imposer ce genre de test. En effet, "aucun test ni aucun examen médical ne peut être effectué (par une entreprise, NDLR) en vue d’obtenir des informations sur l’état de santé d’un travailleur", renseigne-t-on du côté du SPF Emploi. C'est néanmoins autorisé pour évaluer l’aptitude au travail pour les caractéristiques spécifiques de certains postes.

En réalité, le médecin du travail est ici central. "Il est le seul habilité à décider de la nécessité ou pas, et du type d’examen", renseigne Laurent Lorthioir, du service entreprise de la CSC. Et il ne peut communiquer "en aucun cas un diagnostic ni aucune référence à celui-ci et donc pas les résultats d’un test". Seule une (in)aptitude. Entrent ici en compte: vie privée, intégrité, secret médical, règlement général sur la protection des données (RGPD) ou encore discrimination.

Le travailleur reste donc globalement maître en la question, pouvant interpeller son médecin traitant ou demander une consultation spontanée chez son médecin du travail s’il se sent en danger. De son côté, l'entreprise a la responsabilité d’analyser les risques auxquels elle expose ses travailleurs.

2. Quelle pertinence?

Mais, plus fondamentalement, se pose surtout la question de la pertinence d’un test au coronavirus. Et il convient d'être clair: "il n’existe, à ce stade, pas de solution miracle", souligne Ellen Cappon, cheffe d'équipe du centre de connaissances prévention et bien-être de Liantis.

En effet, pour ne prendre que les deux pistes les plus couramment évoquées, le test PCR, qui détecte la présence du virus après frottis, constitue "une photographie à un moment donné. Dès lors, son seul résultat n'est qu'un leurre à ce stade – bien qu’il ait été utile au moment du pic de l’épidémie", renseigne Bernadette Pierre, médecin au Cesi, service externe de prévention et de protection au travail. Une contamination peut ainsi encore intervenir par après, quand 15 à 30% de faux négatifs sont à noter, indique le SPF Emploi.

Le test sérologique pose encore tout un nombre de questions scientifiques.
Sandrine Ruppol
Directrice médicale au Cesi

De son côté, le test sérologique, s’il détecte la présence d'anticorps dans le sang, "pose encore tout un nombre de questions scientifiques", commente Sandrine Ruppol, directrice médicale au Cesi. Lesdits anticorps ne sont pas garants, en effet, d’une absence de contagiosité, ni même d’une protection contre une éventuelle seconde infection.

En fait, "tester, aujourd’hui, ce serait donner l’illusion que l’on fait quelque chose, mais sans pour autant être en mesure de garantir une information correcte", conclut Bernadette Pierre.

Et on ne parle pas des réalités organisationnelles. Où? Devant les bureaux? Les employés patientent dehors? Et quid en cas de test positif, renvoi à la maison à la vue de tous – avec quel poids psychologique? Avec des résultats dans quel laps de temps?

3. À quel prix?

Puis, il y a le prix. Les tests sérologiques ne coûtent certes "que" 9,60 euros par tête de pipe. Mais, comme ils ne sont pas suffisants, il faudrait dès lors aussi se pencher sur les PCR à 46,81 euros l’unité. Un coût à multiplier par le nombre de travailleurs à tester et un nombre encore incertain de jours de crise en l’attente d’un vaccin. Résultat: la facture pourrait vite s’avérer indigeste, même si les publics les plus à risques pourraient être ciblés.

4. Quelle alternative?

C’est pourquoi la conclusion reste à ce stade la même que lors des dernières semaines: plutôt que de tester sur un modèle incertain – qui pourrait, en plus, donner l’illusion à certains qu’ils sont "protégés" bien que toujours propagateurs potentiels –, mieux vaut privilégier les mesures barrières et d’hygiène. De la distanciation sociale aux gels hydroalcooliques, en passant par la toux dans le coude et autres gestes serinés depuis des semaines.

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