interview

Willy Borsus prévient: la Wallonie ne pourra pas aider davantage les entreprises

Pour le ministre wallon de l'Économie Willy Borsus, les moyens de la Wallonie pour lutter contre l'impact économique du coronavirus ne sont pas infinis. ©BELGA

Le ministre wallon de l'Économie Willy Borsus "veut éviter un phénomène d'emballement" dans le monde des entreprises, mais prévient que la Wallonie ne pourra pas débloquer d'autres moyens financiers que les 350 millions d'euros déjà annoncés.

La crise est inédite. Le gouvernement wallon PS-MR-Ecolo vient de débloquer en urgence 350 millions d'euros dont 233 pour les entreprises. "Notre but est d’éviter que les entreprises tombent", assure le ministre de l’Économie, le libéral Willy Borsus. "Mais les moyens de la Wallonie ne sont pas illimités. On ne pourra aller au-delà de 350 millions", prévient-il.

Peut-on parler de panique dans le chef des entreprises?

Nous sommes légitimement submergés de demandes d’entreprises, de PME, de TPE, du secteur de la construction, de fournisseurs. On doit parvenir à ne pas transformer une crise sanitaire en une crise économique. La première chose à faire est de venir en aide à toutes les entreprises, aux indépendants qui sont touchés. Je parle ici tant des petites que des grandes entreprises.

Notre but est d’éviter un phénomène d’emballement. Les revenus ne sont plus là car l’activité s’arrête. C’est le cas dans des secteurs comme le voyage, l’Horeca, le commerce de détail. D’autres activités connaissaient aussi un ralentissement depuis janvier. Il faut éviter que les entreprises tombent et soient dans l’incapacité de payer.

"On doit être prêt à accueillir 50.000 dossiers dès le 27 mars. Mais notre objectif est de rester à ce montant parce que les moyens de la Wallonie ne sont pas infinis."
Willy Borsus
Ministre de l'Economie

Le gouvernement a débloqué 350 millions. Peut-il faire plus si la crise se prolonge?

Une entreprise qui ferme, c’est de l’emploi perdu. On veut essayer au maximum de diminuer l’impact de la crise par des mesures générales et un accompagnement particulier. Nos outils économiques ont adapté leurs plafonds d’intervention, leurs dispositifs pour faire face à la situation. On doit être prêt à accueillir 50.000 dossiers dès le 27 mars. Mais notre objectif est de rester à ce montant parce que les moyens de la Wallonie ne sont pas infinis. Mais ces moyens s’ajoutent à ceux du Fédéral et d’autres mesures qu’annonce l’Europe sous la forme de fonds ou d’assouplissement des règles européennes. Ces trois niveaux (Région, Fédéral et Europe) se complètent.

Mais ces 350 millions seront-ils suffisants?

Nous sommes déterminés mais humbles dans notre analyse. On n’a jamais connu une situation d’une telle nature et personne ne peut dire quand cela se terminera. On analysera la situation mais les moyens de la Région ne sont pas illimités. On ne pourra aller au-delà des 350 millions.

L’heure est à l’urgence sanitaire et à l’aide aux entreprises. Mais comment allez-vous aborder la reprise?

"On va constituer cette année une provision de 100 millions pour la relance de l’économie en tenant compte de certains objectifs comme la reterritorialisation d’activités et d’éléments de production en Wallonie."
Willy Borsus
Ministre de l'Economie

Pour l’instant, c’est vrai, on est dans l’immédiat. La priorité est sanitaire et humaine. Elle est aussi socio-économique. Mais une réflexion se met en place pour préparer la relance. Ce jeudi soir, nous avons une conférence téléphonique avec le Fédéral pour aborder le volet économique et la relance. Il y a aussi des réflexions au niveau européen pour aider l’industrie demain. La Banque nationale de Belgique analyse également les leviers à mettre en place pour relancer la machine.

Concrètement, au niveau wallon, comment voyez-vous la relance?

On va constituer cette année une provision de 100 millions pour la relance de l’économie en tenant compte de certains objectifs comme la reterritorialisation d’activités et d’éléments de production en Wallonie. On doit recréer des chaînes de valeur et également soutenir l’économie circulaire. Notre système de spin-off dans les secteurs de la pharma et des biotech sont indispensables. Mais il est évident que nous aurons des leçons à tirer économiquement de cette crise.

Quelles activités faut-il relocaliser en Wallonie?

C’est trop tôt pour le dire, mais on doit replacer de la production industrielle en Wallonie et des produits de haute technologie.

Est-ce la fin de la mondialisation à tout crin?

Non, l’économie mondiale est une économie ouverte et d’échanges. Toute l’économie belge est alimentée par cette économie ouverte. Mais il faut donner des racines belges à nos entreprises.

Qu’en est-il du plan de transition dont le budget provisionné pour 2020 sert aujourd’hui à financer votre intervention face à cette crise?

On doit le reporter. Aujourd’hui, personne ne comprendrait qu’on consacre notre énergie à quelque chose qui vient après. Ce plan est donc décalé mais ce plan avait intégré pas mal d’éléments durables ou touchant l’économie circulaire.

Ce jeudi, le président de l’Union des classes moyennes s’est montré agacé et accuse la police d’empêcher des entreprises de poursuivre leur activité. Faut-il tout stopper?

Les décisions du Conseil national de sécurité qui touchent aux secteurs non-essentiels autorisent le travail. Mais tout ce qui peut se faire par télétravail doit se faire par télétravail. Les autres activités sont autorisées à condition que les mesures de distance et de précaution soient respectées.

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