Le revers de la médaille du Tax shelter

©Aude Vanlathem

Voulant surfer sur l’engouement pour les start-ups, l’État belge a cru bien faire en instaurant en 2015 le fameux Tax shelter. Une intention louable qui s’est transformée en un générateur de valorisations farfelues.

Initialement prévu pour les productions cinématographiques, le Tax shelter a rapidement été étendu aux jeunes pousses. Pour aider les petites sociétés débutantes, l’État a donc prévu un cadeau pour les citoyens tentés par l’aventure. Si toutes les conditions sont respectées, vous pouvez bénéficier d’une réduction d’impôt de 30 ou 45% du montant investi dans une des sociétés concernées. À en croire les derniers chiffres officiels, les montants investis grâce à ce dispositif sont en constante hausse. De 15,9 millions d’euros en 2016 à 33,1 millions en 2017 pour finalement atteindre 39,6 millions l’année dernière. Initialement vu comme une formidable opportunité par le secteur, il s’avère qu’il provoque une inflation artificielle de la valorisation des jeunes pousses belges.

Les start-ups ont besoin de véritable capital-risque, pas de sponsors.

L’entrepreneur à la tête d’une start-up sait désormais pertinemment que l’investisseur particulier peut déduire jusqu’à 45% de sa mise. Il va donc réclamer une valorisation bien plus élevée lors de l’investissement, flattant ainsi son ego. Une valorisation étant déjà irrationnelle par définition, le Tax shelter amplifie le phénomène et perturbe complètement le milieu.

L’écosystème belge est donc dorénavant composé de start-ups dont les valorisations dépassent l’entendement. Cela ne poserait peut-être pas de problèmes si ces start-ups n’allaient pas ensuite tenter une véritable levée de fonds auprès d’investisseurs professionnels ou institutionnels. Là, c’est généralement le drame. Une seconde levée se doit d’être à une valorisation supérieure afin de ne pas froisser les premiers investisseurs et la première valorisation n’ayant pas été un sujet, l’entrepreneur pense pouvoir réitérer cette expérience. C’est alors le temps de la désillusion, où les investisseurs professionnels découvrent rapidement la dichotomie entre la valorisation annoncée et la valeur réelle de l’entreprise. Déception également pour l’entrepreneur, qui avait fini par croire à la valorisation flatteuse de sa start-up.

Qu'est-ce que le Corporate Venturing? | LE QUOI?

Revenir à la sélection naturelle

Autre effet pervers de la chose, certains entrepreneurs se sont spécialisés dans les levées de fonds multiples et répétitives, oubliant que leur rôle est avant tout de diriger une entreprise. Une start-up qui lève des petits montants tous les 6 mois, ce n’est en rien normal, mais cela pourrait devenir la norme.

L'Echo disrupt

L’Echo Disrupt met en avant les technologies qui bouleversent notre rapport au monde, les acteurs à la pointe de l’innovation et les entreprises qui changent les règles du jeu.

Lire nos articles.

Le Tax shelter a également ce défaut qu’il n’est en rien une validation d’un business basé sur des critères comme la rentabilité ou le potentiel. Il s’agit uniquement d’un investissement moins risqué que d’autres. Et c’est bien là le problème car les start-ups ont besoin de véritable capital-risque, pas de sponsors.

Les fervents défenseurs du Tax shelter clameront que cet incitant ne s’applique pas uniquement aux start-ups et peut aussi bénéficier à des business traditionnels qui n’arrivent pas à convaincre les banques, et ce malgré les taux historiquement bas. Considérant que les bons projets trouvent de facto du financement, les seules n’en trouvant pas ne méritent peut-être tout simplement pas de financement. Mais ceci est encore un autre débat.

Dans ce monde darwinien de l’entreprenariat, il est sain que les faibles meurent d’eux-mêmes sans qu’on les aide financièrement et encore moins avec l’argent public. Qu’il s’agisse du Tax shelter ou des subsides, ils empêchent un processus crucial: la sélection naturelle.

Lire également

Publicité
Publicité