interview

"Dans un programme, on sait tous qu'il y a une part de marketing"

Philippe Donnay, patron du Bureau du Plan ©Thierry du Bois

Pour Philippe Donnay, commissaire du Bureau du Plan, cette première évaluation des programmes politiques a permis de dévoiler les grands choix de société proposés par les partis. C’est aussi une sorte de libération pour les analystes du Bureau du Plan. Après 115 jours de calculs et de prévisions, ils peuvent enfin sortir la tête des programmes des partis et de leur chiffrage.

Les partis avaient annoncé déposer des mesures avant de se rétracter, notamment l’Open VLD et le chiffrage de la suppression des allocations de chômage. Pourquoi?
A l’heure de proposer les mesures, les partis viennent avec leurs priorités. Ils sont évalués, leur cohérence est mise en avant, leur faiblesse aussi. Dans un programme, on sait tous qu’il y a une part de marketing. Or ici c’est chiffres à l’appui. Il faut se montrer cohérent. C’est comme dans la formation d’un gouvernement quelque part. Chacun vient avec ses priorités, la seule différence est qu’il n’y a pas de débat.

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Vous n’avez pas validé le chiffrage de la fraude fiscale, et vous avez préféré retenir les chiffres avancés par les partis. Pourquoi?
Dans nos modèles, la fraude fiscale est toujours égale à zéro car on considère que l’État est efficace. La fraude fiscale est toujours très complexe à évaluer. Nous avons décidé de conserver les chiffres avancés par les partis.

"Aucun parti n’a respecté la trajectoire budgétaire ni le retour à l’équilibre"

N’y a-t-il pas un risque de dérive?
C’est pour prévenir ce risque que les partis ne l’ont su que très tard. Pour éviter la soupe à la lutte contre la fraude.

Vous savez, la lutte contre la fraude fiscale, ce n’est pas une manne d’argent qui tombe du ciel. Cela a des conséquences sur l’économie, sur l’emploi, sur les entreprises. Et c’est dès lors très complexe à évaluer.

Vous avez dit qu’il était impossible de calculer l’impôt sur la fortune...
Pour être en mesure de le calculer, il faudrait un cadastre des patrimoines. Or en Belgique, nous n’en avons pas. Il est impossible de faire le calcul sans connaître la répartition claire de la fortune des Belges. Ensuite nous n’avons pas de modèle prévu pour ce calcul. L’impôt sur la fortune est quelque chose de très dynamique, qui a des conséquences sur la société, l’emploi.

Cela est donc possible?
Techniquement oui, mais il faut développer un modèle. Et ça, nous ne l’avons pas pour le moment. Cela demande des moyens, et les nôtres ne sont pas illimités.

Les mesures partaient tous azimuts. Pourquoi ne pas demander plus de cohérence dans les mesures proposées?
Nous ne voulons pas imposer de carcan aux partis. Justement, avec la liberté qui leur était laissée, ils ont dû poser des choix politiques, montrer ce qu’ils voulaient mettre en avant pour l’avenir des sociétés.

En regardant les résultats, on observe des tendances dans le futur de la société: l’axe gauche/droite, le retour des grandes familles politiques comme le cdH et le CD&V, à l’exception peut-être du MR et de l’Open VLD.

On entend trop souvent "Oui mais ils proposent toujours la même chose". Ici, les partis ont montré que non, notamment sur la distribution des revenus.

N’est-ce pas un peu trop facile de faire l’impasse sur les dépenses dans les propositions soumises, ce qui a notamment été reproché au PS?
Aucun parti n’a respecté la trajectoire budgétaire ni le retour à l’équilibre. C’est quelque chose qui devra être amélioré pour le prochain exercice. C’est assez curieux d’ailleurs de voir que les partis qui insistent sur la nécessité d’un retour à l’équilibre ne l’ont pas prévu dans les mesures.

Comment vous l’expliquez?
Chiffrer à l’équilibre aurait montré des résultats tout à fait autres. Avec beaucoup plus de négatif, notamment pour le taux d’emploi.

Cela fera partie du prochain exercice?
On en discutera, en tout cas. Cela fait partie des choses à améliorer. Quand on regarde, aucun parti ne finance son programme en tant que tel. Et puis il y a d’autres objectifs à respecter, comme le taux d’emploi ou les taux de carbone.

Qui a fait mieux? Di Rupo ou Michel?

Le gouvernement Michel a-t-il fait mieux que le gouvernement Di Rupo? A un mois des élections, L'Echo vous propose de comparer vous-même l’impact du gouvernement sortant sur base de cinq indicateurs.

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