Une entreprise sur 4 n'est pas armée pour faire face au choc du coronavirus

Le transport routier figure parmi les secteurs les plus menacés par la crise. ©Kristof Vadino

D’après Graydon, environ 215.000 entreprises – soit 55% des sociétés belges – ne disposent pas de réserves suffisantes pour sortir indemnes de la crise du coronavirus. Une entreprise sur quatre se retrouverait en situation de détresse.

Selon une étude menée par Graydon, un fournisseur de données sur les entreprises, une société belge sur quatre se retrouverait en situation de détresse après la mise à l’arrêt d’une grande partie des activités économiques en réponse à l’éclatement de la pandémie de coronavirus. 30% d’entre elles seraient en situation instable.

Les secteurs les plus menacés sont l’horeca, le commerce de gros et de détail, les agences de voyages, les agences d’intérim, les entreprises de location et de leasing, les transporteurs, les garagistes et les concessionnaires automobiles. Les secteurs de la construction et de la chimie, l’industrie du traitement des métaux, l’agriculture, l’élevage et la pêche pourraient également se retrouver en difficulté suite aux mesures prises pour endiguer la pandémie. Les secteurs les mieux placés pour survivre à la crise sont l’énergie et les services aux collectivités, les compagnies d’assurance, les fonds de pension, les services financiers, les agences immobilières, les professions libérales et les consultants.

12% des entreprises sont totalement immunisées face à la crise.

A peine une entreprises belge sur 8 peut se targuer d’être assez résistante et 12% sont totalement immunisées face à la crise.

Graydon est surtout connu pour ses chiffres mensuels sur les faillites, mais Eric Van den Broele, directeur R&D de l’entreprise, souligne que cette étude n’a rien à voir avec les statistiques habituelles sur les faillites. "C’est une situation sans précédent. Aujourd’hui, nous nous dirigeons vers une économie en discontinuité, qui exige une approche spécifique", explique Van den Broele.

Ces dernières semaines, une équipe d’analystes de Graydon spécialisés en données a étudié comment mesurer la résistance des entreprises à ce choc. Ils sont partis de l’hypothèse d’une perte de deux mois de chiffre d’affaires et de nombreux retards de paiement des clients. 

©mediafin

Deux tests

Les analystes ont ensuite réalisé deux tests qui ont permis d’établir d’abord le nombre d’entreprises ne disposant pas d’un fonds de roulement suffisant pour résister à une période de deux mois de perte de chiffres d’affaires et ensuite le nombre d'entreprises tombant en dessous de la médiane de leur secteur en raison de l’épidémie. La médiane est la valeur statistique qui permet de couper un ensemble des valeurs en deux parties égales et dans le cas présent de séparer les réserves plus faibles des réserves supérieures.

102.000
entreprises
102.000 entreprises obtiennent un score négatif aux deux tests de résistance élaborés par Graydon.

Au total, 102.000 entreprises obtiennent un score négatif aux deux tests, ce qui signifie qu’elles ne disposent ni de moyens adéquats pour résister à un choc de deux mois d’inactivité, ni d’un matelas de réserves suffisant compte tenu de leur secteur d’activité. Environ 114.000 entreprises affichent de mauvais résultats sur un des deux tests, et se situent donc dans la zone à risque. A cause de la vitesse à laquelle le virus s’est répandu ces dernières semaines, les données devraient encore évoluer. Graydon ne tient par exemple pas compte du secteur alimentaire, vu que son chiffre d’affaires est aujourd’hui inchangé. "Mais ce n’est pas garanti ", souligne Van den Broele, "parce qu’on peut supposer que le comportement des consommateurs évoluera au fil du temps".

Par exemple, les clients achèteront probablement moins de produits alimentaires de luxe comme le homard, et davantage d’ingrédients de base comme la farine.

Sur ce point également, les recherches devraient être affinées ultérieurement. Un contrôle classique du modèle sur base de données historiques n’est par ailleurs pas possible puisque cette crise est une première. L’idée de mesurer la ‘résistance au choc’ des entreprises a commencé à germer chez Graydon après les attentats de Bruxelles en 2016. Au départ, Graydon avait pour objectif de créer un outil destiné aux bourgmestres souhaitant évaluer dans quelle mesure les entreprises locales pourraient résister au choc en raison de leur inaccessibilité lors des travaux routiers dans la commune. Avec la crise du coronavirus, l’étude a pris une autre dimension. Elle est à la disposition des autorités publiques, afin de leur permettre de prendre des mesures de soutien adaptées.

Van den Broele souligne que l’objectif n’est pas de stigmatiser les entreprises les plus faibles ni de les placer dans une situation encore plus difficile. L’étude ne sera utilisée que pour identifier les entreprises et secteurs ayant le plus besoin d’aide, afin qu’un maximum d’entreprises puissent sortir indemnes de la crise.

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