analyse

Le cdH prêt à monter au fédéral?

Le cdH de Maxime Prévot semble ouvert à l’idée d’intégrer la suédoise, si celle-ci venait à être reconduite. ©Photo News

Les humanistes ne formulent aucune exclusive, mais travailler avec la N-VA n’est certainement pas leur premier choix.

Quelle chance la coalition dite "suédoise", formée par le quatuor N-VA, CD&V, Open Vld et MR, a-t-elle de survivre aux élections du 26 mai? Bien malin qui, à moins de deux semaines du scrutin, répondra à cette question.

On peut toutefois fixer quelques conditions nécessaires à la reconduction de cette alliance de centre-droit dirigée par un Charles Michel bien décidé à rester Premier ministre. "Si c’est possible dans le cadre d’un accord de gouvernement fort, sans dispute communautaire, avec l’ambition de créer plus d’emplois car je suis convaincu que c’est la clé pour le défi climatique, la cohésion sociale, le financement de la protection sociale avec une équipe forte", répondait-il dimanche à la question de savoir s’il était disposé à rempiler au 16. Isolé côté francophone, le libéral doit toutefois bien constater que sa majorité est en net recul dans les sondages les plus récents. Une suédoise bis, éventuellement renforcée par le cdH? On est encore loin du compte, mais qui sait?

La N-VA "contournable"?

Première évidence, la composition du prochain gouvernement est déjà tributaire des résultats que fera la N-VA, poids lourd de la coalition sortante avec 31 députés. L’enjeu occupe les esprits dans tous les états-majors: les nationalistes qui ont fait chuter le gouvernement Michel seront-ils "contournables"? Une des meilleures chances de rempiler au Fédéral dans un attelage de droite sera en effet pour la N-VA de rester le pilier du prochain gouvernement flamand.

"Ce fut très difficile d’être le seul parti francophone au gouvernement. Cela a créé un sentiment de ‘seul contre tous’."
Didier Reynders
vice-premier ministre (MR)

Rappelons que Bart De Wever s’est déclaré candidat ministre-président. Incontournable, la N-VA le sera si son poids en députés est indispensable au bon fonctionnement du Parlement régional sans le Vlaams Belang. Grosso modo si elle reste à 30% des votes ou légèrement en dessous, compte tenu de l’éclatement de l’électorat flamand par l’émergence du PVDA et la montée du Belang.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Comment va se dérouler le duel PS / N-VA? Les écologistes vont-ils intégrer le gouvernement bruxellois? Les europhobes feront-ils une poussée au Parlement européen? Notre dossier >

Si elle se maintient à un niveau suffisant, la N-VA sera en position de force. Elle pourrait faire le choix de travailler une législature de plus avec le CD&V, avec qui les nationalistes entretiennent pourtant des relations exécrables depuis le scrutin communal à Anvers. Il ne faut pas exclure que la N-VA se tourne vers d’autres partenaires comme elle l’a fait dans la ville portuaire où le bourgmestre, Bart De Wever encore lui, fut contraint de travailler avec un de ses plus farouches adversaires, le sp.a. Cette option est est à ne pas négliger en Flandre où l’on a l’habitude de dire que les coalitions anversoises déterminent les autres. Il est théoriquement possible que les trois partis flamands de la suédoise soient tous dans la prochaine majorité régionale et souhaitent malgré tout s’emparer ensemble du Graal fédéral, mais c’est peu probable.

L'isolement du MR

Restons donc sur notre hypothèse de départ, prenons acte d’une coalition flamande reconduite et imaginons N-VA, CD&V et Open Vld réconciliés frappant à la porte fédérale. S’il est isolé par exemple par une nouvelle cure d’opposition dans les Régions, le MR sera tenté de repartir pour un tour avec eux. Mais a priori plus tout seul. "Ce fut très difficile d’être le seul parti francophone au gouvernement, ça a créé une impression de 'seuls contre tous'", a admis le vice-Premier ministre MR sortant Didier Reynders la semaine dernière. À vrai dire, ce ne fut pas qu’une impression.

Voici près de cinq ans que les libéraux francophones se prennent au visage une opposition pléthorique, des verts au PTB en passant par le PS, le cdH et DéFI. Ce qui est vrai à la Chambre l’est également sur le terrain de la campagne électorale, les candidats l’ont déploré avant les élections communales et dans les médias. L’isolement, ça use, jusque dans le cœur des électeurs. En outre, le recul électoral général de la coalition sortante pourrait lui coûter sa majorité en sièges.

Le cdH prêt à monter?

Qui pour monter, côté francophone, afin d’éventuellement compenser ces pertes? Les regards se tourneront comme en 2014 vers le cdH, parti frère du CD&V avec qui Maxime Prévot, le président humaniste, vient justement de réaffirmer les liens. Ça tient la route, d’autant que depuis 2017, MR et cdH gouvernent la Wallonie. Mais il faut se garder d’aller trop vite en besogne. Le cdH aborde l’élection en grande difficulté et pourrait se trouver un peu faible pour prendre un tel chemin.

Elections | Comparez les programmes

L'Echo a épluché et comparé pour vous le programme des huit principaux partis francophones pour que vous n'ayez pas à le faire. Voici l'essentiel, en 100 questions.

La perspective de gouverner avec la N-VA, même si le nouveau président est moins fermé à cet égard que son prédécesseur Benoît Lutgen, n’enchante nullement. "Cette question d’une participation à un gouvernement fédéral avec la N-VA devra faire l’objet d’un débat en interne", confie un humaniste qui voit déjà un groupe prôner "une cure d’opposition partout afin de se reconstruire", à l’occasion de ce débat interne.

Opposition ou appoint de telle ou telle majorité, toutes les options sont ouvertes au cdH.

Lire également

Publicité
Publicité