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Vaccin contre le Covid-19: aucun droit à l'erreur

Rédacteur en chef adjoint

Réduire de dix à un an la période de développement d’un vaccin peut apporter son lot d’erreurs humaines.

C’est l’une des courses industrielles les plus intenses, les plus globales, les plus passionnantes que le monde ait jamais connues. Trouver le vaccin contre le SARS-CoV-2, virus responsable du Covid-19, est une aventure humaine inédite, capable de sauver des centaines de milliers de vies et de remettre les économies mondiales sur les rails. C’est aussi pour ceux qui y travaillent d’arrache-pied une performance scientifique, pour les entreprises qui les engagent un Graal financier, et pour les pays qui les soutiennent une fierté qui n’est pas sans rappeler la course à l’espace. La Russie ne s’y est d’ailleurs pas trompée, elle qui a baptisé son vaccin Sputnik V, du nom du premier engin placé en orbite autour de la Terre.

Espérons que l'intégrité du processus scientifique ne s’effrite pas devant les 9,4 milliards de dollars fournis par une administration Trump en pleine campagne.

Mais décrocher la Lune n’est pas sans risque. Réduire de dix à un an la période de développement d’un vaccin peut apporter son lot d’erreurs humaines, d’approximations, de tentations. Le brusque arrêt des tests d’AstraZeneca suite à l’apparition d’une maladie imprévue chez l’un des patients participants est là pour nous le rappeler: ce développement est un chemin difficile, semé d’embuches, menacé par l’imprévisibilité. L’histoire nous a d’ailleurs appris que certains effets indésirables peuvent apparaître, même après la procédure d’approbation scientifique. Souvenons-nous du Pandemrix, ce vaccin développé par GSK contre la grippe H1N1 en 2009, qui avait entraîné l’apparition de quelques centaines de cas de narcolepsie en Europe. Ou plus loin, aux États-Unis, ces patients atteints du syndrome de Guillain-Barré, maladie auto-immune attaquant les nerfs, après l’administration d’un vaccin contre la grippe porcine en 1976.

Devant cette pression mondiale et politique, il est rassurant de voir les patrons de neuf des sociétés pharmaceutiques les plus avancées dans la recherche du vaccin, dont AstraZeneca, se fendre d’un engagement commun à défendre l’intégrité totale du processus scientifique sur lequel repose leur travail. Espérons que cette digue ne s’effrite pas devant les 9,4 milliards de dollars fournis à ces entreprises par une administration Trump en pleine campagne présidentielle. Une vaccination non contrôlée serait catastrophique, elle réduirait à néant la confiance des citoyens. Face à cet enjeu, le secteur pharmaceutique n’a donc pas droit à l’erreur.

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