Tous vaccinés contre le Covid pour septembre: comment cela va-t-il se passer?

La campagne de vaccination contre le nouveau coronavirus a été symboliquement lancée en Belgique mais démarrera effectivement ce 5 janvier. ©Photo News

La campagne de vaccination contre le Covid-19 est lancée. L’objectif de 70 % de la population belge vaccinée devrait être atteint à la fin de l’été, en septembre. Comment cela va-t-il se passer pour vous? Faudra-t-il être vacciné pour voyager? Nous répondons à vos questions.

L'objectif de 70% de la population belge vaccinée contre le Covid-19, permettant d'atteindre l'immunité collective, devrait être atteint à la fin de l'été. Neuf millions de Belges pourraient déjà être immunisés contre le nouveau coronavirus dans le courant du mois de septembre, selon les projections. Mais que sait-on de ces produits développés en en temps record? Ne sont-ils pas dangereux? Comment va se dérouler la campagne de vaccination?

Qui, quand, où?

Pourra-t-on vacciner toute la population? Oui, mais pas tout de suite. 22 millions de vaccins ont déjà été commandés par la Belgique, 2 doses sont nécessaires pour la majorité des produits développés. Ils arrivent au compte-gouttes. 90.000 doses par semaine, grosso modo, sont attendues dans les prochaines semaines. L'injection sera gratuite et non obligatoire dans notre pays.

Qui pourra se faire vacciner rapidement? Il y a plusieurs groupes prioritaires qui ont été définis. La campagne s'adresse d'abord au personnel et aux pensionnaires des maisons de repos et de soins, elle est en cours. Ensuite, aux soignants des hôpitaux et personnel de santé de première ligne; ce volet a été lancé ce lundi 18 janvier. L’ensemble du personnel des soins de santé suivra. Seront ensuite concernés, probablement à partir de la mi-mars les plus de 65 ans, les plus de 45 ans présentant des comorbidités et les personnes dont la fonction économique ou sociale est essentielle, etc. Ces différentes phases pourront se chevaucher. Les personnes n'appartenant pas à ces groupes prioritaires devront probablement attendre l'été.

Et les enfants? Les enfants ne font pas partie des groupes prioritaires. Ils développent peu de symptômes et il n'y a pas d'information claire sur leur rôle en tant que vecteur de la maladie. Le vaccin de Pfizer est idiqué à partir de 16 ans, ceux de Moderna et d'AstraZeneca à partir de 18 ans. On devrait disposer de davantage de données, de la part des firme qui doivent lancer des études sur ce groupe, le jour où les enfants entreront en ligne de compte dans le plan de vaccination belge.

J'ai été testé positif au Covid, puis-je me faire vacciner? Non, pas tant que vous êtes positifs. Vous devez attendre deux semaines.

Les femmes enceintes peuvent-elles se faire vacciner? Les femmes enceintes sont exclues des études cliniques même si certaines d'entre elles entament une grossesse en cours d'étude. Parmi celles issues des groupes prioritaires (personnel soignant), une grossesse peut être envisagée une fois le vaccin administré. Ces cas permettront d'accumuler des données pour optimaliser les indications.

29
décembre
On attend pour le 29 décembre, au plus tard, la décision européenne sur le projet de Pfizer/BioNtech.

Quand pourra-t-on être vacciné? La campagne a commencé symboliquement le 28 décembre, dans quelques maisons de repos, avec les vaccins de Pfizer/BioNTech. Elle a démarré effectivement le 5 janvier. Les doses commandées arrivent progressivement. Deux doses, injectées à 21 jours d'intervalle, sont nécessaires. Il faudrait environ un mois et demi pour vacciner dans les maisons de repos, résidents et soignants.

Les 4 millions de Belges qui constituent les groupes prioritaires pourraient déjà être vaccinés pour la mi-2021. La campagne en maisons de repos devrait être terminée à la mi-février. Les soignants (généralistes, personnel hospitalier, etc.) devrait être vaccinés dès ce moment, jusqu'à la fin mars. Suivront les autres personnes, par groupes d'âge. Tout dépend des autorisations et de la disponibilité des différents produits commandés. Le gouvernement belge compte en avoir terminé (70% de la population vaccinée) pour septembre.

Combien coûtera le vaccin? Il sera gratuit pour la population, vu qu'il sera remboursé par l'assurance-maladie. Mais les Etats devront évidemment payer les doses achetées. Des contrats tenus secrets ont été conclus en ce sens par l'Union européenne, suite auxquels les pays décident ou pas d'acheter un vaccin. Plusieurs vaccins seront visiblement vendus par les firmes à des prix relativement faibles. Les vaccins à ARN messager sont globalement plus coûteux. "Tout cela est moins cher qu'un PCR, qui coûte 46 euros", précisait Jean-Michel Dogné, directeur du département de pharmacie de l'Université de Namur et membre du comité de sécurité mondial des vaccins de l'OMS.

