chronique

WeWork, le rêve auquel plus personne ne croit

Paré de ses habits flamboyants de start-up, WeWork a dupé tout le monde. Maintenant que la réalité des chiffres l’a rattrapé, l’admiration a fait place à la défiance, jusque dans les arcanes de l’immobilier bruxellois.

Si les doutes entourant le modèle économique et la survalorisation de WeWork étaient déjà répandus, lors des préparatifs de son arrivée en Belgique la société américaine n’avait pas hésité à être entreprenante avec les médias locaux. Cette propension de WeWork à susciter la curiosité et l’excitation des médias a pris fin cette semaine avec l’annulation des rencontres et visites prévues dans le cadre du lancement officiel en Belgique. C’est la défiance qui a remplacé l’excitation. Du côté de l’entreprise américaine et ses représentants locaux, plus personne ne veut parler. Affronter les médias pendant la tempête ne semble pas une option. Le masque et les chiffres sont en train de tomber et la chute risque de faire mal.

Jusqu’en 2023, l’entreprise aura à assumer 18 milliards en engagements de baux.

Si au niveau mondial la situation est extrêmement tendue pour WeWork, la situation belge n’est pas forcément plus florissante. Bail amendé, contrats annulés ou corrigés, la soi-disant start-up tech n’est pas en odeur de sainteté au sein du secteur immobilier bruxellois. Les acteurs impliqués auraient même, selon nos informations, pris les devants en se protégeant de futurs problèmes via l’insertion de clauses de rupture dans leurs contrats.

Un bel emballage

Le climat belge n’est pas au beau fixe, mais il n’est qu’une conséquence des déboires de WeWork au niveau international. Malgré les tentatives de son investisseur principal, SoftBank, de redresser la barre en destituant le CEO et fondateur Adam Neumann pour le remplacer par un duo plus raisonné, la situation paraît compliquée à inverser. En 2018, alors que l’entreprise était en pleine croissance et avait la confiance des marchés, investisseurs et clients, elle a enregistré un chiffre d’affaires de 1,8 milliard de dollars, une somme insuffisante pour contrebalancer ses pertes de 1,9 milliard de dollars. Pour 2019, ce déficit devrait encore se creuser et pourrait entraîner des suppressions d’emplois massives pour tenter de réduire les coûts. Le premier semestre 2019 a déjà fait mal avec 900 millions de dollars de pertes, soit une augmentation de 25% par rapport à 2018.

Pourtant tout avait réussi à WeWork jusqu’ici, la société avait même réussi à se faire passer pour une start-up tech. Un coup de force marketing qui lui avait assuré un statut privilégié auprès des investisseurs et lui avait permis une expansion phénoménale en quelques années seulement. De la dénomination "start-up tech", il reste peut-être le cachet start-up puisque WeWork perd encore massivement de l’argent. Pour le côté tech, on repassera. WeWork est une entreprise immobilière de location d’espace de bureaux qui se rémunère sur des loyers de courte durée. Point. Un retour à la réalité difficile à accepter pour ses dirigeants mais qui rappelle que même lorsque l’on a atteint le statut de licorne, on ne peut pas se cacher très longtemps derrière un modèle économique bancal.

Une bulle à la dérive

Jusqu’en 2023, l’entreprise aura à assumer 18 milliards en engagements de baux. Un montant colossal qui donne des sueurs froides à SoftBank, aussi solides soient ses reins. L’investisseur historique est maintenant officiellement aux commandes d’une entreprise en plein doute. Après le loupé de l’introduction en Bourse et la chute de la valorisation, la stratégie de l’investisseur et des deux nouveaux CEO est de consolider les acquis. Problème: les seuls acquis de WeWork sont ses clients et leurs baux flexibles de courte durée. Si WeWork n’est pas une start-up tech, elle n’est même plus ce rêve qui a emballé les investisseurs et le secteur. Elle ressemble, par contre, de plus en plus à une bulle prête à exploser.

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