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Malgré les refus syndicaux, Delhaize passe en force

La CNE a aussi rejeté les propositions de la direction. Seul l'ACV Puls, le syndicat chrétien flamand, souhaite poursuivre les discussions avec la direction. ©Tim Dirven

Trois syndicats sur quatre s'opposent désormais aux propositions de primes et de retraite anticipée de la direction de Delhaize. La direction ne semble pas plier et vouloir passer en force.

Le syndicat chrétien flamand, ACV Puls, est donc le seul syndicat à souhaiter la poursuite des discussions avec l'enseigne Delhaize. Après le SETCa-BBTK et la CGSLB-ACLVB, la CNE rejette aussi les propositions de la direction.

Le vendredi 15 septembre, lors d'une réunion au cabinet du ministre Dermagne, la direction de Delhaize mettait sur la table ce qu'elle appelait sa "dernière proposition". Proposition qu'elle confirme coûte que coûte ce mercredi dans un communiqué, peu importe la position des délégations syndicales.

"Ces derniers mois, Delhaize a présenté plusieurs mesures d'accompagnement. Ces mesures répondent aux préoccupations de nos représentants syndicaux et de nos collaborateurs en offrant certaines garanties. Delhaize a toujours été ouvert au dialogue concernant ces mesures d'accompagnement. Lors des discussions organisées par le facilitateur Robert Tollet, quelques éléments supplémentaires demandés par les représentants syndicaux ont été inclus dans une proposition finale de protocole d'accord. Malheureusement, cette proposition n’a pas été approuvée par les représentants syndicaux."

Delhaize répète que ce plan de franchise est "la seule option pour renouer avec la croissance". Les premiers magasins battront ainsi sous pavillon de la franchise le 10 octobre prochain.

Sur la table

Il y a deux semaines, la direction proposait une prime de 1.500 euros, complétée par 125 euros par année d'ancienneté et une prime de 145 euros pour compenser la suppression de la prime sectorielle.

Une retraite anticipée était aussi proposée avec une prime unique de 10.000 euros brut.

Aujourd'hui, Delhaize rappelle que les conditions salariales et de travail actuelles seront confirmées dans une annexe au contrat de travail qui devra reprendre la signature de Delhaize, du repreneur et du collaborateur. Les crédits-temps de fin de carrière en cours au 26 juin 2023 seront aussi préservés

"Le discours de la direction 'rien ne changera pour les travailleurs' n’est que de la poudre aux yeux."

La CNE

Autre point: il n'y aura aucune fermeture de magasins jusqu'à "au moins la fin 2028".

Les restrictions médicales, dont bénéficient certains salariés, seront transférées vers le nouvel employeur, tout comme les modalités de reprise progressive de travail. Quant aux collaborateurs sous certificat de maladie longue durée, ils seront aussi transférés.

Enfin, les heures supplémentaires ne seront pas annulées ou pourront être payées au moment de la transition.

"Ce passage en force est une déclaration de guerre. (...) Cela va créer un désordre immense au moment du passage en franchise."

Myriam Delmée
Présidente du SETCa

"Ce n’est pas aux travailleurs de démissionner"

À la sortie de la réunion il y a 15 jours, Myriam Djegham, secrétaire nationale de la CNE, avait parlé de "miettes". Aujourd'hui, le syndicat confirme qu'après consultation des travailleurs, le syndicat chrétien francophone rejette le protocole de paix sociale de la direction Delhaize.

"Ce n’est pas aux travailleurs de démissionner, ce n’est pas eux, mais la direction qui modifie les conditions d’exercice de leur contrat de travail. D’autre part, les travailleurs demandent des garanties réelles de maintien de l’emploi et des conditions de travail", lit-on dans un communiqué. Le syndicat ajoute aussi que jusqu'ici, il n’y a pas eu de véritables négociations.

"Le fait que la direction ajoute, au compte-gouttes, certains éléments (comme la prime de transition, NDLR) dont il n’était pas question au départ prouve d’une part l’utilité de la lutte des travailleurs et d’autre part, que le discours de la direction 'rien ne changera pour les travailleurs' n’est que de la poudre aux yeux." La CNE conclut en se déclarant ouverte à négocier sur les revendications des travailleurs. "La stratégie du pourrissement n’est pas une option."

"Ce passage en force est une déclaration de guerre", a réagi pour sa part Myriam Delmée, présidente du SETCa. "Cette décision était prévisible. Mais ce que Delhaize ne comprend pas, c'est que cela va créer un désordre immense au moment du passage en franchise", poursuit la syndicaliste. "La direction a perdu beaucoup plus en refusant de négocier qu'en acceptant de discuter."

ACV Puls isolé

L'ACV Puls avait annoncé la semaine dernière son souhait de poursuivre les discussions. "Nous considérons que cette proposition est une base sur laquelle il faut poursuivre", expliquait Koen de Punder, secrétaire général de l'ACV Puls, reconnaissant toutefois que la proposition n'apportait pas encore de certitudes.

"Il faut être réaliste: les filiales Delhaize deviendront indépendantes, point barre. On ne peut parler d'un véritable plan social, mais nous devons penser au personnel des magasins dans l'un des secteurs les moins bien payés de notre pays."

Ce mercredi, l'ACV Puls estime positif que la direction mette au moins en œuvre ce qui était sur la table. Le syndicat souhaite cependant poursuivre les négociations, estimant qu'un certain nombre de points doivent encore être clarifiés. "Par exemple, on ne sait pas ce qu'il adviendra si l'un des franchisés fait faillite", note Kristel Van Damme. Selon elle, il n'est pas exclu que d'autres actions des travailleurs soient encore organisées. "Il y a peu de choses sur la table, il faut rassurer les gens."

Le 7 mars dernier, Delhaize annonçait le passage sous franchise de ses 128 magasins. Sur ce nombre, 32 franchiront le pas cette année alors que 96 sont toujours en quête de repreneur. Ce plan s'accompagne également de la suppression "progressive" de 280 postes au siège (dont 33 contrats à durée déterminée) avec certes la création de 70 emplois réservés aux seuls cadres.

Notons également que les primes actuelles discutées et la retraite anticipée ne s'adressent qu'aux salariés des magasins, pas à ceux du siège.

Dossier | Delhaize

L'annonce, le 7 mars dernier, du passage sous franchise des 128 magasins intégrés de Delhaize a fait l'effet d'une bombe.

Le résumé
  • À l'exception de l'ACV Puls, tous les syndicats s'opposent aux dernières propositions de la direction de Delhaize.
  • Les dirigeants de l'enseigne n'en ont cure et souhaitent passer en force.
  • Cette décision risque d'encore mettre plus d'huile sur le feu. Pour le SETCa, "ce passage en force est une déclaration de guerre".
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