interview

"Il faut miser sur la semaine de quatre jours" (Carlo Di Antonio, cdH)

©Anthony Dehez

Entrepreneur avant de plonger dans le bain politique et de devenir ministre au sein du gouvernement wallon MR-cdH, l’humaniste Carlo Di Antonio veut simplifier la vie des entrepreneurs. Comment? En misant notamment sur la semaine de quatre jours pour soulager la mobilité.

Avant d’être un homme politique, vous avez été un entrepreneur. Vous l’êtes toujours à distance. Est-ce difficile d’entreprendre en Wallonie?

Cela reste toujours difficile. Il faut bien admettre qu’en termes de facilités au niveau de l’administration, cela reste très compliqué. On n’avance pas assez vite sur la dématérialisation d’une série de démarches. Quand on est entrepreneur, on aimerait bien ne pas devoir répondre plusieurs fois aux mêmes questions. C’est pourtant encore le cas dans le parcours de l’entrepreneur au sein de l’administration. Et c’est même un véritable frein lors de certains appels à projets dans des marchés publics. On essaye par exemple de négocier une meilleure place des agriculteurs dans les marchés publics des écoles pour l’alimentation des cantines scolaires, mais la lourdeur administrative rend le processus compliqué. Même en urbanisme, où les délais sont passés sous les 100 jours, il faudrait dématérialiser les démarches.

Les phrases clés

"L’entrepreneur doit consacrer son temps à développer son activité plutôt qu’àremplir des papiers pour l’administration."

"Dans les métiers en pénurie, on doit pousser les demandeurs d’emploi même si ces derniers n’aiment pas trop ce métier."

"La journée type passerait à 9h30 pour faire ses 38 heures par semaine réparties sur quatre jours."

Que faut-il?

Il faut avoir une carte d’identité par entreprise au sein de l’administration. Que la demande vienne de l’administration pour un contrôle ou pour une demande d’aides ou pour répondre à un appel de projet, il faut améliorer la communication des informations. La Wallonie avance, notamment via la création d’un guichet unique et la dématérialisation de certaines procédures, mais on est loin d’y être. L’entreprise ne le voit pas. On a besoin d’un dossier informatique qui suive l’entreprise. L’entrepreneur doit consacrer son temps à développer son activité plutôt qu’à remplir des papiers pour l’administration.

"Je m’interroge sur la manière dont on oriente les demandeurs d’emploi lorsqu’ils se présentent au Forem."

On est en pleine campagne. Quelle est votre mesure phare pour booster l’entrepreneuriat?

Il faut redonner plus de confiance aux entreprises lorsqu’il s’agit d’engager du personnel qui doit encore être formé. On est aujourd’hui dans une situation où une série de secteurs ne trouvent pas de main-d’œuvre pour développer les activités et refusent certains marchés. On doit pouvoir faire confiance aux entreprises en boostant les formations dans les entreprises. Redonner confiance aux entreprises, c’est être capable de leur dire qu’ils doivent former les jeunes. C’est aussi une façon de répondre à la pénurie dans certains secteurs.

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Mais comment accompagner cette mesure?

L’enseignement en alternance doit aller plus vite vers l’entreprise. Je pense aussi que dans les métiers en pénurie, on doit pousser les demandeurs d’emploi même si ces derniers n’aiment pas trop ce métier. Il faut arrêter avec cette forme de paternalisme excessif. Les métiers en pénurie, c’est suffisamment large pour y trouver son bonheur. On ne peut pas pousser les gens dans une fonction mais le choix est large. Quand j’entends le plus haut responsable du Forem dire qu’on ne peut pas forcer les gens, je m’interroge sur la manière dont on oriente les demandeurs d’emploi lorsqu’ils se présentent dans les cellules du Forem. Si tout le monde a cette mentalité au Forem, il ne faut pas s’étonner que les employeurs continuent à avoir du mal à trouver de la main-d’œuvre.

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Un autre enjeu souvent pointé par les entreprises, c’est la mobilité...

Dans le défi des entreprises, il y a la simplification administrative, l’accès à la main-d’œuvre et la mobilité. Si on n’avance pas plus vite, on va avoir un gros souci sur le territoire et impacter le maintien de certains centres de décisions d’entreprises. J’ai de grosses craintes pour Bruxelles.

La Wallonie pousse le transfert modal. C’est néanmoins un processus assez lent. Y a-t-il d’autres alternatives?

La première mesure qui pourrait avoir un impact rapide et qui ne nécessite pas de nouvelles infrastructures, c’est l’immobilité positive. Je pense qu’il faut pousser le travail de 4 jours par semaine. La journée type passerait à 9h30 pour faire ses 38 heures par semaine réparties sur quatre jours. Le cinquième jour, le travailleur serait en congé. Cela devrait plaire à énormément de monde et cela retire en même temps énormément de voitures des routes. Il faut parallèlement encourager le télé-travail. Il ne se développe pas assez. Dans une société idéale, si on pouvait faire 9h30 de travail sur quatre jours et un peu de télé-travail sur cette période de 4 jours, on en reviendrait à la situation de mobilité que l’on connaît lors des congés scolaires. En deux ans, on peut changer la mobilité. Acheter des bus, jouer sur l’infrastructure routière, c’est un travail long et coûteux. Jouer sur les comportements, c’est rapide et efficace mais cela doit s’accompagner d’incitants fiscaux.

Campagne

Les 10 priorités du cdH pour la Wallonie

  • En matière d’emploi et de lutte contre le chômage, le cdH veut notamment lutter contre les pièges à l’emploi, booster les formations dans les secteurs d’avenir et les pénuries.
  • Renforcer la recherche pour stimuler les secteurs d’avenir: il faut rejoindre la moyenne de dépenses par habitant des pays voisins.
  • Poursuivre la réforme de l’enseignement avec un accent particulier sur l’apprentissage des sciences et des compétences techniques indispensables pour les secteurs d’avenir.
  • La cohésion sociale en supprimant par exemple le statut de cohabitant.
  • Santé: créer une assurance autonomie solidaire pour permettre aux personnes âgées de rester chez elles.
  • Logementdiminuer les droits d’enregistrement et soutenir les ménages précarisés à accéder à un logement via une allocation-loyer.
  • Mobilité: soutenir le covoiturage structurant et organisé et booster l’offre de transports en commun.
  • Alimentation: encourager les circuits courts.
  • Biodiversité: Faire de la Wallonie une Région exemplaire en tant que territoire sans pesticides.

 

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