Un déferlement de faillites se profile après l'été

Les arts de la scène sont parmi les secteurs les plus impactés. ©Dieter Telemans

Les entreprises sont confrontées à une demande qui ne redémarre pas. Ce qui selon la Banque nationale laisse craindre une reprise bien plus lente que prévu. L'événementiel, la culture et l'horeca seront les secteurs les plus impactés.

À mesure que la situation sanitaire s’améliore se dessine l’ampleur du désastre économique causé par le Covid-19. Les dernières projections de la Banque nationale (BNB) d’une part et de l’économiste Eric Dor (IESEG School of Management) d’autre part n’ont rien de rassurant.

La reprise en V s’éloigne

Alors que les prévisions initiales tablaient sur une reprise soutenue et rapide (c’est le scénario en V), on semble aujourd’hui s’acheminer vers une reprise graduelle, avec des dommages irréversibles causés à l’économie. Eric Dor s’attend à un effondrement du PIB en 2020 qui se situera entre 7,8% (scénario optimiste) et 11,2% (scénario pessimiste). "L'ampleur de la réduction du PIB va dépendre d'une part de la diminution de production pendant le confinement et, d'autre part, de la trajectoire et de l'intensité de la reprise ultérieure." Autant de paramètres qu’il juge à ce stade "complètement incertains".

De son côté, la BNB, assistée par le Bureau du Plan, avait précédemment évoqué une récession de 8% cette année, suivie d’un vif rebond en 2021. Aujourd’hui, cette reprise en V semble s’éloigner et l’économiste Xavier Debrun (BNB) évoque "des dommages permanents pour l’économie". "On est plus proche de la Grande Dépression des années 1930 que de la Grande Récession de 2008", renchérit pour sa part Geert Langenus, l’économiste de la BNB qui, avec son équipe, alimente les travaux de l’Economic Risk Management Group (ERMG).

"On est plus proche de la Grande Dépression des années 1930 que de la Grande Récession de 2008."
Geert Langenus
économiste à la Banque nationale

En cause surtout, le moteur de la demande qui peine à redémarrer. Une enquête de la Banque nationale montre que le chiffre d’affaires a été amputé d’un tiers entre le 23 mars et le 12 mai. Or depuis le 4 mai, les entreprises tournent à nouveau mais le chiffre d’affaires ne redémarre pas. À la question de savoir où cela coince, 60% des sondés invoquent une demande en berne. Bien plus loin viennent la distanciation sociale, les perturbations au niveau de la chaîne d’approvisionnement, les problèmes de liquidités ou encore l’absentéisme du personnel.

Autre signe inquiétant: les investissements sont au point mort. L’enquête de la BNB indique que 63% des entreprises ont décidé de reporter des investissements pourtant programmés. Le problème se situe surtout au niveau des grandes entreprises qui, en principe, donnent le ton en la matière.

Vague de faillites

Dans ces conditions, on doit s’attendre à un déferlement de faillites, une fois que sera levé le moratoire sur les faillites et que la justice fonctionnera à nouveau normalement. D’après l’enquête de la BNB, 39% des entreprises actives dans les arts, la culture et l’événementiel s’attendent à devoir mettre prochainement la clé sous le paillasson. Derrière, on retrouve sans surprise l’horeca (24%), l’immobilier (12%) et la logistique (11%). Le secteur financier, lui, semble immunisé face à la crise (0%). "Il faudra se pencher sur la solvabilité des entreprises. Car si on ne fait rien, on doit s’attendre à une vague de faillites sur le pays", prévient Geert Langenus.

"Si on ne fait rien, on doit s’attendre à une vague de faillites sur le pays."
Geert Langenus
économiste à la Banque nationale

Un emploi sur cinq menacé

La crise économique qui ne fait que débuter plongera un grand nombre de personnes dans le chômage. Un chômeur temporaire sur cinq risque de ne pas retrouver son emploi. Autrement dit, sur les 900.000 personnes en chômage temporaire, 180.000 resteront sur le carreau.

180.000
chômeurs
Sur les 900.000 personnes en chômage temporaire, 180.000 risquent de ne pas retrouver leur emploi.

Si on y ajoute les indépendants dont la situation risque de péricliter, on arrive à 250.000 emplois menacés. À nouveau, la situation varie selon les secteurs. Dans l’événementiel et les arts, c’est presque un emploi sur deux (47%) qui est en sursis.

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