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Les libéraux et Macron, "faiseurs de rois" aux élections européennes

Emmanuel Macron lors de son allocution au Parlement européen en avril 2018. ©REUTERS

En quelques semaines, l’échiquier politique européen s’est recomposé comme rarement. Macron et les libéraux de l’ADLE ont capté des élus du PPE et du S&D. À l’extrême droite, le rassemblement autour de Matteo Salvini profite du courant europhobe, raciste et anti-migrants.

Dix jours avant les élections, la campagne bat son plein aux quatre coins de l’Europe. Jamais le jeu n’est apparu aussi ouvert, les recompositions des partis étant importantes. La famille libérale en sort gagnante.

"En 2014, la coalition a été bouclée facilement. Cette fois, c’est le doute."
benjamin bodson institut egmont

Des microséismes sont en cours. Usés par le pouvoir, des crises mal gérées et la montée du populisme, le PPE (démocrates chrétiens) et le S&D (socialistes) ont fond comme neige au soleil. Les prévisions les plus récentes, une agrégation de sondages diffusée le 14 mai par Politico, montrent le PPE à 170 sièges (-45) et le S&D à 143 (-43). Leur majorité a vécu.

Le PPE pâtit de son caractère hétéroclite et d’une obsession à cumuler tous les postes de pouvoirs au sein des institutions sans que son idéologie ne progresse. Pour peser, le groupe s’est notamment forcé à conserver le Fidesz hongrois de Viktor Orbán et son idéologie singeant l’extrême droite. Au sein du PPE, seule la CDU/CSU allemande obéit encore à une logique claire.

Prises de guerre

Les libéraux (ADLE), dirigés par Guy Verhofstadt, ont provoqué le deuxième microséisme. Bénéficiant de l’effet d’attraction provoqué par la liste Renaissance du président français Emmanuel Macron, ils ont capté des élus du PPE, du S&D et des Verts. Leur dernière prise en date: les socialistes du Premier ministre portugais António Costa. Avant eux, l’Italien Matteo Renzi et sa liste démocrate ont rejoint la liste Macron, de même qu’un fondateur d’Europe Écologie, Pascal Durand.

Les libéraux, bondissant de 37 sièges à 105 dans les prévisions, s’imposent comme les faiseurs de rois. Une coalition PPE, S&D et ADLE est de plus en plus probable, sinon nécessaire pour avoir une majorité tenable. Elle jouirait de 421 sièges sur 751. Les Verts pourraient la rejoindre pour former une grande coalition. Mais l’opposition de certains élus écologistes, plus forte que celle des socialistes, à l’encontre des accords de libre-échange, comme le CETA et le TTIP, susciterait des réticences au sein du PPE et de l’ADLE.

"En 2014, la coalition a été bouclée facilement. Cette fois, c’est le doute, il n’y a pas beaucoup d’autres possibilités qu’une petite coalition", dit Benjamin Bodson, spécialiste en questions européennes de l’Institut royal des relations internationales Egmont. On pourrait aller vers une coalition "a minima" (PPE, S&D, ADLE) qui nouerait des alliances avec les Verts ou d’autres partis en fonction des dossiers. Le travail parlementaire en serait ralenti. "La recomposition voulue par Macron, cette manière de rebattre les cartes, risque de bloquer le Parlement et de donner, comme le souhaite le Président français, plus de poids à l’intergouvernemental", poursuit Benjamin Bodson.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Comment va se dérouler le duel PS / N-VA? Les écologistes vont-ils intégrer le gouvernement bruxellois? Les europhobes feront-ils une poussée au Parlement européen? Notre dossier >

Le nouveau visage de l’Europe tire à droite, sauf en Espagne et en Grèce. Écologistes et socialistes n’ont pas dit leur dernier mot. Les deux se parlent, comme le prouve une rencontre récente entre le coprésident des Verts Philippe Lamberts et Paul Magnette.

Farage, Salvini & co

La percée du parti du Brexit, la nouvelle formation de Nigel Farage, est le troisième séisme en cours. Donné à 30% au Royaume-Uni, il cloue sur place le Labour et les Tories, privant les socialistes, l’ECR et le PPE de députés. "Les Britanniques n’ont pas eu ce qu’ils voulaient, il ne faut pas s’étonner aujourd’hui que Farage revienne en force", dit Emmanuel Foulon, un porte-parole au groupe S&D.

Le quatrième séisme provient d’une radicalisation vers les partis d’extrême droite en France et en Italie. L’Alliance européenne des peuples et des nations (AEPN), créée par le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini, regroupe les anciens partis ENL et EFDD en une formation à laquelle les sondages attribuent 70 élus. Le Rassemblement national de Marine Le Pen est toujours en tête dans les sondages en France. Si cette perspective se confirme, le groupe d’extrême droite, europhobe, dépasserait les Verts (55 élus, + 3) et la gauche radicale (50, -2), s’imposant comme le quatrième parti de l’UE.

Les conservateurs et réformistes (ECR), que le Brexit aurait saignés, survivent à 60 sièges (-17). Ils rêvent d’une coalition PPE, ADLE et ECR, envisageable sur papier.

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