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Une fausse note

Chroniqueur, newsmanager

Fitch Ratings abaisse la note de l'Italie.

Drôle de jeu entre les grandes agences de notation, Moody’s, Standard and Poor’s et Fitch, toutes trois américaines. À la surprise générale, la plus petite d’entre elles, Fitch, a décidé d’abaisser le rating de l’Italie, un pays déjà très mal en point en raison de la crise du Covid-19. Vendredi dernier,  Standard and Poor’s s’était pourtant abstenue de pousser la dette italienne dans le camp maudit des "junk bonds", les obligations dites pourries, malgré les diverses spéculations en ce sens. Quelques heures plus tôt, Moody’s avait mis la pression sur sa grande rivale, en expliquant pourquoi le rating italien pouvait être maintenu en l’état. 

Dans cette partition, la décision de Fitch s’apparente bel et bien à une fausse note. Bien entendu, chaque agence est libre de ses décisions et l’Italie n’affiche certainement pas des indicateurs reluisants en matière d’endettement. Mais est-il bien raisonnable, en pleine pandémie, de pousser ainsi un pays au bord du précipice? 

Est-il raisonnable d'amplifier les problèmes d'un pays en pleine pandémie?

Durant les dernières crises, les agences de rating ont été amplement critiquées (conflits d'intérêts, décisions trop tardives...). Depuis le début de la pandémie, elles se sont hâtées d’abaisser les ratings d’entreprises, au risque d’amplifier davantage une crise dont les origines sont sanitaires et non pas financières.

Si l’Italie bascule dans la catégorie des "junk bonds", de nombreux fonds et investisseurs devront se débarrasser de leurs titres, ce qui ne fera qu’accentuer les problèmes en matière de coût de financement. Actuellement, la péninsule se situe un cran au-dessus de la catégorie spéculative chez Fitch et Moody's et deux crans au-dessus chez S&P. Heureusement pour Rome, le soutien de la BCE constitue (jusqu'ici tout au moins) un allié de poids dans cette crise.

Plus fondamentalement, la décision de Fitch pose une nouvelle fois la question du pouvoir accordé aux agences de rating et celle du monopole américain en la matière. C'est pourquoi la montée en puissance d'un challenger européen comme Scope Ratings doit être encouragée.   

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