interview start-ups

Youri Dauber, CEO de Cohabs: "Nous devons prouver que notre modèle est résistant à la crise"

Youri Dauber, CEO de Cohabs, ouvre sa 19e maison de collocations branchées à Bruxelles. ©FRANCE DUBOIS

La start-up immobilière bruxelloise Cohabs espère passer la crise sans encombre avant de réaliser une levée de fonds de 50 millions d'euros en fin d'année.

"On a eu beaucoup de chance pour l'instant dans cette crise parce qu’on est une start-up". Youri Dauber est à la tête de Cohabs, une start-up bruxelloise de coliving qui propose des collocations branchées à Bruxelles et New York. Il s’estime plutôt chanceux pour le moment. De la chance, mais aussi un modèle de start-up adapté à la situation. "Notre modèle est construit sur des outils digitaux qui nous permettent de travailler à distance. Nous n’avons réduit ni le temps de travail ni les salaires."

Le business de la colocation version Cohabs est saisonnier, le plus dur reste donc à venir. "Si le Covid avait éclaté durant l'été, on aurait eu un gros souci, car on a toujours un turnover important à ce moment-là."Les premiers soucis arrivent en réalité maintenant pour la start-up bruxelloise. Avec l’ouverture d’une nouvelle maison prévue en mai dans le quartier Schuman, Youri Dauber voit la demande baisser. D’ordinaire, Cohabs reçoit entre 15 et 20 demandes par jour pour postuler pour une chambre. Après un gros creux début avril, la demande commence à revenir timidement. Pour éviter de remplir à moitié sa nouvelle maison, la 19e, la start-up a décidé de participer à sa façon à l’effort collectif. "Nous avons décidé de faire un partenariat avec l’asbl Diogenes et de proposer gratuitement les 14 chambres de la maison à des personnes sans-abri pendant 3 mois."

Une année décisive

Si la crise n’a pas encore impacté lourdement la start-up, Youri Dauber sait que les mois qui viennent seront décisifs. "Nous devons démontrer que nous sommes Covid-résistants et que notre modèle tient face à la crise". L’objectif de Cohabs est simple, passer l’été sans encombre pour démontrer à ses investisseurs actuels et futurs que le start-up est solide.

"Si nous avons besoin d’argent, nous irons voir nos investisseurs, pas l’État."
Youri Dauber
CEO de Cohabs

Car Cohabs joue gros cette année. Après une levée de fonds de 15 millions d’euros à l’automne 2019, la start-up en vise une nouvelle d’un niveau supérieur pour la fin d’année. "On ambitionne une nouvelle levée de 50 millions d’euros." Youri Dauber ne veut pas perdre de temps malgré la crise, ce qui n’est pas forcément le cas des investisseurs. "On est en contact avec pas mal de fonds pour le moment, ils sont pour l’instant prudents et attendent de voir comment on va se comporter dans les mois qui viennent. La prudence est clairement de mise." Pas de quoi refroidir, le jeune CEO qui s’est fixé comme objectif de pouvoir tripler sa valeur d’actifs immobiliers qui est de 80 millions d’euros via cette nouvelle levée de fonds. Au-delà de la valeur, c’est le nombre de chambres qui est le chiffre clé de la start-up. Elle en est actuellement à 533 chambres dans la capitale et vise le chiffre rond de 2.000 chambres avec cette future levée de fonds.

Les aides d'État, non merci

Pour passer la crise, Youri Dauber ne veut pas entendre parler des aides d’État pour les start-up. "Je comprends la complexité de la situation pour certaines start-up, mais l’État n’a pas des poches sans fond. Je me sentirais très mal d’être complice de l’endettement du pays." Il va même un pas plus loin: "Il faut limiter l’afflux de cash sur le marché, ce n’est jamais bon. Le cash doit être dédié à des piliers essentiels comme les soins de santé et l’éducation qui n’ont pas directement accès à des fonds. Les start-up ont beaucoup plus facile pour trouver des fonds ou se réinventer. Si nous avons besoin d’argent, nous irons voir nos investisseurs, pas l’État."

New York sous cloche

Avant la crise, la start-up a tenté l’aventure outre Atlantique. Cohabs a lancé son antenne new-yorkaise en fin d’année dernière avec l’achat de ses deux premiers biens à Brooklyn. Lockdown oblige, les activités sont au ralenti, mais pas tant que ça: "A New York, les administrations sont encore ouvertes, mais les chantiers sont à l’arrêt. Nous avons deux demandes de permis en cours qui sont en train de suivre leur chemin du côté administratif. Par contre, une fois l’aval reçu, impossible de commencer le chantier pour le moment." Outre-Atlantique, la start-up vise 500 chambres d’ici 3 ans.

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