Urgence numérique dans nos écoles

Il faudra mettre des ordinateurs à disposition de certains élèves si l'enseignement se poursuivra à distance à la rentrée prochaine. ©Photo News

L'apprentissage à distance est devenu un enjeu de taille dans le cadre de la crise du Covid-19. Mais où en est la FWB en la matière? Les responsabilités sont éclatées, mais un groupe de travail planche sur des avancées.

Quand on a Marie-Martine Schyns, ex-ministre de l’Enseignement reconvertie en députée, comme aiguillon pour vous piquer les fesses, il faut savoir répliquer. C’est ce qu’a fait le ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles Pierre-Yves Jeholet (MR), lundi matin, en la renvoyant vivement dans les cordes. Marie-Martine Schyns lui demandait des comptes sur la task-force dédiée au numérique à l’école lors d’une séance questions-réponses en commission Affaires intérieures du Parlement.

"Il devient important pour certains de découvrir d’autres choses, les jeunes ont besoin de défis à relever."
Marie-Martine Schyns
Députée cdH au Parlement de la FWB

Qu’est ce qui inquiète la députée cdH? "La crise actuelle (liée au Covid-19) a montré que l’apprentissage à distance est devenu nécessaire. Il faut, pour les trois mois qui viennent, se préparer pour la rentrée de septembre, qui risque d’être atypique, moitié à la maison, moitié à l’école."

Mais depuis la mise sur pied du nouveau gouvernement de la FWB, il y a un an, la stratégie numérique pour l’enseignement a relativement peu avancé. Les membres du Comité inter-réseaux numérique éducatif (CINE) prévu dans le Pacte d’excellence n’ont pas encore été désignés, aucune réunion n’a encore eu lieu. "Difficile d’accuser le Covid-19 d’avoir été un obstacle à sa mise en place", s'agace-t-on du côté du cdH. Résultat: les disparités entre les écoles dans l’usage du numérique sont grandes, et elles empêchent la mise en place de nouveaux apprentissages. "Mais il devient important pour certains de découvrir d’autres choses, les jeunes ont besoin de défis à relever." Pour Schyns, ne pas y répondre pourrait accroître le décrochage scolaire.

Groupe de travail

Le numérique dans l’enseignement  est donc devenu une urgence. Début mai, dans nos colonnes, Pierre-Yves Jeholet ne s’y trompait pas, il annonçait alors la mise sur pied d’un groupe de travail consacré à la stratégie numérique à l’école. "On ne remplacera jamais un professeur en classe, mais il faut porter haut le débat", nous disait-il.

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Mais Pierre-Yves Jeholet n’est pas ministre de l’Enseignement. Marie-Martine Schyns s’est donc tournée vers Caroline Désir (PS) pour vérifier si les deux figures de l’institution étaient sur la même longueur d’onde. Elle en doute. Il y a deux semaines, la députée cdH avait déjà interpellé la ministre sur l’existence d’une task force numérique. "Il n’y a pas à proprement parler de task force, avait alors répondu Caroline Désir, mais une volonté commune du gouvernement d’avancer en ce sens, dans le respect des compétences de chaque ministre."

Jeu de ping-pong

"Pourquoi communiquer sur une task force, ou un groupe de travail, s’il n’y en a pas", se demande Marie-Martine Schyns. On a l’impression que les ministres au sein de la FWB jouent au ping-pong. Sans compter que la Région wallonne a aussi une carte à jouer avec sa stratégie pour une école numérique. 

"Il y a un groupe de travail qui planche sur cette question de l’enseignement numérique. On ne parle pas de task-force, parce qu’on a pas intégré des experts. Réunir des experts, on n'a pas le temps pour cela."
Pierre-Yves Jeholet
Ministre-président de la FWB

Marie-Martine Schyns ne s’y retrouve plus, et s’inquiète du flou existant. Pierre-Yves Jeholet lui a fourni la réponse. "Nous voulons mettre à l’agenda du gouvernement l’activation du déploiement de la stratégie numérique afin de pallier le plus rapidement possible aux manquements que nous connaissons encore au sein de nos écoles à l’heure actuelle", a-t-il expliqué alors que Marie-Martine Schyns le bombardait de questions. "Il y a une action à mener à court terme, et ils ne donnent pas une idée claire de comment ils vont faire", insiste-t-elle.

"On ne sait en effet pas de quoi la rentrée sera faite, admet Pierre-Yves Jeholet. Mais oui, il y a un groupe de travail qui planche sur cette question de l’enseignement numérique. On ne parle pas de task force, parce qu’on n'a pas intégré des experts. Ce travail, il est fait au sein des cabinets compétents. Réunir des experts, on n'a pas le temps pour cela", dit-il. "On est dans un plan d’action de court terme. Ce qui n’empêchera pas de poursuivre le travail à mener sur le long terme, dans le cadre du Pacte d’excellence."

Sensibiliser les enseignants...

Le ministre-président insiste, il faut sensibiliser les enseignants et les directions à la question du numérique. "La crise actuelle a permis de mettre en avant les vertus du numérique, mais cela ne règle pas tous les problèmes. On était déjà en retard par rapport à d’autres pays, voire régions, comme la Flandre. Cela, il faut l’acter, on n'était pas à la pointe dans l’enseignement à distance. Beaucoup d’acteurs y sont aujourd’hui plus sensibles. Mais ce qu’on a déjà fait ne suffira pas. Il faut une vraie ambition et une vraie stratégie numérique, dit-il. En ayant évidemment l’adhésion forte des enseignants et des directions d’école, sinon cela ne marchera pas."

... équiper les élèves

Pour Pierre-Yves Jeholet, il faudra aussi mettre le matériel nécessaire pour la rentrée prochaine à la disposition d’un maximum d’élèves si des apprentissages doivent se poursuivre à la maison. "On ne pourra plus se réfugier derrière le prétexte des inégalités pour ne pas voir de nouvelles matières, il faudra trouver des solutions pour septembre." Le ministre-président rappelle qu’à ce moment-là, l’obligation scolaire sera à nouveau une réalité.  

Pour aider à équiper tous les élèves, ce à quoi il s’est attelé dans la crise actuelle, il table sur l’appel aux dons qu’il a lancé aux entreprises, mais aussi à une collaboration avec son collègue en région wallonne, Willy Borsus. Le ministre wallon gère, en effet, le dossier des appels à projet "école numérique". Certains des budgets pourraient être réalloués à l’équipement des élèves eux-mêmes plutôt que des écoles, suggère Jeholet.

Au sein du groupe de travail gouvernemental, Caroline Désir, elle, s’occupera du volet pédagogique (mise à disposition de ressources éducatives, plateformes, balisages des apprentissages, etc…). Ce à quoi il faudra ajouter un volet sur la formation des enseignants, qui relève des compétences de la ministre de l’Enseignement supérieur Valérie Glatiny. "Nous n’allons pas, en quelques mois, achever la concrétisation d’une stratégie numérique à peine esquissée au cours des législatures précédentes, a précisé Caroline Désir au Parlement. Mais notre objectif est de combler un maximum de manques le plus rapidement possible."

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