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Voici à quoi ressemblera le shopping à partir de ce lundi

©Kristof Vadino

Aux abords de la rue Neuve, un soleil presque estival darde les façades des commerces endormis et réchauffe les volets baissés. Les chantiers de construction à l’entour refont du bruit. Et les commerçants masqués préparent discrètement le retour du client derrière les vitrines obturées. City 2, la locomotive du quartier, se met progressivement en mouvement. Nous avons pris le pouls de l'intérieur.

Le quartier commerçant du bas de la ville est encore engourdi, comme un chat sous le soleil matinal. Seuls des ouvriers du bâtiment s’activent au-dessus des rares passants masqués. Mais derrière les façades, quand on s’approche des vitrines, on discerne çà et là une activité fébrile. On réassortit et on trie pour la réouverture programmée lundi prochain. Avant cela, on annonce déjà pour ce samedi la visite-éclair de Philippe Close, flanqué d'une délégation de la Ville de Bruxelles.

Dans le centre commercial City 2 voisin, épiphyte tentaculaire de l’artère commerçante la plus fréquentée de la capitale, la vie renaît, lentement, quasi silencieusement. Cette fois à tous les étages, car le Carrefour Market du sous-sol, proche de l’entrée du parking et du Metro, n’a lui jamais fermé ses portes. Tout comme d’ailleurs le Press Shop proche de l’entrée côté rue Neuve. À l’étage supérieur, c’est l’enseigne Veritas qui a rouvert le bal la semaine dernière et réanimé l’escalator endormi. Pearle Opticiens est lui aussi resté en veilleuse.

78 sur 98

Mais depuis la confirmation par le Conseil national de sécurité de la date-butoir du 11 mai pour la réouverture des commerces non essentiels, la remise en marche de la locomotive du quartier et de sa centaine de commerces a débuté. Pour l’instant, on astique, on désinfecte, on balise. On reprend peu à peu les automatismes et les contacts stoppés net il y a deux mois. À distance, en respectant les pastilles rondes de rappel qui tapissent désormais le sol à tous les étages.

Lundi, 78 enseignes du shopping (plus ou moins 80%) rouvrent leurs portes et leurs comptoirs. Trois autres – Six, Footlocker et NafNaf – suivront mardi. Sur certaines devantures, des affichettes indiquent déjà le nombre maximum de clients autorisés simultanément dans les rayons. Si, d’aventure – comme l’espèrent les commerçants -, on atteignait ce nombre, il faudrait ventiler les entrées et sorties. 

Voici à quoi ressemblera le shopping à partir du 11 mai

"Cinq ou six enseignes vont dès lundi tenter de réanimer la zone, avec des produits à emporter, à boire ou à manger."
Amaury de Crombrugghe
AG Real Estate

Malgré le décompte final enclenché, Amaury de Crombrugghe, qui coordonne la réouverture conjointe de quelques mastodontes bruxellois pour AG Real Estate, dont City et le Westland Shopping, reste plutôt zen et confiant derrière son masque chirurgical tout propre. Selon lui, la relance devrait être progressive et permettre aux gestionnaires de centres commerciaux et aux surfaces rouvertes de reprendre progressivement leurs marques, en affinant la logistique adaptée aux circonstances exceptionnelles, jamais vues auparavant.

Il est grand temps pour certains, frappés de plein fouet dans leurs activités parfois déjà mises à mal par plusieurs coups du sort, comme les attentats. Le CIO d’AG Real Estate rappelle que "son" actif immobilier historique du bas de la ville était, avant la pandémie, le plus fréquenté du pays, avec un plafond annuel de 13 millions de visiteurs et une moyenne de 40.000 passants par jour. "30% d’entre eux transitent par le centre commercial, directement relié au métro et à l’artère commerciale voisine. Ils n’ont donc pas le City 2 comme destination finale et y passent sans forcément acheter", rappelle-t-il. 

 

Food Court K.O.

Un transit quotidien qui complique encore la donne et dont il faudra tenir compte dans les semaines qui viennent. Le gros de cette circulation transitoire se concentre non loin du nouveau "food court" repensé en marge de la récente rénovation intégrale de City 2. Logique, comme positionnement, quand tout roule. Mais avec la pandémie, la nouvelle aire de restauration baptisée "Eats" et ses 20 enseignes dédiées reste l’organe le plus atteint du centre commercial. "5 ou 6 enseignes vont dès lundi tenter de réanimer la zone, avec des produits à emporter, à boire ou à manger", indique Jurgen De Gelas, le directeur du centre commercial. Seront normalement au rendez-vous Australian, Bunny, Chitir Chicken, mais aussi Guapa et Il Caffè.

"D’autres devraient suivre si les clients reviennent en suffisance. Il faut les comprendre, car ils ne peuvent pas reprendre leur activité à 100%: on ne pourra pas s’asseoir et déguster sur place. Et comme nous avons suspendu, pour ces locataires particulièrement vulnérables, le paiement intégral des loyers, certains hésitent à reprendre le cordon avec une offre limitée, qui réduit fortement le chiffre d’affaires… "

Empathie. Ou du moins, ne rêvons pas, donnant-donnant, car propriétaire et locataires savent bien qu’ils sont dans le même esquif sur la mer déchaînée. Que si tout le monde n’écope pas de concert, tout le monde boira la tasse. Certains plus que d’autres, Amaury de Crombrugghe en est conscient et tente d’adapter les mesures à l’aune des difficultés de chacun. 

Tous sur le même radeau

Pour cela, il faut être plus proche que jamais de ses clients. "C’est le maître-mot du moment", réagit Frédéric Henrotte, patron de l’enseigne de jouets Fox&Cie, qui venait d’ouvrir à City2 et au W Shopping juste avant le couperet de la pandémie. "On va multiplier les mesures ciblées pour faire revenir les clients", promet-il, tout en commençant à contrôler le balisage dans son vaste magasin suspendu au-dessus de la rue Neuve. Ici, on sent déjà un peu la vie, comme dans la maison de Gepetto juste avant le réveil de Pinocchio. Et on espère que les poupées réanimées le resteront. Durablement.

"On pense qu’une certaine clientèle va progressivement revenir à partir de la semaine prochaine."
Frédéric Henrotte
Patron de l’enseigne de jouets Fox&Cie

"On pense qu’une certaine clientèle va progressivement revenir à partir de la semaine prochaine. Mais pour celles et ceux qui auraient encore trop de craintes, on va mettre en place un système de 'personal shopper' sur rendez-vous: un vendeur ou une vendeuse accompagnera le client qui aura pris rendez-vous préalablement, durant les heures plus creuses. On va aussi, dans tous nos magasins, installer des caisses de self-scanning, pour ceux qui préfèrent éviter au maximum tout rapprochement humain. Plus que jamais, il faut être proactif et à l’écoute. Tout comme nos propriétaires…", sourit-il.

D’autres n’y arriveront pas. On le sait déjà, même si on ne cite pas de noms. Chez AG Real Estate, on plaide pour que les décideurs publics fassent eux aussi preuve d’empathie. Et vite. Non seulement pour le secteur horeca, sur la corde raide, pour les voyagistes (Neckermann), mais aussi pour les enseignes "de contact" comme MoiJe (bar à ongles) ou H&L Coiffure.

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