Testing: "Il y a des signes que le rocher bouge enfin", selon Yves Van Laethem

Yves Van Laethem voudrait que les capacités de tests soient pleinement utilisées au plus vite: "À force de garder ses cartouches, on se fait encercler par l'ennemi. C'est le moment de tirer!" ©BELGA

Les règles du dépistage en Belgique sont considérées comme trop strictes par nombre d'experts. Pourquoi faudrait-il tester plus largement? Et comment faire? L'infectiologue Yves Van Laethem décrit la situation. Et ses espoirs...

Les experts scientifiques, unanimes, le réclament: il faut élargir la politique de testing si l'on veut endiguer la deuxième vague de Covid-19 qui se fait menaçante pour le pays, et qui a déjà touché Anvers.

Pour l'instant, qui teste-t-on? Les cibles sont déterminées par le Risk Management Group (RMG): les personnes symptomatiques bien sûr mais aussi les asymptomatiques qui ont eu un contact rapproché avec un malade, ceux qui reviennent d'une zone rouge, le personnel de soins, des collectivités et les patients entrant à l'hôpital.

Mais qui tester?

Pour l'instant, c'est suffisant, selon le ministre en charge du dossier, Philippe De Backer. Face aux critiques, il répond qu'une personne négative un jour peut être positive le lendemain. Notons qu'elle peut aussi s'avérer positive lors du test, se voir écartée par une quarantaine, avec un suivi de ses contacts...

"On manque de filets pour attraper ces petits poissons alors qu'ils peuvent être aussi malades et autant propager le virus que les gros poissons!"
Yves Van Laethem
Infectiologue( CHU Saint-Pierre)

Selon Yves Van Laethem, le spécialiste des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre, il faut donc dépasser cette politique. "Notamment à Anvers, où on a repéré des zones problématiques. Il faudrait tester les contacts à plus faible risque et ceux qui n'ont été déclarés par personne, qui sont passés sous les radars. Il s'agit souvent de populations relativement jeunes, de 20 à environ 50 ans. On manque de filets pour attraper ces petits poissons alors qu'ils peuvent être aussi malades et autant propager le virus que les gros poissons!"

Faut-il tester plus largement? Politiques et scientifiques ne semblent pas d'accord... ©REUTERS

Problème de personnel, aussi

Mais comment faire? Les médecins et les laboratoires sont surchargés dans ces zones à forte contamination. Ailleurs aussi parfois, comme à Bruxelles où les gens partant en vacances ou de retour de voyages gonflent les files devant les quatre centres de tests encore opérationnels (deux devraient s'ajouter en cette fin de semaine). Il y a un problème de personnel dû aux congés. "Mais la plateforme qui testait en maison de repos n'a plus beaucoup de travail aujourd'hui", note Yves Van Laethem. "Il y a des laboratoires ailleurs qu'à Anvers qui ne sont pas submergés. On peut aussi travailler avec des bus, comme pour le dépistage de la tuberculose."

Aujourd'hui, on sait que certaines communautés sont particulièrement touchées à Anvers: il s'agit notamment de population étrangère revenant de voyage en Israël, en Turquie ou encore en Inde. "On pourrait proposer ces tests librement dans les centres communautaires!"

Bientôt une avancée?

Après les nombreux appels lancés par les scientifiques, Yves Laethem se dit enfin "confiant": "il y a des signes que le rocher bouge enfin", glisse-t-il. Par "rocher", il faut comprendre le ministre en charge du dossier, Philippe De Backer. Du côté de celui-ci, cependant, rien ne filtre. La porte-parole du ministre rappelle que le testing actuel est déjà large. "Et tout le monde peut se faire tester s'il veut. Il suffit que j'aille chez mon médecin et que je dise que je me sens mal..."

"Il faudrait tester les contacts à plus faible risque et ceux qui n'ont été déclarés par personne, qui sont passés sous les radars."
Yves Van Laethem
Infectiologue (CHU Saint-Pierre)

S'il y a des avancées, où s'arrêteront-elles? "La première intention, c'est quand même Anvers et ses environs. Il faut retenir la tache d'huile. Dans l'absolu, il faudrait le faire dans d'autres endroits, mais là, on est plus pusillanime...", regrette l'infectiologue de Saint-Pierre.

Au-delà de la population d'Anvers, où plus de 700 cas ont été déclarés en une semaine, qui devrait entrer dans les normes du dépistage? "Ces gens de deuxième ligne, comme le collègue qui n'était peut-être pas assis à côté du cas confirmé mais qu'il a quand même côtoyé pendant deux jours... Et toujours ces personnes qui évoluent dans des communautés spécifiquement touchées", selon Yves Van Laethem.

479 cas en une journée

328
cas/jour
Le nombre d'infections a grimpé à 328 par jour en moyenne

Les derniers chiffres disponibles montrent l'ampleur de la résurgence du virus dans la population belge. Le nombre d'infections grimpe à 328 par jour en moyenne. Vendredi dernier, 479 cas ont été confirmés. Le nombre d'hospitalisations a quasiment doublé... "Ces courbes doivent redescendre dès que possible", rappelle Frédérique Jacobs, l'infectiologue de l'hôpital Erasme.

"Quand tout va bien, ça ne sert à rien de tester massivement comme en Allemagne. C'est beaucoup de sous pour peu d'effets. Mais quand le nombre de cas augmente, même si ça a un coût, une telle opération rapportera davantage que le prix pour la santé publique", affirme Yves Van Laethem. "À force de garder ses cartouches, on se fait encercler par l'ennemi. C'est le moment de tirer!"

Actuellement, le matériel est en effet bien là pour réaliser les tests. Le cabinet De Backer le confirme: "Il n'y a pas de problème de capacité d'analyse ni de pénurie de matériel de dépistage. Il y a un problème de capacité humaine. Il est important que les centres de tri rouvrent."

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