Yoga Room, en ligne directe avec ses membres confinés

Depuis son lancement, la plateforme en ligne de Yoga Room a enregistré plusieurs centaines d'abonnements. Certes, pas assez pour revenir à un niveau pré-crise, mais tout de même suffisant pour payer ses professeurs. ©saskia vanderstichele

Question de survie, l'enseigne aux cinq studios de yoga en Belgique et en France a dû entamer une mue digitale en période de crise. Avec succès puisque l'activité lui permet aujourd'hui de couvrir ses coûts fixes.

C’est l’histoire d’une série de défaites… ponctuées d’une victoireTout commence à la mi-mars, alors que la crise du coronavirus se concrétise en Belgique et que la fermeture des enseignes non essentielles est décrétée par le gouvernement.

Le couperet tombe pour le monde du yoga: ce sera rideau. Personne ne sait pour combien de temps. Par contre, la conséquence, elle, est bien palpable: la clé est du jour au lendemain à mettre sous le tapis, les professeurs sont à renvoyer chez eux. La déception est grande.

Pierre Rousseaux et ses associés Gregory Fossey et Émilie Lavrenov se doivent donc de réagir. Vite. S’ils veulent sauver Yoga Room, le bébé du premier, fondé quatre ans plus tôt, après dix ans passés en Chine et l’ouverture, à Shanghai, de deux salles déjà.

Savoir perdre pour gagner

Pour gagner, et continuer à "offrir du bon yoga" à ses 4.500 membres, sa mission, il faudra que Yoga Room accepte de perdre. Car entre deux maux, il faut choisir le moindre, disait-on déjà au Moyen-Âge. C’est ainsi qu’alors qu’elle y avait toujours été opposée, "car notre philosophie est précisément de permettre aux gens de se déconnecter", l’enseigne entame sa mue en ligne. À contrecœur, mais pour raison de survie – de l’entreprise, mais aussi de l’écosystème qu’elle englobe.

4.500
membres
Quand la fermeture de ses studios a été rendue obligatoire, Yoga Room s'est retrouvée dans l'impasse face à 4.500 membres demandeurs d'activités.

Une première plateforme voit le jour rapidement. "Avec l’idée de filmer le plus de vidéos possible pour répondre immédiatement au besoin de notre communauté, très investie, de continuer à pratiquer le yoga à la maison plutôt que trois fois par semaine dans nos studios... On a mis tout le contenu gratuitement en ligne sur un site dédié, Yoga-Room.tv. Avec un système de donation, mis en place dans l’optique de rémunérer nos profs, qui avaient perdu leurs revenus." Et là, les nuages se sont peu à peu écartés. En quelques semaines à peine, Yoga Room a (re)trouvé son public. Avec des prémices de victoire, car "on a réussi à couvrir le salaire de nos professeurs internationaux", se félicite Yoga Room.

Passé par les bancs de Solvay, Pierre Rousseaux a fondé Yoga Room en 2016, après dix ans passés en Chine. Objectif? Fournir du bon yoga aux amateurs. ©saskia vanderstichele

Jour après jour, le trafic augmente, tout comme le nombre de vues. Le moral revient. Jusqu’à un contrecoup: l’onde de choc du confinement passée, les dons tombent en chute libre. Et mettent à mal le fragile équilibre en construction. "On a donc dû revoir notre copie. Et début avril, on a décidé de passer la plateforme à du tout payant". Sur le modèle d’un Netflix ou d’un Spotify. Le contenu est alors mis à disposition à la demande. Pour 7 euros, une vidéo est visible 48 heures. Quand les sessions live sont accessibles pour 10 euros. Deux formules d’abonnement en illimité viennent englober le tout.

De quoi couvrir les coûts fixes

L'épopée reprend. Le modèle se confirme. Pour représenter désormais un chiffre d’affaires permettant de sauver ce qui peut l’être. Alors, pas assez à ce stade pour compenser l’activité d’avant crise, mais tout de même. "Notre activité en ligne nous permet de couvrir les coûts fixes", avance près de deux mois plus tard Yoga Room.

"Le déconfinement ne va pas tuer l'online, car c’est un bon canal d’acquisition."
Pierre Rousseaux
Fondateur de Yoga Room

Fin de l’histoire? Non, "car le déconfinement ne va pas tuer l’online", affirme à présent l’enseigne, suite à l’expérience acquise. Et pour cause, "en plus d'offrir une continuité à nos membres, ça rend le yoga accessible à des personnes qui ne sont pas en mesure de venir dans nos studios", s’est-elle rendu compte en cours de route. "On voit beaucoup de gens adhérer depuis des villes où l’on n’est pas encore actif", témoigne Pierre Rousseaux.

L’offre devrait donc rester, demain, aux côtés des 400 cours physiques par semaine, de 7 h à 22 h, 7 jours sur 7, dispensés dans les cinq studios de Yoga Room, répartis entre Bruxelles et… Lyon. Pourquoi pas Paris? "Parce que les villes primaires, cela nous intéresse moins. C’est déjà bondé et c’est cher. Et ce, alors que le besoin en yoga est le même, si pas plus grand, dans les villes secondaires", affirme celui qui est aussi instructeur lui-même.

Anvers sur le radar

Sur cette base, dans ses projets de développement futur, une fois un retour à la normale sur les voies, le groupe se tournera donc plutôt vers des villes comme Anvers – "clairement là où on plantera le drapeau prochainement" – ou Bordeaux, quand des travaux sont déjà en cours à Lisbonne, où une ex-membre est partie exporter le concept.

"Quand on regarde une ville, il faut qu’on puisse au moins y ouvrir trois studios, question de synergies. En effet, c’est seulement à partir de ce niveau que l’on peut attirer des profs étrangers de grande qualité à venir s’installer pour donner cours".

Forte croissance

Et une chose est sûre, la volonté de grandir est-là. Tout comme l’opportunité, "le yoga étant sur toutes les lèvres". Avec, en plus, une année 2019 qui s’est terminée sur un chiffre d’affaires en forte croissance, "100% réinvesti – ce qui ne nous a pas aidés au niveau des liquidités au déclenchement de la crise", et qui aurait dû presque doubler cette année.

"Avant la crise, notre volonté avait toujours été d'éviter de nous développer en ligne, car notre philosophie est précisément de permettre aux gens de se déconnecter."
Pierre Rousseaux
Fondateur de Yoga Room

Sous le regard satisfait de ses actionnaires, que sont la société d’investissement H2O, le serial-entrepreneur Jean-Guillaume Zurstrassen (Skynet, Keytrade…) et Brustart, qui soutient les jeunes entreprises en phase de développement, "venue renforcer nos fonds propres".

Mais pour autant, "il est clair qu’on ne deviendra jamais une chaîne avec 300 studios", prévient en conclusion Pierre Rousseaux. "Ce n’est pas la volonté. On ouvrira autant que cela fait sens d’ouvrir. Avec chaque fois, derrière chaque antenne, un passionné qui veut partager cette passion du yoga".

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