analyse

Yves Coppieters: "Le testing est la solution pour maintenir les écoles ouvertes"

Pour Yves Coppieters, épidémiologiste à l'ULB, il faudrait que des équipes mobiles puissent dépister les élèves directement à l'école, avec des tests rapides. ©BELGA

Les écoles sont-elles tout près de refermer leurs portes? L'arrivée confirmée du variant britannique dans certains établissements a en effet changé la donne.

Plus de 1.500 élèves et 160 enseignants du collège Saint-Michel à Etterbeek sont placés en quarantaine pour une semaine au moins parce que 4 enseignants, ayant été en contact avec 270 élèves, ont été testés positifs au variant britannique du coronavirus. Cet établissement est loin d'être le seul dans le cas.

7%
Le taux d'absentéisme des enseignants est actuellement de 4%, alors qu'il se situe entre 7 et 8% habituellement en janvier.

Jusqu'ici, il a été dit et répété que les écoles n'étaient pas le moteur de l'épidémie. Mais depuis quelques jours, on sent, côté politique, un vent d'inquiétude. Le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, a lâché ce dimanche, sur la VRT: "Nous devons bien réfléchir à la façon dont nous appréhendons les contaminations chez les enfants, car à un certain moment de l’épidémie, la vie à l’école peut elle-même devenir une source de contamination."

Des clusters inquiétants

Mais qu'est-ce qui a changé en quelques jours? Les chiffres de l'épidémie sont certes en hausse pour les contaminations et les admissions à l'hôpital, mais ils ne semblent pas encore inquiétants. "Le problème provient des clusters", explique Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique (ULB). "On a détecté la souche britannique dans plusieurs écoles. Celle-ci est de 30 à 40% plus contagieuse. Donc, lorsqu'elle entre dans une collectivité, les transmissions sont plus rapides, à l'intérieur de l'école, mais aussi lorsque les jeunes rentrent chez eux."

"Si la situation se dégrade et les experts nous le demandent, nous adapterons la stratégie."
Cabinet de la ministre de l'Enseignement francophone

Actuellement, du côté du cabinet de la ministre de l'Éducation, Caroline Désir, on se montre circonspect. "Nous avons vu les experts jeudi et ils nous ont dit que la situation était stable. Les données montrent que l'incidence du virus est bien moindre dans les écoles que dans la population en général", rappelle Jean-François Mahieu, le porte-parole de la ministre Désir. Les chiffres globaux sont plutôt rassurants. Ainsi, en janvier, le taux d'absentéisme des enseignants est de 4%, alors qu'il se situe entre 7 et 8% habituellement en début d'année.

Fermer les écoles?

"Bien sûr, si la situation se dégrade et les experts nous le demandent, nous adapterons la stratégie", explique le porte-parole, qui précise qu'aucun protocole chiffré n'a été fixé pour déterminer le passage à une autre approche, telle qu'un arrêt total des cours en présentiel. Une lacune?

"Organiser les cours totalement à distance, c'est vraiment le dernier recours!"
Joseph Thonon
Responsable de la CGSP Enseignement

Pour Yves Coppieters, ce n'est pas le seuil d'un certain nombre d'écoles placées en quarantaine qui doit faire monter d'un cran les mesures de protection. "Il faut réagir si l'on constate une remontée exponentielle des transmissions et des entrées à l'hôpital. On a déjà limité les voyages. À part les écoles, il ne reste plus grand-chose à fermer... Les commerces non essentiels n'ont pas montré, finalement, un grand rôle dans la propagation de l'épidémie."

On connaît le coût moral de la fermeture des écoles, qui ne ferait qu'accroître le désarroi des jeunes, qui sont déjà nombreux à souffrir des mesures actuelles limitant leurs contacts sociaux. "Évidemment, ce variant nous fait peur", réagit Joseph Thonon, président communautaire de la CGSP-Enseignement. "Les enseignants sont en première ligne... La sécurité sanitaire est notre priorité, mais le mal-être des élèves et enseignants est profond. Donc, organiser les cours totalement à distance, c'est vraiment le dernier recours!"

Quarantaine après le congé de Carnaval

"Le testing est la solution pour maintenir les écoles ouvertes. "
Yves Coppieters
Épidémiologiste

Pour le syndicaliste, la stratégie actuellement appliquée dans l'enseignement est la bonne. "Cela faisait longtemps qu'on insistait sur le testing... il aurait fallu le faire plus tôt." Yves Coppieters approuve. "Le testing est la solution pour maintenir les écoles ouvertes. Mais il faudrait qu'au moindre doute, le testing arrive dans l'école, et non pas que les élèves rentrent chez eux et aillent se faire dépister. Les services de promotion de la santé à l'école devraient débarquer dans les collectivités avec des kits de tests rapides, à confirmer ensuite avec des PCR, de façon à pouvoir isoler immédiatement les cas suspects. Et aussi il faudrait enfin proposer une solution aux personnes qui ne peuvent s'isoler à leur domicile..."

Si la Flandre a décidé de placer une semaine de cours uniquement en distanciel en secondaire avant les vacances de Carnaval, la Fédération n'a pas décidé de mesure particulière autour de ce congé. "Je ne comprends pas que l'on place cette semaine avant le congé", s'étonne l'épidémiologiste de l'ULB. "Sauf s'il y a une flambée des contaminations, mais ça ne semble pas être le cas. Il me semble plus intéressant de placer une telle semaine de cours à distance après les vacances. Cela constituerait une sorte de quarantaine pour les enfants qui seraient quand même partis à l'étranger..."

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