Vers le port du masque obligatoire en entreprise?

La France a décidé d'imposer le port du masque en entreprise à partir de la fin août. ©Photo News

Le masque devient obligatoire dans "tous les espaces clos et partagés" des entreprises en France. Selon l'épidémiologiste Yves Coppieters, cette mesure est "un mal nécessaire".

S'il y a bien une bulle qu'il est difficile de percer, c'est celle de l'entreprise. Alors que la crainte d'un retour de flamme du Covid-19 se fait brûlante et que le télétravail reste "très fortement recommandé" par le Conseil national de sécurité, nombreux sont les travailleurs contraints de se rendre sur leur lieu de travail en ces temps anxiogènes.

Aussi, les entreprises, en leur qualité de foyers potentiels d'infections, sont inévitablement devenues la prochaine cible de mesures de précautions additionnelles face au virus.

La France prend les devants

Face à ce constat, nos voisins français n'ont pas eu la main légère. Ce mardi, la ministre du Travail, Elisabeth Borne, annonçait en effet à l'AFP la "systématisation du port du masque d'ici à fin août dans tous les espaces clos et partagés" des entreprises en France.

24%
Selon Santé publique France, 24% des foyers de contamination constatés en France du 9 mai au 11 août se trouvaient dans les entreprises.

Du reste, la ministre a signalé que la distanciation sociale restait d'actualité et que le télétravail était toujours fortement recommandé. Le respect de ce nouveau protocole, dont la date d'implémentation est encore floue, sera entièrement à la charge de l'employeur.

La décision se base sur une étude de Santé publique France, démontrant que 24% des foyers de contamination constatés en France du 9 mai au 11 août se trouvaient dans les entreprises. Et parmi les clusters "en cours d’investigation", 29 % sont des entreprises, ajoute Santé publique France.

"Un mal nécessaire"

En Belgique, de telles dispositions ne sont pas encore d'actualité. Pour l'heure, le port du masque est obligatoire en entreprises uniquement aux endroits où la distanciation sociale imposée ne peut être respectée. Et d'après le SPF Emploi "la médecine du travail s'en tient aux recommandations du CNS à l'heure actuelle."

"C'est une mesure sévère mais nécessaire."
Yves Coppieters
Epidémiologiste et professeur de santé publique (ULB)

Pour l’épidémiologiste Yves Coppieters, un tel protocole devrait être appliqué chez nous. "C'est une mesure sévère mais nécessaire", juge-t-il. "Les entreprises sont, pour la plupart, des endroits peu aérés et à forte concentration de personnes. Aussi, le risque de propagation du Covid-19 par aérosols (fines gouttelettes en suspension dans l'air expiré par les malades) y est élevé et le masque apporte une protection supplémentaire", ajoute-t-il.

Risque de défavoriser le télétravail

Au-delà de l'inconfort, de la lassitude et de la déconcentration liés au port du masque, la mise en place d'un tel protocole risque également de décourager les entreprises à poursuivre le télétravail. Même s'il reste fortement recommandé, le travail à domicile a progressivement perdu de sa superbe aux yeux des employeurs du pays et, ce, depuis le début du mois de mai. Ici, Yves Coppieters, même s'il est favorable au port du masque obligatoire, reconnait que ce risque est réel et se fait l'avocat, une fois de plus, du télétravail.

A ce sujet, une étude menée auprès de 30.000 personnes par l'Université d'Anvers, en collaboration avec l'UHasselt, la KU Leuven et l'Université libre de Bruxelles (ULB) corrobore d'ailleurs cette tendance et attribue ce recul du télétravail en partie à "une pression du management et des cadres supérieurs qui ne cesse d'augmenter." Cette même étude révèle aussi que quelque 40% des personnes testées positives au Covid-19 durant l'été pensent l'avoir contracté au travail. Naturellement, ces chiffres sont à appréhender avec prudence. Contacté par nos soins Sciensano annonce travailler activement à l'élaboration de statistiques similaires, ne reposant pas sur le principe du sondage cette fois.

40%
Selon étude menée auprès de 30.000 personnes par l'Université d'Anvers, en collaboration avec l'UHasselt, la KU Leuven et l'Université libre de Bruxelles (ULB), quelque 40% des personnes testées positives au Covid-19 durant l'été pensent l'avoir contracté au travail.

Soulignons également que ce retour sur le chemin du travail alourdit considérablement la fréquentation des espaces publics et des transports en commun. A l'heure des retours de vacances et où la rentrée se profile, les autorités du pays devront donc trancher, tout en parvenant à faire du télétravail la règle, et non l'exception.

Lire également

Publicité
Publicité