Un indépendant sur trois exclu des aides wallonnes

Garagistes, agents immobiliers, chocolatiers... Selon l'UCM, environ 100.000 indépendants ne peuvent pas bénéficier de l'aide forfaitaire wallonne. ©Photo News

Selon l'UCM, sur 306.000 indépendants enregistrés en Wallonie, 100.000 ne peuvent prétendre au forfait de 5.000 euros libéré par le gouvernement wallon. Le ministre Willy Borsus de l'Économie pourrait prendre de nouvelles mesures.

Dorothy George est responsable d’une agence immobilière à Profondeville. Comme des milliers d’autres indépendants, son activité commerciale s’est figée avec l’arrivée de coronavirus. "J’ai reçu un mail de l’IPI qui nous a demandé de fermer notre bureau et de stopper toutes nos activités. On ne peut plus rien faire. On ne peut plus se rendre sur place. On ne peut même plus faire des visites virtuelles. Bref, on ne sait plus travailler."

"En temps normal, je devrais avoir 150 clients par jour. Avec la crise, on était à peine à 6 clients. J’ai donc décidé de fermer ma boutique."
Denis Ariqua
Chocolatier

Le cas de Dorothy George n’est pas unique. Agents immobiliers, restaurateurs, cafés, snacks… Le monde économique tourne au ralenti depuis les mesures de confinement. Denis Ariqua est chocolatier à Andenne. Désigné chocolatier de l’année en 2019, il pâtit aussi de la situation même si son activité dans l’alimentaire lui permet de poursuivre ses activités.

"Pâques, c’est normalement la plus grosse période de l’année pour un chocolatier. On réalise d’habitude 25% de notre chiffre d’affaires. Cela nous permet de mettre des réserves pour survivre l’été où le chocolat se vend moins. En temps normal, je devrais avoir 150 clients par jour. Avec la crise, on était à peine à 6 clients. J’ai donc décidé de fermer ma boutique. Cela nous coûtait plus que cela nous rapportait. L’e-shop lancé en 3-4 jours nous permet heureusement de faire une trentaine de commandes par jour. Cela permettra peut-être de payer nos frais. Mais les problèmes financiers risquent d’arriver en août."

Dorothy George s’attend aussi à une reprise difficile. "On puise dans la trésorerie. Elle n’est pas importante. Et quand l’activité pourra reprendre, le temps de trouver un bien à vendre, le faire visiter, le vendre… Il faudra probablement attendre quatre mois avant d’être payé."

"Nous déposons une résolution en urgence pour forcer le débat. Les règles de sélectivité choisies par le gouvernement ne répondent à aucune logique."
François Desquesnes
Député cdH

Les histoires s’enchainent à toute vitesse. Guillaume Petta, responsable d’une agence de communication à Liège, subit le coup de frein de ses clients. "Notre chiffre d’affaires a chuté de près de 90%. Nos clients ne veulent plus communiquer. Tout est à l’arrêt. J’ai contacté la Région wallonne pour tenter de bénéficier de l’aide forfaitaire de 5.000 euros pour les entreprises qui subissent la crise mais mon activité n’est pas reprise dans les codes NACE. La Région ne fait pas du cas par cas. Je suis pourtant victime de l’effet domino de la crise", regrette-t-il. Son amertume est partagée par la responsable de l’agence immobilière également exclue des aides wallonnes.

"Ces 5.000 euros m’auraient permis de ne pas trop stresser pour la suite." Denis Ariqua garde lui l’espoir de se faire régulariser comme les snacks et sandwicheries récemment reprises dans la liste des bénéficiaires des aides par le ministre de l’Économie Willy Borsus (MR) aux côtés des restaurants et cafés. "Je vais avoir une perte d’au moins 30.000 euros en avril. Nous sommes le pays du chocolat mais on n’aide pas les chocolatiers", regrette-t-il.

"On travaille sur des mesures alternatives pour aider les autres secteurs qui ne sont pas à l’arrêt."
Cabinet du ministre de l'Économie

Selon l’UCM, sur les 306.000 indépendants en Wallonie, environ un tiers ne peuvent prétendre à l’aide exceptionnelle mobilisée par le gouvernement wallon. Derrière ce chiffre, on retrouve les métiers de la construction, le paramédical comme des psychologues ou des kinés, les garagistes, les indépendants liés au monde du sport, de la culture ou des loisirs. Le cdH, dans l’opposition en Région wallonne, les appelle les oubliées du gouvernement wallon. "Nous déposons une résolution en urgence pour forcer le débat. Les règles de sélectivité choisies par le gouvernement ne répondent à aucune logique", estime François Desquesnes, le chef de groupe au parlement. "Toute entreprise obligée de fermer ou ayant une perte de son chiffre d’affaires de plus de 30% sur un trimestre ou de plus de 50% sur un mois doit pouvoir la recevoir."

D’ici un débat au parlement wallon dans une dizaine de jours, le ministre Willy Borsus laisse entrevoir des adaptations. "À ce stade, on n’a pas prévu d’élargissement significatif au niveau des secteurs. Mais on travaille sur des mesures alternatives pour aider les autres secteurs qui ne sont pas à l’arrêt", assure son cabinet.

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