analyse

Les dessous du "meatgate" MR-Ecolo

Ecolo et Groen ont décliné mercredi leurs 25 propositions communes pour l'avenir du pays, tandis que le "meatgate" battait son plein. ©Photo News

C’est Michel De Maegd, ancien journaliste à RTL TVI et candidat MR, qui a piloté la réalisation de la vidéo accusant les verts de vouloir taxer la viande. Grotesque, le petit film ne véhicule qu’une fake news, dénonce Ecolo. Le MR persiste et signe accusant Ecolo sans ambiguïté malgré son démenti formel.

Attention. On n’est pas dans de la vidéo low-cost. On est dans l’outil de campagne, l’instrument d’une propagande calculée, simple et directe. La vidéo accusant les écologistes de vouloir taxer la viande a fait le tour de la toile. Entre autre parce que nulle part dans le programme Ecolo, il n’est mention d’une volonté de "taxer la viande". Les verts, fatigués, il faut le dire, des attaques libérales, ont donc crié à la fake news. La facture grotesque de l’œuvre a également été largement commentée. La coprésidente d’Ecolo, Zakia Khattabi, parlant "d’insulte à notre intelligence collective". Gênée, Sabine Laruelle, tête de liste à Namur pour le MR, et protagoniste du film, aurait, selon plusieurs sources libérales, souhaité faire retirer la vidéo. Sans succès.

Michel De Maegd. ©Photo News

Le MR a démenti cette information qui était relayée par la RTBF et annonce le maintien du film dont la validation par le parti semblait pourtant floue mercredi. Sabine Laruelle a fini par défendre publiquement le contenu de la vidéo. À bonnes sources, il est confirmé que c’est Michel De Maegd, ancien journaliste chez RTL TVI et aujourd’hui candidat pour le MR, qui est à l’origine de cette réalisation très ciblée. Il s’agit du premier opus d’une série qui, au départ, devait comprendre 27 capsules. Certaines ont déjà été tournées, entend-on au MR, qui gratifiera donc peut-être son public de nouveaux épisodes.

"Il n’y a pas que le programme qui définit la ligne politique d’un parti."
Georges-Louis Bouchez
Porte-parole de la campagne du MR

Ligne politique

Mais avant de revenir sur la forme, arrêtons-nous sur le fond: la question de la viande. "Il n’y a pas que le programme qui définit une ligne politique", défend Georges-Louis Bouchez. Le porte-parole de la campagne du MR renvoie aux déclarations de Kristof Calvo, leader de Groen. Fin février; il ne répondait pas très clairement à Christophe Deborsu (RTL) sur l’idée d’effectivement augmenter le prix de la viande. "Ces déclarations s’ajoutent à celles d’Olivier De Schutter (expert en alimentation et candidat Ecolo à l’Europe, NDLR) qui va dire dans tous les débats qu’il faut manger et produire moins de viande, cela constitue aussi la ligne politique d’un parti", attaque Georges-Louis Bouchez.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Comment va se dérouler le duel PS / N-VA? Les écologistes vont-ils intégrer le gouvernement bruxellois? Les europhobes feront-ils une poussée au Parlement européen? Notre dossier >

L’Echo était dans le train avec les verts mercredi pour la déclinaison des 25 points communs entre Ecolo et Groen avancés comme ligne force d’une future négociation gouvernementale. Jean-Marc Nollet répondait sur la question de la viande dont la production a un impact considérable sur l’environnement. "Notre volonté est d’abord d’assurer une diversité de choix pour que les citoyens ne soient pas obligés de manger de la viande tout de suite, répondait le coprésident D’Ecolo. Derrière ce choix, il y a la volonté d’offrir une alimentation de qualité. Nous sommes persuadés que s’il a le choix, le consommateur fera celui de la qualité, pour la viande également. Il faut donc réduire le prix de la viande de qualité."

Mais que propose le programme fiscal des verts? "Rendre les choix écologiques moins chers en augmentant la fiscalité sur les services et produits polluants, en supprimant les subsides dommageables, en appliquant le principe du pollueur-payeur et en abaissant la fiscalité sur les services produits écologiques."

Le MR disait la même chose qu’Ecolo

Chez Ecolo, on répète: "Il n’est pas question d’augmenter les taxes sur la viande." Par ailleurs, pour défendre son tax shift, le gouvernement Michel prônait lui aussi des "taxes sur la pollution de l’environnement", y compris sur les "biens de consommation". Lorsqu’il était président du MR, Olivier Chastel annonçait vouloir faire "payer les pollueurs" et "conforter ceux qui ont un bon comportement dans notre société".

Pourtant, le MR n’a nullement l’intention de retirer la vidéo, persuadé qu’il frappe là où ça fait mal pour Ecolo. Georges-Louis Bouchez dénonce "l’ambiguïté" des verts sur cette question. "Qu’ils nous donnent la liste des produits polluants qu’ils veulent taxer", demande-t-il. Le MR est convaincu que la vidéo lui permet de marquer des points au sud du pays, quitte à jouer avec la vérité.

Le problème des libéraux, c’est que bon nombre d’entre eux trouvent que cette vidéo est parfaitement nulle et que sa stupidité manifeste est de nature à effrayer un électorat plus éduqué. C’est notamment le cas parmi les candidats bruxellois où l’on juge que la campagne électorale du MR est trop axée vers les classes populaires wallonnes. Certains en appellent à ce que cesse l’acharnement du MR. "Il faut qu’on arrête de taper sur les autres", confie un candidat. Une crainte existe: que cette agressivité systématique vis-à-vis des verts ne compromette toute chance de collaboration future pour former les prochaines majorités régionales. "Charles Michel est totalement isolé", confirme-t-on chez Ecolo.

Les libéraux semblent assumer une ligne très fédérale axée principalement sur l’élection en elle-même, sans se soucier d’éventuelles négociations avec un potentiel vainqueur du scrutin. Objectif: limiter la baisse promise à tous les partis traditionnels, peser suffisamment pour s’imposer au Fédéral et qui sait, jouer de ce levier pour orienter les autres coalitions.

Lire également

Publicité
Publicité