D'après le tableau publié sur Twitter par la secrétaire d'État au Budget Eva De Bleeker, puis enlevé, les prix affichés par dose s'élèvent à 1,78 euro pour le vaccin AstraZeneca, 8,50 dollars pour Johnson & Johnson, 7,56 euros pour Sanofi/GSK, 12 euros pour BioNTech/Pfizer, 10 euros pour Curevac et 18 dollars pour le vaccin Moderna. Selon ce document, l'État belge a budgété 279.120.190 euros à cet effet.

Où va-t-on vacciner les Belges? Les travailleurs et résidents des maisons de repos seront vaccinés sur place. Le personnel des hôpitaux aussi. Pour le public ne dépendant pas des centres de soins de santé, les Régions ont déterminé leur stratégie. En Wallonie, 39 centres sont mis sur pied.

Pour la région bruxelloise, dix centres de vaccination seront ouverts d'ici le mois de mars (capacité de 375.000 vaccins par mois à partir de mars). Où? Début février, au Heysel, à Pachéco, à Forest-Albert et à Schaarbeek. Début mars, au Parlementarium (Ixelles), à l'Hôpital Militaire (Neder-Over-Heembeek), à Molenbeek; à Woluwe-St-Pierre, à Anderlecht. Un dixième ouvrira dans le sud-est de Bruxelles.

En Flandre, il y aura entre 60 et 120 centres, encore à déterminer.

Comment serons-nous contactés? Chaque personne sera convoquée par écrit personnellement. La base de données des mutuelles sera utilisée, notamment pour identifier les personnes à comorbidités, et donc prioritaires. Un rendez-vous sera proposé avec possibilité de le modifier.

Les entreprises pourront-elles organiser des campagnes de vaccination à destination de leurs employés sur le lieu de travail? Pour l'instant, ce n'est pas exclu, à condition de passer par la médecine du travail.

Un employeur peut-il obliger ses travailleurs à se faire vacciner? Non, la vaccination contre le Covid est libre et non obligatoire en Belgique et un patron ne peut en aucun cas déroger à ce principe de liberté. Il peut par contre informer et sensibiliser...

Pourra-t-on choisir son vaccin? Non. Actuellement, seuls deux vaccins sont disponibles: celui de Pfizer et celui de Moderna. Quand d'autres arriveront sur le marché, les médecins décideront lequel administrer, selon les indications du produit et le profil du patient.

Que va changer le vaccin anti-Covid?

Quelle sera la durée de l'immunité offerte par le vaccin? On n'en sait actuellement rien, par manque de recul. Ce qui a déjà été constaté, c'est que les personnes vaccinées présentent plus d'anticorps que les personnes infectées "naturellement" par le virus, ce qui donne l'espoir que leur immunité soit plus importante que celle qui s'installe après une contamination. Devra-t-on se faire vacciner chaque année? On n'en sait encore rien. Tout comme on ne sait pas si une personne vaccinée pourra transmettre le virus à un non-vacciné.

90%
et plus...
Pfizer/BioNTech parle d'une efficacité de son vaccin de 95%, Moderna de 94% et AstraZeneca de 62 à 90%.

Que sait-on de l'efficacité de ces vaccins? Les vaccins induisent habituellement une réponse immunitaire égale, voire supérieure à l'immunité naturelle. Le vaccin Pfizer/BioNTech, déjà disponible, affiche une efficacité de 95%. Les autres firmes ont déjà avancé des pourcentages de protection importants, très prometteurs, dont 94% pour Moderna. Celui d'AstraZeneca, espéré pour le mois de février sur notre territoire, affiche une efficacité de 70%, mais variable selon le groupe d'âge et le timing de la seconde injection.

Le vaccin permettra-t-il de revivre normalement? Un jour, probablement, mais pas tout de suite. 2021 devrait être une "année de transition", lors de laquelle une série d'activités devraient reprendre progressivement. Dès que la population à risque sera vaccinée et que le taux de décès aura diminué nettement, les Belges retrouveront déjà plus de liberté. Mais les gestes barrières, le port du masque et les règles d'hygiène seront conservés dans une certaine mesure pendant plusieurs mois encore.

