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Le doute s'insinue dans le bilan économique de Michel

©BELGA

Une étude de l’UCLouvain chiffre à 27.500 les emplois salariés créés directement par les mesures gouvernementales dans le privé. Loin du bilan jusqu’ici affiché.

Qui a fait mieux? Di Rupo ou Michel?

Le gouvernement Michel a-t-il fait mieux que le gouvernement Di Rupo? A un mois des élections, L'Echo vous propose de comparer vous-même l’impact du gouvernement sortant sur base de cinq indicateurs.

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À première vue, en pleine campagne électorale et alors que le gouvernement Michel défend son bilan sous la bannière "jobs, jobs, jobs", cela ressemble à un pavé dans la mare. De quoi s’agit-il? D’une étude publiée par l’Institut de recherches économiques et sociales (Ires) de l’UCLouvain et relayée ce jeudi par Le Soir. Étude qui relativise solidement les performances de la coalition sortante sur le terrain de la création d’emplois.

1/ Que dit l’étude de l’Ires?

Dans le viseur, les 229.800 emplois créés, en net, de 2015 à 2018 – parmi lesquels 157.700 postes salariés dans le secteur privé. Qu’a fait l’Ires? Décomposer les principaux déterminants ayant mené à cette dynamique. Et c’est ce qui fait mal, puisque selon l’UCLouvain, 50,7% des emplois ayant vu le jour "résultent de la croissance du PIB réel durant cette période" – autrement dit, sont le fruit de la conjoncture économique.

59.000
Sur les 229.800 emplois créés entre 2015 et 2018, seuls quelque 59.000 (dont 27.500 postes salariés dans le privé) seraient dus à l’action fédérale.

Ce n’est pas tout: 42% proviennent de "facteurs qui ne sont pas propres à la période concernée". "Une partie significative des emplois additionnels peuvent être attribués à la dynamique positive de l’emploi observée dans les années antérieures à 2015", explique Muriel Dejemeppe, professeure d’économie à l’UCLouvain. La bonne nouvelle, là-dedans, c’est que ce facteur d’inertie joue dans les deux sens: une part des postes créés durant la prochaine législature seront dus à la dynamique insufflée durant les années Michel.

Que reste-t-il, au final? Un bon 7% des emplois créés, que l’on peut attribuer à la baisse – de l’ordre de 0,9% – du coût réel du travail. Pas de quoi pavaner, à ce stade. Cela étant, souligne Muriel Dejemeppe, d’autres facteurs que le tax shift, le saut d’index ou la révision de la loi de 1996 ont influencé, durant la même période, le coût du travail. Et en leur absence, sans doute la décrue du coût du travail aurait-elle été plus forte, entraînant dans son sillage une meilleure performance sur le plan de l’emploi.

Aussi l’étude s’attache-t-elle à déterminer l’effet propre de la ligne de modération salariale fédérale. Foi du modèle statistique de l’Ires, l’action de Michel "aurait permis une création de 59.000 emplois supplémentaires sur la période 2015-2018". Dont 27.500 de postes salariés dans le secteur privé.

→ Les clés pour comprendre la campagne électorale, c'est par ici

 

2/ La FEB et la KUL ont-elles alors tout faux (et la BNB aussi)?

Oui, mais. Pas plus tard qu’en mars dernier, une livraison de la KUL estimait à 73.000 le nombre de postes d’employés dus aux mesures gouvernementales! Et que faire, encore, de cette étude menée par la Fédération des entreprises de Belgique en novembre 2017, pointant ce score à 149.700 unités? Comment justifier ces divergences de taille? Le principal facteur d’explication constitue en fait le point de départ de l’étude de l’Ires. La BCE et la BNB l’ont encore confirmé récemment: depuis 2013, la croissance économique est nettement plus intensive en emplois. C’est-à-dire qu’un même bond de PIB s’accompagne de davantage de création de postes.

Oui, le PIB détermine l’emploi, mais ce dernier peut très bien, en retour, "avoir un impact sur le PIB mesuré au même moment, à travers la dépendance entre emploi et consommation privée".

Une donne sur laquelle s’appuient la FEB et la KUL. Et que conteste l’Ires. Sans remettre en cause la corrélation observée, mais en démontant le mécanisme. Le raisonnement est le suivant: oui, le PIB détermine l’emploi, mais ce dernier peut très bien, en retour, "avoir un impact sur le PIB mesuré au même moment, à travers la dépendance entre emploi et consommation privée". C’est ce qui s’appelle le "problème de causalité inverse". Par ailleurs, en se focalisant sur ces seules deux variables, on omet toutes les autres – dont le coût du travail –, qui pourraient, dans le même temps, exercer une influence sur l’emploi. Après analyse, l’UCLouvain affirme que "les simples corrélations établies entre la croissance de l’emploi et celle de l’activité économique semblent bien illusoires", le renforcement de l’intensité en emploi de la croissance n’ayant eu, d’après l’étude, tout simplement pas lieu.

→ Pour lire ou relire l'ensemble des articles de notre série sur le bilan des gouvernements, rendez-vous ici.

3/ Que retenir de tout ceci?

À ceux ne sachant plus où donner de la tête, on rappellera qu’il n’est pas totalement décoiffant que des modèles différents livrent des résultats divergents. Serait-ce matière à polémique? La ministre du Budget, Sophie Wilmès (MR), a en tout cas réagi avec philosophie, estimant que les mesures fédérales avaient créé entre 60.000 et 150.000 emplois directs – pour aller au bout de la logique, sans doute aurait-il fallu descendre jusqu’à 30.000, mais ne mégotons pas.

"Ce que Di Rupo a réalisé a encore des répercussions et la politique de Michel se ressentira toujours durant la prochaine législature."

De son côté, l’économiste Étienne de Callataÿ souligne le mérite de ce modèle louvaniste, qui n’ignore pas l’effet retard. "Ce que Di Rupo a réalisé a encore des répercussions et la politique de Michel se ressentira toujours durant la prochaine législature. Alors ne jugeons pas Michel au reflet de seuls chiffres de 2015 à 2018. Face à ce retard temporel, faisons preuve de prudence et de modestie." Laisser du temps au temps? Sans doute plus simple sur la scène académique que dans l’arène politique.

Qui a fait mieux? Di Rupo ou Michel?

Le gouvernement Michel a-t-il fait mieux que le gouvernement Di Rupo? A un mois des élections, L'Echo vous propose de comparer vous-même l’impact du gouvernement sortant sur base de cinq indicateurs.

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