"Je ne suis pas le petit-déjeuner de Paul Magnette" (Peter Mertens, PTB)

©SISKA VANDECASTEELE

D'ici au jour J, L’Echo interroge les présidents des principaux partis. Épisode 1: city-trip à l’extrême gauche.

Quelle serait la première mesure que vous prendriez une fois au pouvoir?

Rétablir la pension légale à 65 ans et introduire une pension minimale de 1.500 euros net. Le sort des aînés est un élément essentiel pour juger d’une société. En Belgique, une femme retraitée sur trois vit avec moins de 750 euros de pension par mois. J’entends beaucoup de politiciens parler d’espérance de vie. Mais quand on regarde les chiffres d’un peu plus près et qu’on prend l’espérance de vie en bonne santé, on observe une différence de 20 ans entre les femmes non-diplômées et les universitaires. Cette question des pensions est extrêmement sensible.

Celle du financement des pensions également. Que propose le PTB pour faire face au coût du vieillissement?

Il est important de maintenir un équilibre pour le budget de la Sécu. Nous avons deux mesures. D’abord stopper cette course aux réductions de cotisations patronales qui ont causé une perte de 16 milliards à la Sécu. Toutes ces mesures ne sont pas négatives, attention, mais globalement, diminuer les cotisations sociales puis venir dire que les pensions sont devenues impayables, c’est insensé. Ensuite nous refinancerions la Sécu avec une partie du rendement de notre taxe sur les millionnaires, pour 2 milliards. L’effort en pensions lié au baby boom est temporaire. Aujourd’hui, 10,5% du PIB va aux pensions. En Autriche, c’est 15%. Dans les pays scandinaves, c’est entre 13 et 14%. Ces pays ne sont pas en faillite, me semble-t-il.

Vous comprenez les problèmes de compétitivité des entreprises?

C’est la logique néolibérale que nous contestons. On parle de gains de productivité et il y a un trou dans le budget. Où est allé tout cet argent? Bart De Wever a donné d’énormes cadeaux aux grands patrons. Nous remarquons que les dividendes ont ainsi augmenté de 20% alors que la croissance des salaires est bloquée à 1,1%. En cinq ans, il y a 2% de PIB en moins qui vont aux revenus du travail alors que les revenus du capital ont augmenté.

Le pouvoir d’achat a augmenté selon certaines études.

Le 'show me the money' de Bart De Wever, c’est de la grande foutaise. Le modèle N-VA est en faillite.

Nous rencontrons des gens qui disent qu’effectivement, leur revenu net a augmenté de quelques euros. Mais bon, si de l’autre côté il y a un tsunami de factures qui ont augmenté, comme la TVA sur l’électricité, le saut d’index, la taxe sur les sodas, etc. on donne d’un côté et on prend beaucoup plus de l’autre. Le "show me the money" de Bart De Wever, c’est de la grande foutaise. Pendant cinq ans, il a dit qu’il fallait économiser et il a augmenté les impôts indirects. Aujourd’hui, c’est la faillite du modèle N-VA. Il a dit qu’il mettait le séparatisme au frigo – nous, on dit qu’on doit le mettre à la poubelle – pour appliquer un modèle néolibéral allemand. Séparatisme, modèle allemand, il n’a fait ni l’un ni l’autre.

Vous prônez une révolution climatique, en quoi consiste ce concept?

Il y a un éléphant dans la pièce. Un truc énorme dont personne ne parle: les grands pollueurs. Tous les plans des gouvernements se penchent sur le comportement des familles mais pas sur eux. Exemple ici à Anvers, on a le deuxième pôle pétrochimique au monde après Houston au Texas. Certes leur cas est réglé au niveau européen avec un système qui permet d’acheter des droits de polluer. C’est aujourd’hui moins de 25 euros par tonne de CO2. Ceux qui peuvent payer peuvent polluer. Les gens normaux, les automobilistes par exemple, payent 200 euros par tonne si on compte les accises et autres taxes. Il faut arrêter ce système. Nous proposons des normes contraignantes pour les grands pollueurs. Nous sommes pour un transport public performant et gratuit et un système de tiers payant pour isoler les bâtiments.

Et contraindre le secteur privé à investir pour 5 milliards d’euros?

C’est le sens de notre norme contraignante. Nous sommes aussi pour le développement de la recherche publique pour aider à développer les technologies liées à l’hydrogène.

Et pour des nationalisations?

Nous voulons des entreprises publiques de l’énergie.

Oui. On veut nationaliser les banques, maintenir Belfius dans le giron public et créer une nouvelle banque publique, comme en Allemagne, qui peut investir 10 milliards par an dans l’économie. Dans les années 90, on a libéralisé le secteur de l’énergie en disant que ce serait mieux pour tout le monde. C’est un échec. La facture a augmenté de 60% et 250 fusions plus tard, on reste en Europe avec 7 quasi-monopoles de l’énergie. Nous voulons des entreprises publiques de l’énergie.

