analyse

Le MR clarifie la donne, sans prendre trop de risques

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Il était temps que le Mouvement réformateur tranche. Ses dix-neuf têtes de liste ont enfin été dévoilées, ce lundi. Sans réelle surprise. Si ce n’est à la tête du parti, qu’Olivier Chastel remet entre les mains de Charles Michel. Compatible avec sa charge de Premier? Assurément, argumente l’intéressé.

Cela commençait à grenouiller, au MR, où certains se mettaient à trouver le temps long. Car il est difficile de commencer la campagne sans savoir qui se présente où. Eh bien, les choses se sont décantées, ce week-end, au parti libéral. Qui présentait, ce lundi matin, ses têtes d’affiche pour le triple scrutin du 26 mai prochain. Et se payait même le luxe de s’offrir un nouveau président. Enfin, nouveau, pas exactement.

1. Pourquoi Olivier Chastel quitte la présidence du MR? 

"Je refuse l’hypocrisie consistant à agir comme si un triple scrutin ne s’annonçait pas en mai. Et il est aussi de ma responsabilité de défendre ce qui a été réalisé et de porter un projet pour l’avenir."
Charles Michel
Président du MR

C’est la petite touche d’inattendu qui vient pimenter l’annonce libérale. Fin 2018, le MR prolongeait le mandat d’Olivier Chastel, qui s’achevait officiellement le 12 décembre – or on ne se lance pas dans un scrutin interne à quelques mois d’une élection capitale, surtout lorsqu’on est embarqué dans un exécutif fédéral qui tangue généreusement. Si rien n’était gravé dans le marbre, l’idée était de renouveler la présidence une fois le triple scrutin de 2019 passé et digéré. Sauf que non. Olivier Chastel se retire, et passe le flambeau à Charles Michel, pourtant déjà à la tête de l’exécutif fédéral – fût-il minoritaire et en bout de course. Poussé vers la sortie, le président? Du tout, assure-t-il. "Cette décision est le fruit d’un cheminement personnel." 

Ce n’est pas un secret: le Carolorégien lorgne depuis un certain temps la tête de liste à l’Europe. "Comme mon intention est de siéger au parlement européen, je n’exercerai plus aucune fonction aux échelons fédéral et régional." Les deux hommes se sont concertés ce week-end. "Je pense que Charles Michel est la personne qu’il faut pour mener le combat." Les derniers sondages, plutôt mitigés, y sont-ils pour quelque chose? "Cette réflexion est bien plus ancienne. Je savais depuis le départ que si je visais l’Europe, je finirais, au bout du chemin, par tenir ce raisonnement. Eh bien, le bout du chemin, c’était dimanche."

2.Premier ministre et président de parti, une bonne idée?

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Si Olivier Chastel va à présent se consacrer à sa campagne, Charles Michel n’avait-il pas suffisamment à faire, en tant que Premier ministre? Au MR, on relativise un brin la charge: n’allons pas oublier que les affaires courantes ont pris le dessus et que dans peu de temps – enfin, quelques semaines encore –, Chambre et Sénat seront dissous. 

Et puis, qu’il le veuille ou non, c’est de toute façon Charles Michel qui incarnera le bilan fédéral et le message du MR. Alors autant qu’il endosse le costume du président. Cela aura au moins le mérite de la clarté. "Je reste totalement mobilisé dans l’intérêt de notre pays, assure le Premier. Mais je refuse l’hypocrisie consistant à agir comme si un triple scrutin ne s’annonçait pas en mai. Et il est aussi de ma responsabilité de défendre ce qui a été réalisé et de porter un projet pour l’avenir." Charles Michel, président de parti et candidat à la Chambre: c’est le choix de la clarté, défendent les libéraux. Et la meilleure configuration possible.

3. Qu’en disent les statuts du Mouvement réformateur?

Ce passage de flambeau de Chastel à Michel s’est-il fait dans les règles, se sont déjà demandé les plus facétieux. Que disent les statuts du MR? Qu’en cas de vacance à la présidence, quelle qu’en soit la cause, l’intérim est assuré par le bureau du parti. Pas vraiment ce qui s’est joué à la tête du parti. 

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Au MR, on sourit. Et les juristes de la bande ont déjà concocté une explication, faite de jurisprudence et d’interprétation. Mais qu’importe, au final. Parce que même si cette décision n’a pas vraiment fait l’objet d’une large concertation, reconnaît-on avenue de la Toison d’Or, elle a été validée à l’unanimité par le conseil du parti.

 4. Un casting sans réelle surprise, ni prise de risque

Sans doute plus fondamental pour les bleus, les dix-neuf têtes de liste ont été attribuées, ainsi que trois secondes places – histoire de ne laisser aucun ministre ou chef de groupe sur le carreau. Aux chefs de file, à présent, de compléter leur liste.À vrai dire, le casting libéral surprend peu. Après avoir hésité avec Bruxelles – où il serait venu piétiner les plates-bandes de Didier Reynders – et l’Europe – barrant ainsi le rêve d’Olivier Chastel –, Charles Michel partira à l’assaut de la Chambre depuis son fief de toujours, le Brabant wallon. 

Pointons juste le retour de Jacqueline Galant, tirant la liste régionale à Mons. Et l’absence, pour l’heure, du bouillant Georges-Louis Bouchez, qui héritera peut-être d’une troisième place. 

5. Où sont les femmes? Et les jeunes?

Quatre femmes sur dix-neuf parmi les têtes de liste. Et nulle trace de "petit ou petite jeune qui monte". Le MR aurait-il loupé le poste du renouvellement et de la féminisation de ses cadres? C’est sûr, les statistiques ne sont pas brillantes, reconnaît-on en coulisse chez les libéraux – où l’on parvient toutefois à glisser que le grand patron, Charles Michel, n’est pas bien âgé non plus. 

De là à parler de nouvelle génération."C’est toute la difficulté, surtout pour le MR, glisse ce réformateur. Plus on a de ministres sortants, plus il est difficile de tout changer." Parce qu’il faut bien caser tout ce petit monde.

3 questions à Pierre Vercauteren, politologue à l’UCLouvain (Mons)

1/ Un Premier ministre président de parti, cela vous surprend?
En Belgique, la tradition politique est celle-là: le Premier ministre assume le "leadership" au sein de son parti et en est la figure de proue. Même si un président est généralement nommé pour assurer la gestion. Ce n’est donc, en soi, pas tellement surprenant.

2/ Et ce changement à la tête du parti à la veille des élections?
C’est sans doute moins courant; d’habitude, c’est plutôt après. Mais pourquoi pas? Si cela permet au parti de se mettre en ordre de bataille. Et puis, cela constitue un acte de clarification. Le Premier ministre assumera son bilan. Et le message est clair: à l’occasion du round de négociations qui suivra les élections, Charles Michel sera à l’avant-plan.

 3/ Du côté des têtes de listes, on observe par contre peu de surprises. C’était prévisible?
Il ne faut pas oublier que le MR a déployé pas mal de personnel. Au Fédéral, où il est le seul parti francophone. Et en Wallonie. Cela complique la donne en termes de renouvellement des cadres. Et puis, le 26 mai prochain, s’annonce la mère de toutes les batailles.

Les partis ont donc tendance à miser sur des valeurs sûres. Surtout que les élections provinciales ont débouché sur une sorte de balkanisation de l’électorat, une répartition plus forte entre partis. En mai, chaque voix comptera; rien n’est acquis d’avance. Aucun parti ne peut donc se permettre de se lancer dans un pari risqué.

 

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