Voici la nouvelle stratégie de test de la Belgique

Le test PCR ne sera plus le seul pilier de la stratégie belge. Tests antigéniques rapides et tests salivaires font (enfin) leur apparition officielle. ©Debby Termonia

Même si elle reste la plus fiable, la PCR sur écouvillon nasopharyngé ne constituera plus le seul pilier de la stratégie belge. Tests rapides antigéniques et tests salivaires font (enfin) leur apparition officielle.

Il y avait deux invités supplémentaires à la traditionnelle conférence de presse tenue par le Centre de crise, ce mercredi. Pedro Facon, le "commissaire corona" désigné par le gouvernement De Croo, et Herman Goossens, professeur de microbiologie à l'université d'Anvers et surtout - en ce qui nous concerne - à la tête de la "task force" chargée d'élaborer une stratégie de test digne de ce nom.

"Je comprends que cela ne soit pas toujours facile à suivre."
Herman Goossens
Président de la task force "testing"

Ces deux-là ne sont pas rentrés parce qu'ils ont vu de la lumière. Non, ils étaient à la barre afin de présenter les nouvelles orientations en matière de testing. Encore des changements? "Je comprends que cela ne soit pas toujours facile à suivre", confesse Herman Goossens. Cette fois-ci, ce n'est plus le public visé qui évolue, mais l'arsenal de détection que l'on peut lui appliquer.

D'un "testing 1.0", jusqu'ici centré sur les tests PCR, "la Belgique est prête à passer à une stratégie 2.0", résume Herman Goossens. Dans laquelle les écouvillons - ces cotons-tiges géants venant vous ramoner le cerveau pour ensuite passer par une manipulation (PCR) visant à amplifier le matériel génétique viral - ne seront plus seuls à bord.

"La Belgique est prête à passer à une stratégie 2.0."
Herman Goossens
Président de la task force "testing"

À vrai dire, les grandes lignes étaient déjà esquissées dans la communication effectuée le 5 novembre. La nouveauté du jour? Davantage de précision. Davantage d'action, aussi, puisqu'une série de décisions sont d'application immédiate - le futur est moins de mise qu'au début du mois, même s'il n'a pas disparu. Et une évaluation mensuelle de la stratégie menée.

On vous résume.

Tests PCR

Cela ne change guère. La PCR reste la "Rolls", l'étalon-or. "Parce que c'est la technique la plus fiable", rappelle Pedro Facon.

Tests antigéniques rapides

Annoncés officiellement début du mois et déjà utilisés de-ci, de-là, les tests antigéniques rapides - chargés de mettre en évidence une protéine du virus - effectuent leur entrée par la grande porte. Mais pas n'importe comment. Il y a, déjà, une "condition minimale et nécessaire": l'enregistrement des résultats, indispensable pour le suivi de contacts.

Pas n'importe comment, et pas pour n'importe qui non plus. Voici leur mode d'emploi actuel.

"Chez les patients symptomatiques, les tests rapides antigéniques sont quasiment aussi fiables que la PCR, si on les effectue dans les cinq jours suivant l'apparition des symptômes."
Pedro Facon
Commissaire corona

1. Patients symptomatiques. "Les tests rapides antigéniques sont quasiment aussi fiables que la PCR si on les effectue dans les cinq jours suivant l'apparition des symptômes", pose Pedro Facon. Déjà utilisés dans les hôpitaux, il feront leur apparition dans les villages de test et dans les cabinets des médecins généralistes, dans le cadre de projets pilotes, "au cours des prochaines semaines". Le cadre juridique, existant pour les hôpitaux mais devant être étendu, est en cours d'élaboration. En cas de test négatif, une PCR suivra systématiquement.

Un hic, tout de même, lié à la sensibilité moindre de ces tests, ne passant pas par une phase d'amplification comme la PCR. "On a raté le coche, estime Frédéric Cotton, à la tête du service de chimie médicale du Laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles. La fenêtre d'utilisation dans ce cadre est déjà en train de se refermer." Pour deux raisons.

"On a raté le coche. La fenêtre d'utilisation des tests antigéniques dans ce cadre est déjà en train de se refermer."
Frédéric Cotton
Laboratoire hospitalier universitaire de Bruxelles

Un: la prévalence du virus est en recul, tout comme le taux de positivité. "On considère qu'en dessous d'un taux de 10%, les tests antigéniques perdent leur utilité. Parce que derrière chaque négatif, il faut enchaîner avec une PCR." Et avec le virus qui reflue, les positifs vont se faire de plus en plus rares. Sous les 10%, autant directement passer à l'étape PCR en zappant l'antigénique. Or sur les derniers sept jours, le taux de positivité moyen était de 13,3%, renseigne Sciensano, en chute de 6,2%. "Et l'on vient de passer à 9,5%", glisse Frédéric Cotton.

Deux: la charge virale des personnes infectées va diminuer. Un "double effet" qui risque de plomber l'intérêt de cet usage des tests antigéniques. "À Saint-Pierre et Erasme, on a arrêté de les utiliser."

2. Patients asymptomatiques ou présymptomatiques. Pas, ou pas encore de symptômes? Ici, la fiabilité des antigéniques en prend un coup. Il n'empêche que ceux-ci ont un rôle de premier plan à jouer. À savoir un balayage large et rapide en cas de contamination dans une collectivité à faible risque, comme les écoles, les entreprises ou les clubs sportifs - mais pas les maisons de repos. En complément de la PCR visant les contacts à haut risque. Le tout est applicable immédiatement. Et constitue la principale avancée du jour.

"Cela peut s'avérer très intéressant dans les écoles, illustre Herman Goossens. Où, pour l'heure, on ferme des classes en cas de suspicion. Ces tests rapides permettraient de poursuivre les cours avec les personnes négatives."

3. Dans le cadre d'événements. Le débat fait rage. Les tests antigéniques peuvent-ils œuvrer dans le cadre d'événements, afin de filtrer le public? "Selon les connaissances actuelles, et celles-ci évoluent chaque jour, ces tests ne constituent pas une preuve concluante d'absence de contamination", insiste Herman Goossens.

Tests répétés

Ici aussi, le débat est en cours. Qui faut-il tester de manière répétée? L'ensemble de la population? Seulement les fonctions critiques? Quoi qu'il en soit, la Belgique estime que les tests salivaires "sont prometteurs" - à condition que l'échantillon subisse une PCR et non un test antigénique. Pas d'intervention de personnel médical pour le prélèvement, pas de matériel de protection, méthode plus adaptée aux enfants, les avantages sont multiples.

Projets pilotes à gogo

À l'échelle régionale, une série de projets pilotes ont été ou vont être lancés, dont les résultats seront scrutés.

En Wallonie, ce sont les tests salivaires à destination du personnel des maisons de repos. La Flandre, elle, comparera les résultats de tests PCR effectués dans des écoles sur des échantillons salivaires et des écouvillons. En Flandre toujours, des tests antigéniques rapides seront réalisés dans des établissements de soins, doublés d'une PCR, sécurité oblige.

Autres méthodes

Pour l'heure, l'autotest reste interdit, mais rien ne dit qu'il n'intégrera pas la stratégie par la suite. D'autres méthodes (chiens pisteurs ou tests respiratoires) en sont toujours à la phase de l'analyse.

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