Dans votre programme, vous proposez la diminution de la dotation publique aux partis. Pourquoi?

C’est devenu un système parasitaire. La N-VA reçoit 13 millions d’euros et avoue qu’elle ne sait pas quoi en faire. Maintenant elle va spéculer avec cet argent public. Le PS fait la même chose. C’est décadent. La N-VA comme les autres partis libéraux disent que l’État doit se concentrer sur ses tâches essentielles, qu’il faut faire maigrir l’État. Sauf pour les partis politiques. Il faut revoir ces privilèges. Les partis prennent l’État pour un self-service. Il faut des dotations sérieuses, qui sont correctes pour chaque parti, pas le plus pour les grands, etc.

Élections 2019

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Vous avez défendu votre dotation en justice, vous y tenez donc…

Évidemment, autrement on n’avait plus rien. On n’est pas cons quand même, on est des marxistes malins. La course est tellement inégale. Mais nous voulons que ce système change aussi pour nous-même.

À partir de quand est-on riche pour le PTB?

On doit contraindre le secteur privé à investir 5 milliards par an pour le climat.

À partir d’un patrimoine d’un million d’euros, hors maison d’habitation jusque 500.000 euros et actifs professionnels jusque 500.000 euros. À la différence des écologistes et des sociaux-démocrates, on parle de la taxe des millionnaires. De 1%.

Quelqu’un qui n’a pas de patrimoine mais qui gagne 5.000 euros net par mois doit-il s’inquiéter avec le PTB?

Non pas du tout. Par contre dans la fonction publique, nous voulons que les responsables ne puissent plus gagner 300.000 euros ou plus. Avec l’argent public, il faut être raisonnable. Si vous voulez devenir riche, vous pouvez spéculer dans le privé mais vous ne deviendrez pas politique ou fonctionnaire.

Quels sont vos partenaires politiques privilégiés?

Nous voulons être la locomotive de la gauche. Nous faisons de la médecine gratuite de première ligne depuis plus de 40 ans. On s’est moqué de nous, je vois que les socialistes sont en train de nous copier. Il y a deux ans on a lancé l’idée d’une pension minimum à 1.500 euros, voici qu’on nous copie encore. Nous sommes le brise-glace de la gauche. Si une idée est gelée par deux décennies de néolibéralisme, le PTB arrive pour briser la glace. Les autres passent ensuite derrière nous.

Les socialistes estiment que vous ne voulez pas de la responsabilité du pouvoir. La FGTB wallonne a pourtant réclamé une alliance de gauche avec PTB, PS et Ecolo.

Le système des dotations aux partis est un système parasitaire. C’est un self-service d’argent public.

Les sociaux-démocrates disent surtout qu’ils ne veulent pas partager pouvoir. Ils veulent faire avec nous ce qu’ils ont fait avec Ecolo dans les années 90. On est pour cette alliance de gauche mais avec des points de rupture, pas avec le modèle Magnette. C’est un modèle qui veut que les sociaux-démocrates contrôlent tout le cockpit et laisse, à Ecolo par exemple, la liberté d’ouvrir ou fermer la fenêtre. Ils nous ont proposé cela à Charleroi ou à La Louvière. On ne veut pas de cette arrogance qui dure depuis 50 ans, nous ne sommes pas comme les autres. Nous ne voulons pas entrer dans le cockpit du PS pour privatiser davantage et rester dans le carcan européen du pacte de stabilité. Je ne suis pas le petit-déjeuner de Magnette.

Le PTB est-il toujours révolutionnaire? Vous entrez plus que jamais dans le système démocratique.

On ne veut surtout pas de la troisième voie qui est la capitulation totale de la socialdémocratie. On veut renforcer les syndicats, la fonction publique, on veut un nouveau shift vers la gauche. Il faut révolutionner les idées, le système démocratique. On veut une rupture avec le système néolibéral, les traités européens d’austérité.

C’est du réformisme révolutionnaire?

Il faut des réformes sérieuses de toute urgence, c’est clair.

Vous n’avez pas peur de perdre vos électeurs à force de ne pas monter au pouvoir?

Nos électeurs veulent faire remonter les valeurs de gauche, dans la parole et dans les actes. Le PTB propose une vision de société avec des propositions concrètes. À droite, Bart de Wever fait la même chose. Il fait des réformes de droite, mais il a aussi une vision de la société qui est corporatiste et élitiste. Au plus bas on se trouve dans la pyramide de la N-VA, au plus on doit se taire. De Wever n’est pas seulement dangereux parce qu’il augmente l’âge de la pension, il l’est aussi parce que sa vision est élitiste. Nous devons y répondre par une vision solidaire de la société.

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