Un an de crise sanitaire: de Wuhan à Bruxelles, la première vague déferle

À la mi-mars, avec Sophie Wilmès en figure de proue, le gouvernement minoritaire reste finalement en place, assorti de six mois de pouvoirs spéciaux durant lesquels une majorité parlementaire promet de soutenir l’exécutif pourvu qu’il se consacre exclusivement à la lutte contre le coronavirus. ©BELGA

Un an de crise sanitaire (1/4) | Ci-gît un drame collectif, drapé dans un linceul politico-sanitaire. Un récit avec ses "tragédiennes" et ses "héros", avec ses experts et ses politiques, avec ses citoyens ordinaires ballottés entre l’angoisse et le rejet. Au commencement était un virus, venu de Chine. Chapitre 1: l'assaut (de janvier au 17 mars).

Lorsque Philip Soubry débarque à l’aéroport de Bruxelles-National, le dimanche 2 février, il ne ressent absolument rien. Pas de rhume, pas de toux, pas de fièvre. Rien. Ce jour-là, ce responsable qualité de LVD, groupe familial de Gullegem, près de Courtrai, fait partie d’une dizaine de ressortissants belges à avoir été rapatriés de Chine. LVD possède là-bas une filiale. C’est là que Soubry travaille et qu’il a rencontré sa femme. Tous deux vivent à Huangshi, ville de 1,2 million d’âmes. "Presque un village", confiera-t-il au quotidien flamand Het Laatste Nieuws. Un village sans histoire, sauf que… ce village se situe à une encablure de Wuhan, épicentre mondial de ce que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) n’ose encore nommer: une "pandémie" de SARS-CoV-2, l’agent pathogène à l’origine du Covid-19 pouvant mener à une détresse respiratoire potentiellement fulgurante et mortelle. Une semaine plus tôt, la Chine a annoncé une mesure spectaculaire et inédite: la mise en quarantaine de toute la province de Hubei, avec sa capitale Wuhan, soit quelque 60 millions d’habitants interdits de sortie.

Non, Philip Soubry ne ressent rien. Il ne comptait pas revenir de sitôt en Belgique, et ne désire nullement y rester. Mais ce à quoi il s’attendait encore moins, c’est d’être celui qu’on appelle désormais le "patient zéro" du Covid-19 en Belgique. C’est pourtant ce qu’il est devenu. Le lendemain de son atterrissage, vers 20 heures, un médecin est venu lui annoncer une "mauvaise nouvelle": son test est positif. Il a été contaminé par le Covid-19. On lui enfile une combinaison de protection blanche, une ambulance l’attend. Direction: le CHU Saint-Pierre à Bruxelles, où il restera 15 jours sans jamais développer les symptômes de la maladie.

Pas de symptômes, certes, mais ça y est: le Covid est entré sur le territoire belge. Par la petite porte. Ailleurs dans la maison Belgique, les voies d’accès restent ouvertes à tous les vents.

La situation à Wuhan, où on construit un hôpital en deux semaines, attise la curiosité du citoyen belge et de la presse. Du côté des scientifiques, c’est l’inquiétude qui prévaut. Les publications commencent à déferler sur les bureaux académiques. L’on y lit notamment que, sur la base des premières études chinoises, le temps de doublement de la contamination est de 2,4 jours dans la province de Hubei. Ce qui veut dire qu’après 24 jours, le nombre de personnes infectées est multiplié par plus de 1.000. Une indication cruciale, permettant de déterminer la rapidité de circulation du virus. Plusieurs scientifiques nous l’ont dit durant cette reconstitution: tout au long du mois de février, ils ont envoyé des courriers d’alerte à Sciensano, l’institut scientifique du SPF Santé publique. Aucun d’entre eux n’a reçu de réponse.

Le politique est-il sourd ou aveugle? Il se dit "prêt à affronter la crise", et pourtant ce n’est pas l’impression qu’il donne. Marc Wathelet est le premier à s’en émouvoir publiquement. Le 28 février, dans le Journal du médecin, ce docteur en sciences (pas médecin, ce qui lui sera reproché par certains), spécialiste des coronavirus humains, s’adresse directement à Maggie De Block, ministre fédérale Open Vld de la Santé. Il lui suggère de suivre l’exemple radical de la Chine, et conclut: "La peur est une émotion indispensable à notre survie." Message entendu? Le jour même, la ministre lui répond sur Twitter par sa désormais célèbre formule lapidaire: "Nog een dramaqueen" ("Encore une tragédienne"), un tweet qu’elle effacera plus tard.

