Wilmès II obtient la confiance, la N-VA ne digère pas

Seuls les chefs de groupe ont participé à la discussion sur la déclaration du gouvernement ce jeudi matin. ©Photo News

Le Parlement a voté la confiance (88 pour, 44 contre) au gouvernement Wilmès II, le même que le précédent sauf qu'il a désormais une majorité derrière lui. La N-VA, elle, ne décolère pas et le fait savoir.

Le gouvernement de Sophie Wilmès a reçu ce jeudi après-midi la confiance de la Chambre par 84 voix pour, 44 contre. Outre les trois partis qui y siègent (MR, CD&V, Open Vld), il a reçu le soutien extérieur des socialistes (PS et sp.a), des écologistes (Ecolo-Groen), du cdH, de DéFI et de l'ex-socialiste désormais indépendant Emir Kir.

La N-VA et le Vlaams Belang (plus l'indépendant Jean-Marie Dedecker) ont voté contre, le PTB aussi. Ce vote s'est déroulé d'une manière très particulière, en raison des mesures de distanciation sociale prises pour freiner la propagation du coronavirus. Répartis en trois groupes alphabétiques, 128 députés ont voté dans trois salles: l'hémicycle bien sûr, mais aussi les salles Jacques Brel et Père Damien.  

Voilà donc le gouvernement minoritaire doté d'une majorité, pour six mois et pour mener la lutte contre le coronavirus. Les pouvoirs spéciaux, eux, devraient lui être accordés rapidement. 

Du "débat" tenu en matinée, dans un hémicycle quasi désert, car limité aux chefs de groupe, la N-VA a bien fait comprendre qu'elle n'avait pas digéré la séquence du week-end dernier. Celle qui a vu Paul Magnette passer d'un deal avec la N-VA pour un gouvernement d'urgence à un tout autre plan, à savoir le soutien au gouvernement en place, qui pour rappel compte 13 membres dont 7 MR, 3 Open Vld et 3 CD&V...

"Crainte d'une contamination par la N-VA" 

Peter De Roover, chef de groupe N-VA, y est allé frontalement. "Nous avons tendu la main, cela a été refusé brutalement. Il y avait une logique à créer un gouvernement d’urgence avec les principaux partis. Nous avons montré notre bonne volonté mais cela a été rejeté par les partis francophones. La crainte d’une contamination par la N-VA a été plus grande que la crainte d’une contamination par le coronavirus", a-t-il jeté dans un hémicycle résonnant faute de public.

"On utilise le coronavirus comme un argument contre la N-VA qui est de bonne foi. Nous avons tendu la main, cela a été refusé brutalement."
Peter De Roover
Chef de groupe N-VA

La N-VA a insisté, par contre, sur un point. "Nous allons soutenir et accompagner critiquement toutes les mesures nécessaires à la lutte contre le Covid-19. Pour cela, Madame la Première ministre, vous pouvez compter sur nous."

Le CD&V a dit son soutien, mais n'a pas manqué de regretter, en termes choisis, la formule qui devait aussi impliquer la N-VA. Pour Servais Verherstraeten (CD&V) en effet, "un gouvernement allégé de plein exercice soutenu par une large majorité parlementaire aurait été la meilleure solution. Je regrette que cela n’ait pas été possible."

"Les partis doivent se rassembler. La coopération et la solidarité sont clefs pour le personnel de santé, il doit en être de même en politique."
Kristof Calvo
chef de groupe Groen et Ecolo

Pour les libéraux flamands, troisième parti aux affaires, la confiance accordée ne s'assimile pas un chèque en blanc. "J’espère que, dans six mois, les rapports entre partis politiques auront évolué", a appuyé Egbert Lachaert. "Chacun doit se rendre compte que, dans ces circonstances, le citoyen s’éloigne de la politique. L’intérêt général doit prévaloir."

Son homologue MR Benoît Piedboeuf n'a pas dit autre chose. "Il n'est plus possible de tergiverser ni de poursuivre un jeu politique malsain qui nous éloigne de la population." Même ligne générale chez (Ecolo-Groen), Kristof Calvo voyant dans cette crise "une opportunité pour le monde politique, qui peut se reprendre. La coopération et la solidarité sont clés pour le personnel de santé, il doit en être de même en politique."

"L'union fait la force"

"L’union fait la force", a de son côté entonné Ahmed Laaouej, chef de groupe PS. "Le premier antidote à cette crise sanitaire, c’est la solidarité. Il faut des mesures fortes pour enrayer la pandémie." OK pour la confiance à Wilmès II mais, au passage, le socialiste s'interroge – comme d'autres – sur le manque de masques de protection pourtant nécessaires au personnel de santé. "Comment est-ce possible? Il faudra voir si les coupes budgétaires imposées au secteur de la santé n’en sont pas à l’origine."

"Dans certains hôpitaux, les unités de soins intensifs tentent déjà de repousser les murs et de démultiplier les respirateurs. Anticipez leurs besoins! Les jours qui viennent risques d’être de plus en plus difficiles pour eux."
Catherine Fonck
cheffe de groupe cdH

La plus émue fut sans doute Catherine Fonck, cheffe de groupe cdH, "profondément choquée par les propos de certains parlant de coronadictature", allusion à quelques tweets rageurs du N-VA Theo Francken. "Il est des moments où on doit faire taire les divergences et se concentrer sur ce qui est vital. Pour agir le plus efficacement possible, il faut être unis pour sauver un maximum de vies et éviter l’horrible dilemme italien, à savoir choisir qui soigner." 

Résumons-nous. Le débat du jour n'a évidemment rien changé au deal intervenu ce week-end. Mais il saute aux oreilles que la séquence politique des derniers jours ne facilitera pas les prochains épisodes fédéraux. Une fois le coronavirus maté.

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