Une facture de 14 à 16 milliards d'euros pour l'économie

L'aéroport de Zaventem est pour ainsi dire à l'arrêt complet. ©Photo News

Le Voka a tenté d’évaluer l’impact économique de la crise en s’appuyant sur plusieurs scénarios pour la Belgique. Beaucoup dépendra de l’action des pouvoirs publics et de la façon dont les États-Unis seront touchés par le virus.

Il est sans doute fort tôt pour avoir une idée précise des dégâts économiques provoqués par cette crise sanitaire sans précédent. Quelques chiffres commencent néanmoins à circuler.

En Allemagne, il est question de mobiliser plus de 500 milliards d’euros pour indemniser les secteurs sinistrés et relancer l’économie une fois le fléau maîtrisé. En France, on cite le chiffre de plus de 300 milliards d’euros. "Si on transpose ces montants à l’échelle de l’économie belge, on arrive à des montants de l’ordre de 50 à 70 milliards d’euros pour couvrir les pertes économiques et alimenter la relance budgétaire", indique Jean-Christophe Dehalu, économiste à l’Union wallonne des entreprises (UWE).

L’UWE est d’ailleurs en train d’interroger ses membres sur leur ressenti par rapport à ce qui vient de leur tomber sur la tête. "L’écrasante majorité de nos entreprises se disent impactées d’une façon très importante. L’ampleur de l’impact dépendra de la durée de la crise. Il n’est dès lors pas exclu qu’il faille des moyens complémentaires en plus des mesures déjà décidées", indique Jean-Christophe Dehalu. Appel reçu cinq sur cinq à Namur où le gouvernement wallon a décidé mercredi de libérer 350 millions d’euros pour des mesures de soutien complémentaires à celles déjà élaborées par le fédéral.

"L’impact du virus aux États-Unis sera le facteur le plus déterminant pour la reprise de l’économie mondiale."
Voka

Quatre scénarios

De son côté, l’organisation patronale flamande Voka évalue l’impact économique de la crise en s’appuyant sur quatre scénarios. Le premier, basé sur l’expérience sud-coréenne est le plus favorable. Il suppose que l’épidémie sera maîtrisée en un mois, donc vers le 5 avril. Le résultat, c’est une grosse récession au premier trimestre, suivie d’une légère récession au deuxième trimestre et ensuite une reprise généralisée. Au total, on obtiendrait une contraction du PIB belge de 0,5% pour 2020, alors que le Bureau du plan tablait au départ sur une croissance de 1,5%. Cette différence équivaut à 9 milliards d’euros (sachant que le PIB annuel de la Belgique est d’environ 450 milliards d’euros).

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Dans le deuxième scénario, il faut des mesures de confinement supplémentaires pour venir à bout de l’épidémie. La récession est très marquée sur les deux premiers trimestres et la reprise n’intervient qu’après l’été. Le PIB reculerait alors de 1,5% en 2020, ce qui représente un coût de 14 milliards d’euros.

Dans un troisième scénario, la reprise est handicapée par une reprise plus lente du commerce international, du fait que certains pays mettent plus de temps à traverser la crise. Le PIB belge reculerait alors de 2%. Dont coût: 16 milliards d’euros.

Dans un dernier scénario enfin, la crise sanitaire se double d’une crise bancaire et de l’euro suite à l’effondrement des bourses. Résultat: un PIB en berne de 3% et un coût qui explose à 20 milliards d’euros.

"L’écrasante majorité de nos entreprises se disent impactées d’une façon très importante. L’ampleur de l’impact dépendra de la durée de la crise."
Jean-Christophe Dehalu
Union wallonne des entreprises

Le Voka estime cependant assez peu probable ce dernier scénario, dans la mesure où les banques centrales veillent au grain. Le premier scénario, à la coréenne, paraît également assez peu plausible avec les mesures de confinement actuelles. Il faudrait donc se tenir dans une fourchette de 14 à 16 milliards d’euros. "L’impact du virus aux États-Unis sera le facteur le plus déterminant pour la reprise de l’économie mondiale", prédit le Voka.

Pire qu'après les attentats ou la crise de 2008?

En tout état de cause, nous sommes face à une crise bien plus grave pour l’économie belge que celle qui a suivi les attentats de Bruxelles en mars 2016, estime le Voka. Par contre, comme il s’agit d’une crise temporaire, elle devrait être moins dommageable que celle de 2008 qui avait durablement perturbé les mécanismes de crédit, avec des implications à long terme sur les investissements.

À l’UWE, on se montre moins rassurant sur ce point. "L’indice de volatilité des marchés boursiers est en train de crever tous les plafonds. On pourrait bien être dans quelque chose de plus grave qu’en 2008, même s’il est encore un peu tôt pour se prononcer", avance Jean-Christophe Dehalu.

Appel aux banques

En tout état de cause, il faudra agir vite et fort si on veut éviter des faillites par milliers parmi les PME et indépendants. Le Syndicat neutre des indépendants (SNI) estime à cet égard que "des mesures exceptionnelles demandent des compensations exceptionnelles".

L’Union des classes moyennes (UCM) signale pour sa part qu’il ne serait "pas indécent en particulier de demander un effort aux banques, qui ont obtenu le soutien dont elles avaient besoin dans un passé récent". D’après l’UCM, "des prêts à court terme doivent être possibles à des taux d'intérêt réduits, surtout vu la mobilisation des outils publics pour accorder des garanties".

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