L'insouciance carnavalesque

La nuit même, la tragédie grecque, encore souterraine, monte d’un cran. Un deuxième cas d’infection au coronavirus est détecté. Il s’agit d’une femme qui aurait séjourné en France. Fièvre modérée, mal de gorge, douleurs au niveau des voies respiratoires. Les symptômes sont bien là, cette fois. Et surtout, cette nouvelle infiltration du virus sur notre territoire confirme que l’ennemi est à notre porte, sur le territoire européen. "Confirme", car entre-temps, la situation s’est enflammée en Italie. Le nord de la péninsule est désormais le foyer brûlant de ce qui n’est toujours pas appelé "pandémie" par l’OMS. Rome a installé un cordon sanitaire autour de plusieurs villes de Lombardie et de Vénétie. Codogno, au sud de Milan, est l’épicentre de l’épidémie. Fin février, l’Italie déplore une dizaine de morts.

Malgré ces événements spectaculaires, le gouvernement ne prend pas de mesures particulières. Pourtant, les vacances d’hiver se profilent pour cette dernière semaine de février, avec les départs habituels à la montagne en France, en Suisse, en Autriche, mais aussi en Italie. Les vacanciers peuvent s’y rendre dans une insouciance toute carnavalesque. "Les mesures actuelles sont pour l’instant suffisantes", estime la porte-parole de la ministre de la Santé. "Le comité scientifique suit la situation en permanence." Sur le site du ministère des Affaires étrangères, même sérénité par rapport à l’Italie : "Il est recommandé de suivre les consignes des autorités locales."

Avec le deuxième cas de Covid-19 annoncé le dimanche des retours de vacances, le lendemain du fameux "dramaqueen" de la ministre de la Santé, le gouvernement sait qu’il devra jouer fin. La nuit du dimanche au lundi ne fera que conforter ce pressentiment. Cent quarante tests ont été effectués au laboratoire de référence de la KULeuven, six en sortiront positifs: cinq Flamands, un Bruxellois, tous de retour d’un séjour en Italie. Le lundi matin, un Comité de concertation extraordinaire est convoqué dans l’urgence au Lambermont, résidence de la chancellerie. Il réunit, sous la houlette de la Première ministre Sophie Wilmès, les ministres compétents ainsi que les ministres-présidents des Régions et Communautés. Le premier d’une longue série. "Il y avait eu beaucoup de remous au niveau politique pendant les vacances", nous dit une source proche des discussions gouvernementales. "Mais c’est ce week-end-là que la machine a vraiment démarré."

"Il y avait eu beaucoup de remous au niveau politique pendant les vacances. Mais c’est ce week-end-là que la machine a vraiment démarré."

Devant les caméras, pourtant, on veut montrer que la situation est toujours sous contrôle. Lors de la conférence de presse, on y voit Sophie Wilmès introduire la toute-puissante Maggie De Block, toute de noir vêtue, flanquée à droite et à gauche du Wallon Elio Di Rupo et du Flamand Jan Jambon, frères ennemis dans les négociations politiques en cours depuis les élections neuf mois plus tôt. "Aujourd’hui commence une semaine cruciale", précise la ministre de la Santé. "Le retour de vacances a des conséquences." "Nous suivons la situation pas à pas", martèle à son tour Sophie Wilmès. "Nous appelons au calme et à la sérénité."

60.000 lecteurs dans une foire

Calmes et sereins, certains sur le terrain ne le sont pas du tout. Les quatre écoles européennes Schola Europaea demandent aux élèves revenant des zones à risque, notamment celles identifiées en Italie, de se mettre en quarantaine quatorze jours. La veille, Olivier Maingain, bourgmestre DéFI de la commune de Woluwe-Saint-Lambert, a pris un arrêté de police interdisant aux professeurs, enfants et parents de fréquenter les écoles et les crèches s’ils reviennent de régions contaminées. "Mauvaise initiative", estime Alain Maron, le ministre Ecolo bruxellois de la Santé. Initiative en tout cas isolée: aucune mesure ne sera prise à l’échelon supérieur, juste celle d’être "attentif" à ceux qui reviennent de zones à risque.

Calme et sereine, Maggie De Block le sera toujours lors d’une séance plénière à la Chambre trois jours plus tard. "Il s’agit d’une grippe d’un type nouveau, mais doux", déclare-t-elle, "qui poursuivra son chemin sur notre planète avant de devenir une grippe saisonnière." Sauf que rien, absolument rien dans la littérature scientifique, ne soutient ce scénario.

