Vacciner les (plus) jeunes, oui, mais quand et comment?

Faut-il vacciner les moins de 18 ans? Et ouvrir l'accès de la vaccination aux 18-40 ans, en abandonnant tout doucement l'accès basé sur l'âge? ©ZUMA Press

La Belgique doit trancher: poursuit-elle sa progression par tranches d'âge ou ouvre-t-elle la porte en grand aux 18-40 ans? Et faut-il vacciner les moins de 18 ans?

Le résumé

  • La campagne belge de vaccination fait face à une double question.
  • Faut-il également vacciner les moins de 18 ans, afin d'atteindre une meilleure immunité de groupe?
  • Est-il temps de cesser la progression par âge et de rendre, d'ici quelques semaines, la vaccination accessible à tous les volontaires de 18 à 40 ans?
  • Les discussions ont déjà démarré.

Ce n'est pas encore la vitesse de croisière, mais l'accélération est indubitable. En avril, la Belgique a injecté plus de 400.000 doses de vaccin contre le Covid par semaine. Et alors que le pays a dépassé le cap des trois millions de personnes ayant déjà reçu une (première) dose, d'importants choix se profilent à l'horizon.

D'ordre philosophique presque. Puisqu'il s'agit de savoir s'il convient de poursuivre sur la même logique, basée sur les catégories d'âge. Et d'étudier un éventuel élargissement de la cible, en incluant dans la campagne les moins de 18 ans.

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Personnes ayant reçu une dose
Ce lundi, la Belgique comptait plus de 3 millions de personnes ayant déjà reçu une première dose, affichant un taux de couverture de 33,4% de la population adulte. Parmi elles, 835.126 personnes (9,1%) étaient totalement vaccinées.

Vacciner les moins de 18 ans?

La question restait, jusqu'ici, assez théorique, avec des essais cliniques lancés sur le tard. Pour se parer d'atours autrement plus concrets fin de la semaine dernière, avec la demande d'autorisation déposée par le duo Pfizer/BioNTech pour leur vaccin ciblant les 12-15 ans.

"Le vaccin de Pfizer est déjà autorisé à partir de 16 ans."
Yves Van Laethem
Infectiologue (CHU Saint-Pierre) et membre du Conseil supérieur de la santé

"Le vaccin de Pfizer est déjà autorisé à partir de 16 ans", rappelle l'infectiologue Yves Van Laethem, par ailleurs membre du Conseil supérieur de la santé. Une spécificité que notre pays a choisi de ne pas exploiter, les autres vaccins étant autorisés à partir de 18 ans. La Belgique ne vaccine donc que les personnes majeures, sauf en cas de pathologie rendant la vaccination bienvenue. "Et là, on vaccine également les moins de 16 ans pour qui cela s'avère nécessaire, comme les jeunes atteints d'une leucémie, du syndrome de Down ou ayant subi une transplantation."

La question se pose à présent. "Jusqu'à quel âge a-t-on intérêt, pour la société, à vacciner?" Le cas des plus jeunes est vite réglé, aux yeux d'Yves Van Laethem. "Ils sont, en général, peu malades et la majorité des études indiquent qu'ils transmettent moins le virus."

"À partir de dix, douze ans, les enfants jouent le même rôle que les adultes dans la transmission du virus. C'est pourquoi la tranche d'âge comprise entre douze et dix-sept ans est intéressante du point de vue de la santé publique."
Yves Van Laethem
Infectiologue (CHU Saint-Pierre) et membre du Conseil supérieur de la santé

C'est vers dix ou douze ans que les choses se compliquent. "À partir de cet âge, les enfants jouent le même rôle que les adultes dans la transmission. C'est pourquoi la tranche d'âge comprise entre douze et dix-sept ans est intéressante du point de vue de la santé publique."

Une étape nécessaire en vue de tendre vers l'immunité de groupe? Il ne faut pas non plus y voir la panacée. Sur les 11,49 millions d'âmes que comptait la Belgique en 2020, à peine 771.416 affichaient entre douze et dix-sept ans.

771.416
Belges de 12 à 17 ans
En 2020, renseignent les données de Statbel, sur les 11.492.641 Belges, 771.416 se trouvaient dans la tranche d'âge allant de douze à dix-sept ans.

"Bien sûr, plus la Belgique compte de personnes vaccinées, mieux c'est, commente Yves Van Laethem. Il faudra cependant voir quel serait le taux d'acceptation. Quoi qu'il en soit, l'objectif est avant tout de protéger les personnes les plus fragiles. Tout le reste revient à poser des chicanes supplémentaires sur la route empruntée par le virus."

Pour l'heure, si le Conseil supérieur de la santé étudie la piste des seize et dix-sept ans, celle des moins de seize attendra le feu vert éventuel de l'Agence européenne des médicaments.

Ouvrir les vannes en grand pour les 18-40 ans?

C'est l'âge qui, jusqu'ici, constitue le principal facteur de risque pris en compte afin d'établir les cibles prioritaires de la campagne. Mais voilà, s'il reste pertinent, ce facteur perd en intensité à mesure que l'on se tourne vers un public de plus en plus jeune. "À un moment, cela deviendra davantage une question politique, logistique et psychosociale que scientifique", estime Yves Van Laethem.

À vrai dire, deux hypothèses sont sur la table. D'un côté, la continuité, avec l'âge comme ligne de conduite – une optique qui a encore ses partisans politiques. Et de l'autre, un renversement, consistant à rendre la vaccination accessible à tous les volontaires, de dix-huit à quarante ans.

"L'hésitation vaccinale va devenir prépondérante."
La task force vaccination

L'ouverture des vannes ne serait pas sans avantages, avance la task force, dès lors que les livraisons ont gagné en régularité. "L'hésitation vaccinale va devenir prépondérante." Or rien de tel qu'un entourage de plus en plus vacciné pour convaincre ceux qui doutent. Ce n'est pas tout: ne pas reléguer les plus jeunes en queue de peloton permettra sans doute d'emporter davantage l'adhésion. "Si l'on attend que tous les autres soient vaccinés avant eux, il y a des chances qu'ils se demandent pourquoi ils devraient y passer, eux."

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Belges de 18 à 40 ans
En 2020, la tranche des 18-40 ans comptait plus de 3,3 millions d'âmes en Belgique. Avant d'ouvrir les vannes en grand, il faut être capable de suivre le rythme, côté vaccination. Serait-ce pour juin, où il est prévu d'administrer entre 900.000 et 1.200.000 doses hebdomadaires?

Le débat est lancé. Au point d'envisager un basculement vers le 15 mai, date qui circule dans certains cabinets ministériels? Pas si vite. Parce que rien n'est décidé, déjà. Et que cela risque d'être trop court. "Oui, les livraisons de vaccins accélèrent en mai, mais le gros coup, c'est pour juin, avertit la task force. En mai, on va atteindre entre 600.000 et 700.000 injections par semaine et de 900.000 à 1,2 million en juin." Il faut être capable de suivre; en 2020, les "18-40" étaient tout de même 3,31 millions.

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