Ce que la mélodie médiatique nous dit des partis politiques

Auxipress souligne un désintérêt relatif des médias à l’égard des campagnes et programmes des partis traditionnels. ©Photo News

Alors que le MR a la pire réputation au sud du pays et que le cdH risque de payer les épisodes Joëlle Milquet et Dimitri Fourny, l’Open Vld pourrait surprendre par rapport aux sondages.

"La campagne électorale a été lancée très tard, ce qui devrait avantager les grands partis", résume Auxipress. En partenariat avec le cercle d’affaires B19, l’entreprise familiale de monitoring et analyse des médias et de big data a passé au crible l’actualité des neufs derniers mois (13.000 variables pour 1.800 personnalités politiques). Objectif? Déterminer qui tient la corde à la veille du grand concert électoral du 26 mai. En résulte une douce mélodie pour certains, voire une cinglante clameur pour d’autres.

Des stars pour briller

Pour ce qui est des divas, c’est au MR qu’on tient la palme des personnalités les plus médiatisées côté francophone, "de par leur présence aux gouvernements notamment", explique Grégory Piet, business development manager chez Auxipress et docteur en sciences politiques.

Ecolo ne sort que rarement de sa zone de confort pour parler d’autres sujets.
Grégory Piet
Business development manager chez Auxipress

Même son de cloche au cdH, à la différence près que les rebondissements autour du retrait de Dimitri Fourny et de la défection de Joëlle Milquet, "jouent sur le principal axe de capitalisation du parti. Leur force, c’était leurs personnalités. Si vous les retirez, ils partent avec un désavantage important", ce qui pourrait jouer sur leur score.

Pour autant, les libéraux doivent pour leur part composer avec une réalité bien à eux: la réputation de la formation est en chute libre depuis un an, signe que l’usure du pouvoir n’a rien d’une idyllique sérénade. Côté flamand, par contre, Bart De Wever truste à lui seul le haut de l’affiche – il est deux fois plus médiatisé que Theo Francken – et place donc les nationalistes en tête.

Lauréats et puis s’en va

Côté couverture des partis, d’après Auxipress, Ecolo aura bénéficié d’un clair piédestal de la part des médias francophones. "Avec DéFI et le PS – vers qui le choix de l’électeur devrait principalement se tourner , ils font partie des formations politiques avec la meilleure réputation", indique l’analyste.

Si un sujet émerge, le parti se positionne, puis quand il est éclipsé, DéFI passe alors à autre chose.
Grégory Piet
Business development manager chez Auxipress

Une donne qui pourrait changer suite à l’affaire du tract électoral de Laeken, nous glisse-t-on. "Cela a le potentiel de leur faire extrêmement mal, car la réputation est l’axe sur lequel le parti a jusqu’ici le plus capitalisé." Au nord, c’est par contre l’Open Vld qui a le vent en poupe dans les médias, "ce qui pourrait renforcer le parti au-delà des sondages". De son côté, le parti le plus mis à mal est le sp.a.

©Mediafin

Dissonances et solos

Concernant l’originalité des idées, les verts "sont très mainstream quant aux thématiques sur lesquelles on les entend. Ils ne sortent que rarement de leur zone de confort pour parler d’autres sujets", analyse Grégory Piet.

Aujourd’hui, ce sont plutôt les mouvements citoyens qui font l’agenda.
Grégory Piet
Business development manager chez Auxipress

Pour aller chercher un parti de rupture, c’est vers le PTB qu’il faut se pencher – le PP et la Liste Destexhe n’ont pas été analysés. "Et c’est bien là son seul point fort. Côté personnification par exemple, à part Raoul Hedebouw, les grands noms font défaut".

Chez DéFI, la campagne aura été en dents de scie jusqu’ici, nous dit-on, avec des envolées lyriques opportunistes, en fonction des thèmes qui se sont présentés en cours de route. "Ils sont dans l’événementiel. Si un sujet émerge, le parti se positionne, puis quand il est éclipsé, DéFI passe alors à autre chose."

Douce voix associative

Plus globalement, Auxipress souligne un désintérêt relatif des médias à l’égard des campagnes et programmes des partis traditionnels. À tort ou à raison, il en résulte une couverture "tournée vers d’autres cibles". "Aujourd’hui, ce sont plutôt les mouvements citoyens qui font l’agenda, comme dans le cas de groupements citoyens ou de scientifiques qui se prononcent sur la question climatique. Dans les chiffres, on observe qu’ils obtiennent 2 à 3 fois plus de visibilité qu’un parti comme Ecolo ou DéFI. Cela change complètement la donne."

La campagne électorale a été lancée très tard, ce qui devrait avantager les grands partis.
Grégory Piet
Business development manager chez Auxipress

Harmonie nord-sud

Enfin, vient la question de deux démocraties dans le pays. "Grosso modo, l’on constate que les mêmes thématiques sont portées par les partis frères au nord et au sud dans les médias. Ce qui change par contre, c’est le poids qu’on donne à telle ou telle thématique. Par exemple, si l’enjeu environnemental est fort au sud, l’immigration est, elle, plus forte au nord, tout comme la sécurité."

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