Les scientifiques, justement. Face à ce qu’ils jugent comme un aveuglement coupable du gouvernement, Philippe Devos, président du syndicat belge des médecins (Absym), dresse le 2 mars une vision d’Apocalypse: si notre pays ne fait rien, écrit-il à destination de la presse, il y aura 850.000 Belges infectés, 33.000 morts, 52.000 patients à admettre en soins intensifs. Un décompte qui suscite un électrochoc chez les citoyens. Face à la déferlante de réactions (l’article a été lu 500.000 fois sur la semaine), Philippe Devos nuancera son propos, mais la confusion demeure. Notamment parce que le salon Batibouw bat son plein depuis le week-end précédent (187.000 visiteurs). Et que le jeudi de cette semaine se tient aussi la Foire du Livre, à Tour & Taxis, alors qu’en France on annule les événements d’une jauge supérieure à 5.000 personnes, qu’on y ferme le Louvre et que le Salon du Livre de Paris est annulé. Réponse de la doctoresse en chef du gouvernement: "Nous sommes au début de la phase 2, les Français sont à la fin de cette phase." La Foire du Livre de Bruxelles aura lieu, elle drainera jusqu’à 60.000 personnes tout au long du week-end.

"Il y avait un décalage total entre la gestion de la crise et la détection des cas. Je ne comprenais pas du tout sur quoi se basait Maggie De Block pour faire ses déclarations."

L’épisode aura montré, pour ceux qui en doutaient encore, l’immense abysse existant entre le monde politique et les scientifiques. "Il y avait un décalage total entre la gestion de la crise et la détection des cas", nous raconte aujourd’hui l’un d’eux. "Je ne comprenais pas du tout sur quoi se basait Maggie De Block pour faire ses déclarations." Même incompréhension de certaines organisations, alors qu’on annonçait les premiers décès et que les chiffres commençaient à s’emballer. Tout au long de la semaine qui suit, passant outre l’absence d’initiatives gouvernementales, ces organisations multiplieront les annulations d’événements. La Pro League, par exemple, prendra les devants et organisera sa dernière journée de la phase classique à huis clos. Les universités passeront à l'enseignement virtuel. Les cultes, les mariages, les funérailles, tout cela se déroulera désormais en cercles restreints.

"Il est interdit d'interdire"

Pour prendre ses décisions, le gouvernement se repose sur deux entités: le Risk Assessment Group (RAG), groupe de scientifiques chargé d’évaluer la propagation du virus et son risque pour la population, et le Risk Management Group (RMG), plus politique, chargé de gérer et de proposer, sur la base des conseils du RAG, des mesures pour protéger la population. Or, tout au long de ces jours décisifs, la main gauche ignore bien souvent, ou feint d’ignorer, ce qu’estime la main droite. Pour le premier groupe, c’est clair: il faut des mesures plus fortes. Or, chez les politiques, on en est encore aux "recommandations". La raison? La Première ministre l’avoue le mardi à l’issue d’un Conseil national de sécurité: "Nous ne pouvons que recommander d’interdire." Entendez: ceux qui peuvent interdire, ce sont les gouverneurs et les bourgmestres, à l’échelon inférieur.

"Si les politiques ne veulent pas le dire, alors je le fais: il faut interdire tous les événements."
Marc Van Ranst
virologue à l'UZ Leuven

Cette nuance sémantique indispose particulièrement Marc Van Ranst, l’une des voix scientifiques les plus écoutées au nord du pays, et par ailleurs membre du RAG. Dans le Morgen, il déclare: "Si les politiques ne veulent pas le dire, alors je le fais: il faut interdire tous les événements." Un coup de gueule qui fait basculer le discours: la gestion de la crise passe en "phase fédérale", avec la création notamment d’une cellule d’évaluation composée d’experts, le Celeval. La dernière fois qu’on a actionné ce levier, c’était au lendemain des attentats du 22 mars 2016. Entre-temps, le 11 mars, et c’est presque passé inaperçu, l’OMS estime la propagation du coronavirus "comme pouvant être caractérisée comme une pandémie". Dont acte. Un peu comme si on vous glissait dans l’oreille que vous entrez dans l’œil d’un cyclone, alors que pluies torrentielles et vents violents saccagent depuis plusieurs jours votre habitation.

Qui a eu cette idée folle, un jour...

Cette fois, c’est donc décidé, le Conseil national de sécurité du 12 mars sera celui des mesures fortes. Il y a unanimité pour le dire. Pourtant, la réunion, qui débute à 19 heures, est tout sauf un fleuve tranquille. Deux pistes sont sur la table: la première concerne l’horeca, l’autre les écoles. Le RMG ne propose pas d’emblée la fermeture de l’horeca, juste une mise à distance des clients, des tables, en réduisant leur nombre. Gros débat parmi les membres du Conseil, qui se rabattent finalement sur la fermeture. Assez rapidement d’ailleurs.

