reportage

Un lundi comme un dimanche, dans une ville "morte"

©saskia vanderstichele

Les premiers effets des mesures annoncées jeudi soir par la Première ministre se font ressentir. Le centre de Bruxelles est vide. Un lundi comme un dimanche. En pire.

Que se passe-t-il au centre-ville en ce premier jour de semaine depuis l'annonce faite par la Première ministre de suspendre les cours dans les écoles et universités et de fermer les restaurants et les cafés pour tenter d'enrayer l'épidémie de coronavirus? En me dirigeant vers le centre, je passe sous les tunnels du Cinquantenaire. Au-dessus de l'entrée du dernier tunnel, un panneau lumineux prévient: "Sommet européen: risques de perturbation". Cette fois, pourtant, on se dit que cela devrait aller. La circulation est fluide, j'arrive rapidement à la Gare centrale, première halte de ce petit tour de la ville. 

Il faut se rendre à l'évidence, la Gare centrale, généralement haut lieu de fourmillement à la croisée des chemins, est plus déserte qu'un dimanche. Il n'y a pas âme qui vive. Dans le haut-parleur, quand elle ne crache pas les arrivées en gare, une voix monocorde récite les mesures d'hygiène à suivre pour éviter la propagation du covid-19. À l'entresol, la galerie commerçante est également à l'arrêt et si les snacks qui vendent de la nourriture restent ouverts, c'est uniquement pour les marchandises à emporter. Les salles où les consommateurs pouvaient s'asseoir sont condamnées, les chaises sont sur les tables. 

Avant de me diriger vers la Grand-Place et les Galeries du roi et de la reine, j'ai l'attention attirée par un jeune homme appuyé contre un pilier de la gare, un bouquet de fleurs à la main. Il attend sa douce. 

Plus bas, les Galeries du roi et de la reine sont désertes, bien plus vides qu'un jour de semaine habituel. À part l'un ou l'autre touriste égaré, il n'y a pas âme qui vive. 

Je m'arrête devant la boutique Delvaux, fermée. Un message placardé sur la porte annonce la couleur en s'adressant à sa "chère famille Delvaux". Le célèbre maroquinier explique que toutes ses boutiques sont fermées en Europe à partir du 6 mars et jusqu'à nouvel ordre. "Depuis sa création en 1829, la maison Delvaux a toujours réussi à surmonter les différents défis qui se sont présentés. (...) Ensemble, nous sommes plus forts et notre sens du devoir devient plus profond encore. Comme toujours, Delvaux continuera de relever ce défi." 

Deux hommes se postent à côté de moi. Nous nous saluons. C'est fou comme les périodes de crise rapprochent les gens. Il s'agit du créateur Jean-Paul Lespagnard qui, le 22 octobre dernier, a ouvert Extra-Ordinaire, en plein cœur de l'îlot sacré. Il s'agit d'un espace dédié à sa collection mode et foulards ainsi que d'autres articles de mode et d'artisanat. 

Contraint de fermer ses portes, le designer espère retomber sur ses pieds en développant un module de vente en ligne via whatsapp.

À un battement d'ailes de là, la Grand-Place n'est guère plus riante. Comme partout, quelques touristes pris au piège se demandent ce qu'ils font là et un guitariste répétant ses gammes peine à se faire entendre. 

Même sensation du côté de la place de Brouckère et de la rue Neuve. La ville, il faut le dire, fait grise mine.

En remontant vers la Gare centrale, nous croisons Philippe Close, le bourgmestre de Bruxelles, qui est en contact permanent avec les quatre hôpitaux situés sur le territoire de sa ville et avec les commerçants. "Dans l'ensemble, les commerçants comprennent les mesures décidées par le gouvernement. Je viens même de croiser un bijoutier qui me demande pourquoi on ne va pas plus loin", nous explique-t-il, tout en se dirigeant vers "sa" Grand-Place. Lui-même se dit impressionné par cet espace vide. Et voit déjà plus loin. "On essaie de réfléchir à gérer l'après. On va avoir des gens en souffrance. Il faudra tirer les leçons. On devra réfléchir notamment par rapport à notre dépendance complète par rapport à la Chine. Ou au rôle de l'Europe, à l'heure où chacun prend des décisions de son côté", nous glisse-t-il avant de pénétrer dans l'hôtel de ville.

"On essaie de réfléchir à gérer l'après. On va avoir des gens en souffrance. Il faudra tirer les leçons".
Philippe Close
Bourgmestre de Bruxelles

En remontant vers la gare, on croise le jeune homme au bouquet de fleurs aperçu au début de notre périple. Et les fleurs ont changé de mains, le jeune homme est accompagné, il a retrouvé son amoureuse. Et là, inévitablement, c'est Brel qui s'invite à la danse, le grand Jacques qui nous souffle ces quelques vers à l'oreille. "Quand on n'a que l'amour, à offrir en prière, pour les maux de la Terre, en simple troubadour"...

©saskia vanderstichele

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