Faudra-t-il un certificat de vaccination pour voyager? La compagnie australienne Qantas a déjà annoncé que tous ses passagers devraient être vaccinés pour embarquer. Certains pays pourraient aussi l'exiger. Cela n'a rien de neuf, les voyageurs savent que certains vaccins sont déjà imposés pour entrer dans certains pays. Et désormais, l'idée d'un e-certificat de vaccination émerge, de même que des projets de passeport sanitaire électronique. La Belgique prépare un passeport vaccinal, disponible en ligne.

Ce n'est pas aux compagnies aériennes et aux organismes de voyage de rendre la vaccination et sa preuve obligatoires. C'est aux Etats eux-mêmes à en décider, comme il y a des obligation de tests Covid négatif pour entrer dans certains pays. Dans ce cadre, les compagnies peuvent collaborer en assurant un certain contrôle sur les passagers.

Que pourrait-on craindre?

Quid des effets secondaires? La plupart des vaccins qui sont au dernier stade de développement s'appuient sur des plateformes et des principes connus et maîtrisés depuis longtemps. Historiquement, la quasi-totalité des effets indésirables des vaccins apparaissent dans les six semaines suivant la vaccination. Or, les participants des essais cliniques de Pfizer/BioNTech et de Moderna ont été suivis pendant deux mois, sur demande de l'Agence américaine des médicaments (FDA).

"Aucun effet secondaire grave n'a été rapporté. Or, plus on met de sujets dans une étude, plus on diminue la probabilité de non-détection d’effets secondaires graves."
Nicolas Dauby
Infectiologue au CHU Saint-Pierre

Pfizer et Moderna ont rapporté que, dans les deux mois suivant l'injection de la seconde dose, aucun effet indésirable "grave", mettant la vie du patient en danger ou entraînant hospitalisation ou invalidité, n'était apparu. Pas de réactions allergiques dangereuses (chocs anaphylactiques) ou des problèmes neurologiques, donc.

Par contre, on a relevé de la fatigue, des maux de tête, des courbatures, des douleurs dans les articulations, des rougeurs et douleurs au niveau de la piqûre, surtout après la seconde dose. Ces effets, bien connus dans le domaine de la vaccination, ont été résolus sans hospitalisation.

Les effets secondaires du vaccin de Pfizer/BioNTech

  • Des réactions localisées à l’endroit de l’injection (84,1%)
  • De la fatigue (62,9%)
  • Des maux de tête (55,1%)
  • Des douleurs musculaires (38,3%)
  • Des frissons (31,9%)
  • Des douleurs articulaires (23,6%)
  • De la fièvre (14,2%).
    Ces éléments sont repriss dans le rapport de la FDA sur son études des données de Pfizer.

Autre élément rassurant, le nombre de sujets supérieur à ce qui se pratique habituellement dans les études cliniques. "Aucun effet secondaire grave n'a été rapporté. Or, plus on met de sujets dans une étude, plus on diminue la probabilité de non-détection d’effets secondaires graves", selon Nicolas Dauby, infectiologue au CHU Saint-Pierre.

Les mutations du virus ne risquent-elles pas de rendre inefficaces les vaccins? 185 mutations du nouveau coronavirus ont déjà été répertoriées, ce qui s'avère peu important par rapport à d'autres virus. Cette faible diversité génétique du SARS-CoV-2 (severe acute respiratory syndrome coronavirus 2) est un atout pour l'industrie pharmaceutique parce que l'on sait qu'il y a une corrélation entre la faible diversité d'un virus et la haute efficacité d'un vaccin.

Le variant apparu en Grande-Bretagne récemment, qui semble être responsable d'une transmission plus importante que les souches précédentes, fait l'objet d'étude de la part des firmes qui ont développé des vaccins afin de juger l 'efficacité de ceux-ci face à cette mutation.

Faut-il craindre les adjuvants? Le rôle et l'utilisation des adjuvants, comme les sels d'aluminium, sont bien connus et maîtrisés. L'adjuvant permet de diminuer la dose d’antigène nécessaire par injection en augmentant son efficacité. Aucun vaccin n'a jamais été retiré du marché à cause d'un adjuvant.

Comment va-t-on conserver les vaccins à -70°? Tous les candidats ne se conservent pas à -70° comme celui de Pfizer/BioNTech. Les firmes pharmaceutiques se chargeront de transporter le produit à température adéquate jusqu'à l'endroit de stockage désigné. Ensuite, le vaccin pourra, pendant quelques jours, reposer dans un frigo à une température moins froide mais qui ne changera pas ses caractéristiques, jusqu'à l'injection.

Comment ça marche?

Tous les vaccins qui arrivent au terme de la phase de développement ne s'appuient pas sur la même plateforme et c'est une chance. Selon ses atouts et ses inconvénients, chaque produit pourrait se voir destiné à un public spécifique.