Vient alors la discussion sur les écoles, très tendue, nous revient-il. Avec cette posture flamande, d’emblée, communiquée unilatéralement par le cabinet du ministre N-VA Ben Weyts, avant même la réunion: la fermeture des écoles n’est pas à l’ordre du jour. Grosse friture sur la ligne communautaire. Les francophones sont en effet d’avis qu’il faut prendre le taureau par les cornes. Le MR Pierre-Yves Jeholet, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le clame haut et fort : lui, il fermera les écoles francophones. Une déclaration qui obtient le soutien d’un invité surprise: peu après vingt heures, le président français Emmanuel Macron a pris la décision de tout fermer: écoles, crèches, universités. La nouvelle flashe sur tous les sites d'information. Va-t-on vers l’impensable? Des écoles ouvertes au nord du pays, fermées au sud? Pourquoi pas, estime un ministre. Mais quid de Bruxelles alors, où cohabitent enseignements francophone et flamand? Pour Rudi Vervoort, ministre-président PS de la Région, on se dirige vers un clash.

"Macron fait ses déclarations, et nous, on a des sièges vides et des journalistes qui meublent."

Pour calmer le jeu, pour faire converger les mesures, Sophie Wilmès utilise une bonne vieille recette de négociation belgo-belge (et européenne): les discussions en aparté. La Première ministre parvient à adoucir la position flamande. Sauf que les discussions s’éternisent et que, dans la salle de presse, les journalistes trépignent. Il est passé 22 heures. À cause d’une erreur de communication, les télévisions se sont mises en "breaking news" depuis deux heures déjà. "Macron fait ses déclarations, et nous, on a des sièges vides et des journalistes qui meublent", se souvient un protagoniste. Vers 22 heures 30, la Première ministre arrive enfin, suivie de ses partenaires de négociations, apportant un message fort, le premier de cette saga politico-sanitaire: on ferme l’horeca, on ferme les écoles. Une première "phase fédérale" est enclenchée, qui a réussi à éviter de justesse le pire des scénarios: l’éclatement des mesures sur le territoire.

La désunion nationale

Cette unité de façade ne sera que de courte durée pour le citoyen, et singulièrement pour l’électeur qui attend depuis neuf mois l’aboutissement des négociations pour former un gouvernement fédéral. Reprenons. Pour l’heure, aux commandes du Fédéral, on a un équipage bancal, gouvernement démissionnaire, archi-minoritaire, composé pour moitié de ministres du MR. Pas vraiment une équipe qui gagne. D’où l’idée véhiculée par beaucoup: devant l’adversité, cette unité, affichons-là en formant un véritable gouvernement d’union nationale, de pleines compétences, unissant les frères ennemis que sont le PS et la N-VA autour d’une urgence nationale. L’idée fait son chemin et les deux missionnaires royaux du moment, l’Open Vld Patrick Dewael et la MR Sabine Laruelle, sont prêts à s’écarter devant cette voie tout aussi royale.

Le dimanche 15 mars cristallise cette idée. Sauf que Bart De Wever, président de la N-VA, affiche des prétentions pour le poste de Premier ministre. Au moment où démarre une réunion du bureau du PS, Georges-Louis Bouchez, président du MR, n’en fait pas mystère, il tweete: "Sans l’ombre d’un doute, Sophie Wilmès est à la barre et le restera!" De Wever serait prêt à accepter, moyennant certaines contreparties.

Les autres partis assistent, sidérés, à ces jeux de dupes. Comme si on avait pu encore croire que l’assaut d’un virus mortel pouvait ébrécher la couche de béton armé recouvrant nos querelles politiques. Conner Rousseau, président du sp.a, est tout simplement "dégoûté". À l’issue de son bureau de parti, le président socialiste Paul Magnette l’annonce en direct à l’émission "Ce n’est pas tous les jours dimanche" sur RTL: pour le PS, le gouvernement d’union nationale, c’est non. Cette saillie politique au cœur de la crise sanitaire se solde par un quasi-retour à la case départ. Le gouvernement minoritaire reste en place, assorti de six mois de pouvoirs spéciaux durant lesquels une majorité parlementaire promet de soutenir l’exécutif pourvu qu’il se consacre exclusivement à la lutte contre le coronavirus. Exit l’union nationale. Les missionnaires royaux retournent dans leur carrousel de négociations.

La danse macabre

Entre-temps, la crise atteint sa phase aiguë. Les chiffres continuent à monter, mais, surtout, il y a ces images, insoutenables, qui nous viennent d’Italie. Des unités de soins intensifs avec des corps inanimés, à moitié nus, couchés sur le ventre, entourés par des tubes, des écrans, des bras articulés, et, évoluant à leurs côtés dans une chorégraphie macabre, des ombres blanches animées de gestes lents. Le système hospitalier italien est au bord de la rupture, on parle de faire des choix, de privilégier les patients présentant "la plus grande espérance de vie", comme l’indique une note interne d’"éthique clinique" distribuée par l’une des fédérations hospitalières italiennes.

Trop is te veel. La Belgique ne veut pas de ce scénario. Le Conseil national de sécurité arrive le 17 mars avec une décision impensable un mois auparavant, aussi implacable que logique: le confinement généralisé. Une torpeur sociale et économique s’installe. Le pays entre en apnée.

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