interview

Yves Coppieters: "Je ne suis pas sûr que l'adhésion de la population à la bulle des cinq sera suffisante"

La bulle sociale a été réduite à des contacts autorisés avec 5 personnes par familles. ©BELGA

Le Conseil national de sécurité serre encore la vis. Quel regard porte Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur à l'École de Santé publique (ULB), sur les décisions prises ce lundi?

Bulle sociale réduite à 5, limitation des participants aux événements, extension du contact tracing... Les nouvelles mesures sont drastiques. Seront-elles pour autant efficaces? On tente d'y voir plus clair avec le docteur Yves Coppieters.

Les décisions prises vont-elles dans la bonne direction?

Ce sont des mesures fortes. La réduction de la bulle sociale à cinq personnes par foyer va notamment avoir des effets tout à fait directs sur le fait d'aller au restaurant, à l'extérieur, etc. Le fait que cette mesure ait été prise de façon non différenciée, autrement dit qu'elle s'applique à l'ensemble du territoire, et pas seulement à la province d'Anvers, est également positif.

Le virologue Marc Van Ranst estime que les mesures prises aujourd'hui constituent la dernière chance d'éviter un reconfinement généralisé. Vous partagez cet avis?

Non, je ne le partage pas car on ne connaît pas du tout l'efficacité de cette limitation de la bulle à cinq personnes. Surtout, on ne sait pas si la population va adhèrer à cette règle. Je vous rappelle que la bulle de 15 par semaine était déjà dure à respecter pour certains. Ici on parle de 5 personnes par foyer pour quatre semaines, c'est donc beaucoup plus long. Est-ce que l'adhésion de la population sera suffisante, je n'en suis pas sûr.

"Je ne suis pas sûr que l'adhésion de la population à la bulle des cinq sera suffisante."

Je le rappelle, la seule manière de casser les chaînes de transmission reste toujours les gestes barrières, c'est-à-dire le masque, le masque et encore le masque, mais aussi la distanciation sociale et l'hygiène des mains. À côté de cela, il faut protéger les plus fragiles et faire des dépistages massifs.

Justement, le masque n'a pas été rendu obligatoire dans tout l'espace public. Les communes peuvent donc appliquer des règles différentes sur leur territoire. Une harmonisation n'aurait-elle pas été préférable?

Imposer le masque partout, sauf dans quelques situations exceptionnelles, aurait été plus simple, mais cette stratégie n'a pas été privilégiée. La décision revient toujours aux bourgmestres, au risque qu'il n'y ait pas toujours des règles homogènes d'une entité à l'autre.

Au niveau local, des reconfinements pourraient être nécessaires?

Je n'ai pas de boule de cristal, mais je pense en effet qu'on risque d'aller vers ce scénario à certains endroits. Dans des quartiers, des milieux de vie ou des communautés, cela pourrait être appliqué. Ce n'est pas parce que la bulle sociale est réduite qu'il ne faut pas localement des règles beaucoup plus strictes, mais aussi beaucoup plus courtes.

"Ce n'est pas parce que la bulle sociale est réduite qu'il ne faut pas localement des règles beaucoup plus strictes."

Reconfiner localement une zone, c'est pour une période de dix jours, tandis que la réduction de la bulle s'étend sur un mois. On est dans deux temporalités tout à fait différentes et ces stratégies peuvent donc être complémentaires.

La politique de dépistage actuelle est-elle suffisante pour mener le contact tracing efficacement?

On ne peut faire correctement le suivi des contacts qu'à condition de réaliser suffisamment de tests. Le principe de base dans une épidémie, c'est d'identifier les cas et de les isoler. Et ça, on ne peut le faire qu'en testant! Bien sûr, il ne faut pas dépister toute la population, mais on sait très bien que la fréquence des cas est beaucoup plus importante autour des foyers. Une fois qu'on en a trouvé un, il faut l'élargir aux contacts, aux contacts de contacts et ensuite éventuellement à la population autour du foyer. C'est du dépistage massif...

Ce n'est pourtant pas vraiment à l'ordre du jour...

La raison pour laquelle ça ne l'est pas est un grand mystère... Je pense qu'à Anvers, ils vont devoir le faire. Ils n'auront pas d'autres choix, mais ce n'est pas une stratégie reprise au niveau national, et ce alors que des foyers existent aussi à Liège et à Bruxelles par exemple.

"La raison pour laquelle le dépistage massif n'est pas à l'ordre du jour est un grand mystère."

Comment expliquer le nombre de cas particulièrement élevés à Anvers?

Il y a toute une série de raisons. C'est notamment une ville portuaire, dans laquelle il y a eu beaucoup de retours de vacanciers d'Israël, de Turquie et d'autres pays à forte transmission, sans que des quarantaines soient respectées. C'est aussi une ville avec une population jeune, une population dynamique et qui observe potentiellement moins les gestes barrières.

Dans combien de temps pourra-t-on évaluer les mesures prises ce lundi?

D'ici deux semaines. Si cela fonctionne on pourra voir une stabilisation de la courbe des transmissions avec ensuite un plateau et une diminution.

Sommes-nous face à une deuxième vague?

La nouvelle courbe épidémique n'a absolument pas la même forme que la première. Ce n'est pas une nouvelle vague, mais un rebond. Nos décideurs ont pris des mesures assez extrêmes pour casser dans dix jours cette phase ascendante.

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