Les vaccins à ARN messager. Plusieurs firmes proposent un candidat basé sur l’ARN messager, une "molécule qui fournit l’information génétique nécessaire à la production des protéines contre lesquelles l’hôte doit s’immuniser", explique Muriel Moser, biologiste de l'ULB et auteur du livre "La vaccination - Fondements biologiques et enjeux sociétaux". La Belgique a commandé les vaccins de Pfizer/BioNTech, Moderna et Curevac qui s'appuient sur ce principe. Celui-ci est connu mais n'a encore jamais abouti à un vaccin distribué pour l'homme. Son atout: il ne nécessite pas de culture et peut donc être produit très rapidement.

Juste quelques différences

Le vaccin de Moderna se base sur la même plateforme que celui de Pfizer/BioNTech, l'ARN messager. Mais les deux produits présentent quelques différences. Celui de Moderna n'a pas été étudié chez les moins de 18 ans, alors que le Comirnaty fait l'objet d'une indication à partir de 16 ans. Il est présenté en lot de dix doses, alors que celui de Pfizer se présente sous format de cinq doses (6 en utilisant une seringue spécifique), élément à prendre en considération dans le cadre d'un gaspillage minimum puisque, pour l'heure, aucun processus de retour n'est prévu au départ des maisons de repos où l'on vaccine déjà. Le produit de Moderna se conserve à -20 degrés et demande une seconde injection après quatre semaines, alors que celui de Pfizer se garde à -70 degrés et la deuxième injection est conseillée après trois semaines.

Les vecteurs viraux. Ils utilisent comme support un autre virus pour pénétrer dans les cellules qui fabriquent alors une protéine typique du Sars-Cov-2. Le système immunitaire développe les anticorps qui neutralisent cet antigène. Le vaccin d'AstraZeneca et de l'université d'Oxford, qui sera évalué pour une autorisation en Europe en janvier, et qui utilise un adénovirus de chimpanzé non réplicatif , a été commandé par la Belgique, tout comme celui de Johnson & Johnson, attendu en juin et basé sur un adénovirus responsable du rhume.

Une efficacité de 70%

7,74 millions de doses du vaccin d'AstraZeneca sont commandées par la Belgique, pour vacciner quelque 3,8 millions de personnes.

Son efficacité. Ce vaccin est annoncé avec une efficacité de 70%, ce qui est moins que ses deux concurrents déjà présents en Belgique, qui dépassent les 90%. "C'est un des points qui sera discuté par l'EMA", explique Jean-Michel Dogné, directeur du département de pharmacie de l'Université de Namur et membre de la Task Force évaluation vaccination Covid-19. "Il faut voir l'efficacité par groupe d'âge et selon le moment auquel est administrée la seconde dose."

La deuxième dose. Elle est prévue entre 4 et 12 semaines dans les études menées par AstraZeneca.

Sa conservation. Il se conserve entre 2 et 8°, ce qui facilitera la logistique.

Son principe. Il fait partie des vaccins à vecteurs viraux, utilisant comme support un autre virus pour pénétrer dans les cellules qui fabriquent alors une protéine typique du Sars-Cov-2. Le système immunitaire développe les anticorps qui neutralisent cet antigène. Le vaccin d'AstraZeneca se base sur un adénovirus de chimpanzé non réplicatif. Il ne contient pas un excipient qui a été à la base de réactions allergiques avec les vaccins à ARN messager.

Quid des enfants? Il a été évalué dans des populations à partir de 18 ans, comme celui de Moderna. Celui de Pfizer est, lui, recommandé à partir de 16 ans.

Sophie Leroy

Les vaccins à virus inactivé ou atténué. Ils injectent un virus de culture inactivé ou atténué afin de provoquer une réponse immunitaire contre le véritable virus. Plusieurs vaccins en développement utilisent ce principe mais aucun n'a été commandé par la Belgique.

La protéine recombinante. Le vaccin envoie dans l'organisme une protéine S semblable à celle du virus pour stimuler l'apparition d'anticorps qui vont neutraliser la protéine S du véritable virus et empêcher celui-ci de pénétrer dans les cellules. C'est la technique du vaccin développé par Sanofi et GSK.

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PODCAST | "Dire qu'il ne faut pas se faire vacciner, c'est criminel"

Dans ce podcast, le chercheur-entrepreneur Cédric Blanpain (ULB-ChromaCure) nous parle de lutte contre le cancer, d'enjeux du vieillissement et de vaccination.

Ecoutez le podcast avec Cédric Blanpain

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