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analyse

Yves Coppieters: "Miser sur la vaccination, c'est important mais ça ne suffit pas"

Pour l'épidémiologiste Yves Coppieters, "en termes de gestes barrières, il faut agir comme il y a un an, même si la situation est beaucoup plus libre pour les contacts sociaux". ©Photo News

Lundi, 6.500 contaminations au Covid-19 ont été détectées en Belgique. Un record pour cette année. Est-il encore temps d'endiguer ce rebond de l'épidémie?

"Même si la quatrième vague était attendue, elle déferle avec force", a lancé le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke (Vooruit), mardi soir sur Canvas (VRT).

6.500
contaminations en une journée
6.500 cas de Covid-19 ont été dépistés en 24 heures lundi passé.

Les derniers chiffres suscitent des inquiétudes. La moyenne d'infections au Covid-19, avec 3.249 cas quotidiens, est en hausse de plus de 50% par rapport à la semaine passée, selon Sciensano. On approche des 1.000 lits occupés (997). Il y a 87 hospitalisations pour covid par jour (+ 53%). Et ce lundi, on a dépisté 6.500 cas en 24 heures, ce qui constitue un "record" pour 2021. 130 admissions ont aussi été enregistrées à l'hôpital.

L'augmentation des contaminations était prévue par tous les modèles qui intègrent le phénomène saisonnier (il fait froid, on vit plus à l'intérieur) et le relâchement des gestes barrières (assouplissements officiels et lassitude).

Rebond épidémique

Peut-on déjà parler de quatrième vague comme le fait Frank Vandenbroucke? Il y a quelques jours, le porte-parole interfédéral Covid-19, Yves Van Laethem, temporisait: "Je ne pense pas que l'on assiste au début d'une quatrième vague".

"On n'a pas de recul suffisant pour utiliser le terme de 'quatrième vague' face à la situation actuelle. On doit aujourd'hui parler de rebond épidémique."
Yves Coppieters
Épidémiologiste et professeur de santé publique (ULB)

"Les modèles ne montrent pas de quatrième vague dans les hospitalisations pour un covid, parce que notre couverture vaccinale est bonne et l'efficacité est là par rapport aux formes graves", éclaire Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique (ULB).

Quant aux contaminations, il est trop tôt pour utiliser ce terme, selon l'épidémiologiste. "On parle de vague lorsqu'il y a une augmentation exponentielle de cas sur deux semaines. Une vague a trois phases: elle démarre lentement, explose jusqu'à un pic puis diminue lentement. On n'a donc pas de recul suffisant pour utiliser ce terme face à la situation actuelle. On doit aujourd'hui parler de rebond épidémique."

Vacciner, mais pas que...

Est-il encore temps de freiner la tendance? Il faut, selon Frank Vandenbroucke, poursuivre la vaccination, porter le masque plus fréquemment, ne pas renoncer au télétravail et aussi envisager que le covid safe ticket soit appliqué dans certaines communes flamandes. Le pass sanitaire est déjà d'usage à Bruxelles et le sera en Wallonie dès le 1er novembre.

"En termes de gestes barrières, il faut agir comme il y a un an, même si la situation est beaucoup plus libre pour les contacts sociaux."
Yves Coppieters
Épidémiologiste et professeur de santé publique (ULB)

"Il faut faire comprendre aux gens qu'ils doivent faire de gros efforts en cette période", précise Yves Coppieters. "En termes de gestes barrières, il faut agir comme il y a un an, même si la situation est beaucoup plus libre pour les contacts sociaux. Le discours politique est essentiellement centré sur la vaccination. C'est très important, mais ça ne suffit pas, parce que la vaccination n'est pas une barrière opaque face aux transmissions. Le tout à la vaccination n'a plus de sens pour l'instant!"

Le monde politique reprendra-t-il des mesures fortes? Un comité de concertation sera organisé le 29 octobre. Mais on parle déjà d'un éventuel prolongement des vacances de Toussaint pour les écoles, comme l'an dernier.

Une fin loin d'être annoncée

Le rebond actuel des contaminations montre que le covid ne s'est pas encore transformé en endémie, qui serait synonyme d'une certaine stabilité de l'épidémie. "On a compris que le covid n'allait pas disparaître. On doit donc alléger le seuil des infections, sachant qu'on n'arrivera pas à zéro. Mais on n'a pas encore trouvé ce seuil", explique Yves Coppieters.

La progression de la vaccination doit aider à atteindre cet objectif, ainsi que la troisième dose pour les plus fragiles. "Mais même si l'on arrive à éradiquer les transmissions interhumaines, le virus continuera à se propager entre les animaux et restera susceptible de réémerger", avertit le professeur de l'ULB.

Le résumé

  • Les infections au covid sont en forte hausse en Belgique.
  • Le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, parle de "quatrième vague".
  • L'épidémiologiste Yves Coppieters estime que le monde politique doit élargir son discours au-delà de la nécessité de la vaccination et rappeler les gestes barrières.

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