Votre smartphone, arme de détection massive contre le coronavirus

Utiliser les données télécoms des Belges pour stopper la propagation du coronavirus: un rêve devenu réalité. ©REUTERS

C'est une première dans le pays. Les mouvements de population seront étudiés à grande échelle sur base des données mobiles des trois principaux opérateurs.

Pari tenu pour les deux entrepreneurs tech Sébastien Deletaille et Frederic Pivetta. Dix jours après la publication de leur carte blanche dans L'Echo, enjoignant les autorités à utiliser les données télécoms des Belges pour stopper la propagation du coronavirus, le rêve est devenu réalité.

Alors que nous confirmions, courant de semaine passée, qu'Orange, Proximus et Telenet avaient accepté l'idée de fournir les données de leurs clients mobiles aux autorités si le projet avançait, les ministres de la Santé et des Télécoms ont officialisé l'initiative ce vendredi. Task force "Data Against Corona" à la clé, qui aura nécessité d'obtenir l'aval préalable de l'Autorité de protection des données (APD), arrivé plus tôt dans la semaine après un premier feu vert politique en cours de route.

Côté opérationnel, l'on retrouvera, aux côtés du duo aux commandes et des opérateurs, l'institut belge de santé Sciensano ou encore Laurent Hublet, CEO du campus digital bruxellois BeCentral et ex-conseiller au cabinet d'Alexander De Croo. En fonction des besoins, l'équipe sera renforcée par des épidémiologistes géographiques, des spécialistes en data privacy et data science. Côté éthique, un comité est mis en place pour encadrer les activités du groupe de travail. Il sera composé d'un collège de quatre experts, parmi lesquels un professeur de bioéthique, aussi médecin et philosophe, un épidémiologiste, un professeur et spécialiste en droit de l'information, et, enfin, une experte internationale en charge d’un projet similaire en Espagne.

La première mission? Dans les prochains jours, d'imaginer des applications et des tests spécifiques rendus possibles par cette ouverture d'un genre nouveau, afin de lutter contre le coronavirus. Et ce, sur base de données qui ne pourront jamais être analysées plus dans le détail qu'un groupe de minimum 30 personnes, sans qu'aucun nom ou adresse précise n'y soit jamais accolé - "il n'y aura pas de tracking individuel", met bien en garde Laurent Hublet.

Un tri sera alors effectué par les ministres Maggie De Block (OpenVLD) et Philippe De Backer (OpenVLD), "sur base de l'utilité pour la santé publique et du respect de la vie privée de nos citoyens" des applications imaginées. Un dernier point essentiel. En effet, "en temps de crise, il est important de garder la confiance de la population", souligne-t-on du côté du ministre des Télécoms. "C'est pour cette raison que la task force ici évoquée travaillera en parfaite transparence et communiquera ouvertement lors de l’implémentation de certaines applications". Et parce qu'on n'est jamais trop prudent, l'APD a été chargée en sus de vérifier le bon déroulé des opérations, sous sa casquette d'autorité indépendante. "C'est là toute la différence avec ce qui a pu être décidé en Israël ou en Chine dans la même veine", souligne Sébastien Deletaille.

Deux objectifs seront poursuivis. D'un, la mesure de l'impact des mesures de confinement décidées par le gouvernement – "car, c'est bête à dire, mais la mobilité des gens est réduite, mais de combien? On ne le sait pas à ce stade. Avec cette initiative, on pourra confirmer que la stratégie marche et ce, à travers le pays", souligne l'entrepreneur. Ce qui pourrait être couplé à une communication ciblée (par SMS, via le système de notification sur base volontaire BeAlert, ou bourgmestre interposé) en cas de non-respect des consignes dans une région, par exemple. De deux, les données collectées pourront être combinées avec des données d’incidence "pour faire ce qu'on appelle des cartes de propagation", explique Sébastien Deletaille. "En clair, on pourra bientôt établir quelle est la probabilité que la maladie, qui vient de se développer dans la commune A, puisse se propager vers la commune B".

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