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Visites en maison de repos: les Régions avancent à reculons

Dans les homes, les personnes âgées privées de contact avec leur famille souffrent particulièrement. Mais autoriser à nouveau les visites demande une certaine préparation, alors que le personnel est débordé. ©Photo News

Les seniors placés en maison de repos sont en manque de contact à cause du confinement. Raison pour laquelle Sophie Wilmès a de nouveau autorisé les visites dès lundi. Sauf que la mesure ne passe pas dans les 3 Régions du pays...

Dans la gestion de la crise sanitaire, tout est question d'équilibre. Entre des règles de sécurité sanitaire et les besoins sociaux, parfois de base, comme le simple contact humain. C'est le problème qui touche aujourd'hui les maisons de retraite. Elles sont particulièrement impactées par l'épidémie de Covid-19. Dans certains établissements, plus de la moitié des personnes âgées sont contaminées. Sur les 4.157 décès comptabilisés en Belgique et reliés à l'épidémie, la moitié ont eu lieu en home. Ça, c'est pour le problème sanitaire.

"L'isolement est difficile, il a un impact sur le moral, sur l'envie de s'alimenter, d'encore se battre et avancer."
Marie de Saint-Hubert
Gériatre à l'hôpital de Mont-Godinne, professeure à l'UCL

Mais dans ces lieux, les personnes âgées sont confinées depuis près d'un mois, avec pour seules rencontres, le personnel soignant ultra débordé. C'est très dur, la solitude fait des ravages, la dépression s'installe. "L'isolement est difficile, il a un impact sur le moral, sur l'envie de s'alimenter, d'encore se battre et avancer", explique Marie de Saint-Hubert, gériatre à l'hôpital de Mont-Godinne, actuellement en charge de l'unité Covid-19 pour les personnes âgées.

Visites autorisées, mais...

De nombreux appels avaient été adressés au gouvernement. Ils ont été entendus. La Première ministre Sophie Wilmès a annoncé que la visite des proches aux résidents des maisons de repos était à nouveau autorisée, à partir de lundi prochain. Sous conditions: le visiteur ne doit pas présenter de symptômes de Covid-19 depuis au moins deux semaines et cette personne doit toujours être la même.

"Il aurait été nécessaire que des mesures strictes soient mises en application avant d'annoncer l'ouverture aux visiteurs."
Marc Verbruggen
Président de Femarbel

Mais le secteur des homes n'avait pas été consulté à propos de cette décision et l'accueille fort mal.  "Comment serons-nous en mesure de garantir que le virus ne se propage pas depuis la maison de repos vers les familles des visiteurs et inversement? Il aurait été nécessaire que des mesures strictes soient mises en application avant d'annoncer l'ouverture aux visiteurs", a réagi Marc Verbruggen, président de Femarbel, la Fédération des maisons de repos. Du côté des maisons exploitées par Armonea, on bloque: les visites, c'est non. Néanmoins, on se dit ouvert "à la discussion avec le gouvernement pour reprendre les visites futures de manière raisonnable, sûre et bien organisée, selon un protocole clair". À la CNE, le syndicat de la Centrale nationale des employés, "on ne comprend plus rien", avoue-t-on, listant tous les problèmes du secteur face à l'épidémie.

Avec quelle organisation?

De telles visites demandent de l'organisation. Il faut accueillir les proches, s'assurer qu'ils respectent bien les règles. La distanciation sociale reste de rigueur. Idéalement, certaines pièces devraient être réservées à ces retrouvailles. Il faut du matériel de protection, or celui-ci manque souvent. "Si les maisons de repos ne sont pas prêtes, elles peuvent se préparer", a tenté de rassurer, sur Bel RTL, la Première ministre. "En organisant les choses de manière convenable, ça peut être une bouffée d"air frais."

"Il faut donc qu'il y ait un maximum de concertation entre toutes les parties. Ce sera tout un art de placer le curseur au bon endroit."
Marie de Saint-Hubert
Gériatre à l'hôpital de Mont-Godinne, professeure à l'UCL

Pour Marie de Saint-Hubert, oui, la décision d'accepter à nouveau ces visites a clairement du sens. Mais le dilemme est délicat. "C'est tout le débat entre la liberté et le niveau de risque auquel on est souvent confronté dans le domaine des personnes âgées. Certains établissements sont en situation de crise dramatique avec 10-15 décès sur un total d'une soixantaine de résidents. Imaginez la difficulté pour les autres pensionnaires, mais aussi le personnel... Par contre, d'autres maisons sont épargnées et voudraient se préserver." Il ressort en outre des résultats des tests que 10 à 15% des personnes testées positives en maison de repos sont asymptomatiques... Pour la gériatre à l'hôpital de Mont-Godinne, "la situation n'est ni toute noire ni toute blanche. On doit savoir la part de risque qu'on accepte. Il faut donc qu'il y ait un maximum de concertation entre toutes les parties. Ce sera tout un art de placer le curseur au bon endroit." 

La date de lundi prochain semble utopique. En Région bruxelloise, Alain Maron, ministre Ecolo de la Santé, affirme que l'interdiction des visites reste la règle: "On discute de la mise en place d'exceptions sous conditions." En Flandre, le gouvernement régional a décidé de maintenir l'interdiction: "Nous n'adaptons donc pas les règles maintenant", disent Wouter Beke, ministre de la Santé, et Jan Jambon, ministre-président.

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En Wallonie, "pour le moment, la priorité reste au testing. Ensuite, nous nous concerterons avec le secteur pour déterminer les modalités concrètes permettant d'y organiser les visites", a affirmé la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale (PS), en ouverture de la commission spéciale Covid du parlement régional. Plusieurs bourgmestres, dont ceux de Verviers, de Charleroi ou encore de Namur, ont d'ores et déjà décidé d'interdire ces visites sur le territoire de leur commune. Interpellée par l'opposition wallonne - le chef de groupe du cdH, François Desquesnes, estimant notamment qu'"il ne faudrait pas qu'une erreur se transforme en faute grave" - la ministre Morreale a elle aussi assuré que les visites, même sous conditions, ne reprendraient pas en début de semaine prochaine. "Nous partageons pleinement les difficultés émotionnelles des résidents et des familles. Mais nous devons combiner leurs attentes avec les exigences de santé publique. Il nous appartient donc de trouver préalablement les modalités concrètes d'application de cette décision", en assurant la sécurité de tous, a-t-elle conclu.

Le sujet reviendra ce vendredi matin sur la table du comité de concertation qui réunit le fédéral et les entités fédérées.

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