interview

Olivier De Schutter vise un troisième siège Ecolo à l'Europe

Olivier De Schutter ©Thierry du Bois

L'expert en droit international, spécialiste de l'alimentation, est candidat d'ouverture. Ecolo dispose actuellement d'un siège au Parlement européen. Son succès actuel lui permet d'en espérer un, voire deux de plus.

A chaque jour son candidat d’ouverture. Aujourd’hui Ecolo annonce la participation au combat électoral d’un sympathisant de longue date, même s’il n’est pas membre du parti. Olivier De Schutter, expert de renommée internationale en matière de droit à l’alimentation, figurera à la troisième place de la liste emmenée par Philippe Lamberts et Saskia Bricmont à l’Europe. C’est le choix qui sera proposé aux instances du parti dans les prochaines heures. " Chez Ecolo, les candidats d’ouverture ne sont pas des attrape-voix, mais incarnent la rencontre d’un parcours militant individuel et d’un projet politique, dit Zakia Khattabi, coprésidente d’Ecolo. Je n’ai pas été chercher quelqu’un qui, depuis 20 ans, squatte le 19 heures et dont on sait qu’il est très suivi. Olivier est une des plumes du Pacte Finance Climat qui nous donne une réponse à la question du financement de la transition écologique". L’Echo a rencontré Olivier De Schutter ce jeudi midi.

Siégerez-vous si Ecolo décroche un troisième siège européen? Vous aviez soutenu Ecolo à Ixelles en 2018, mais ne siégez pas au conseil communal malgré votre élection.

Oui. Le moment est venu pour moi d’essayer ce que je n’ai pas encore essayé, changer les choses en faisant de la politique active. Mon impatience est telle, le moment est tellement important pour l’Europe. A Ixelles, je ne m’attendais pas à être élu, l’intention n’avait jamais été de siéger au conseil communal, car je suis trop souvent à l’étranger. Ceci est tout autre chose. Mon premier vrai job fut de créer une délégation de la fédération internationale des droits de l’homme auprès de l’Union européenne en 1992. Je n’ai jamais cessé de travailler sur les enjeux européens. Si Ecolo parvenait à faire élire trois députés, je m’y consacrerais à 150%. J’abandonnerais tout le reste.

Le Pacte Finance Climat sera le leitmotiv de votre campagne?

Il s’agit d’une affaire compliquée qui ne pourra se faire qu’au départ d’un noyau dur d’Etats qui s’engagent à faire deux choses à la fois : d’une part financer la transition écologique par une harmonisation des taux de l’impôt des sociétés pour faire payer les entreprises qui en ont les moyens et d’autre part d’investir pour l’isolation des bâtiments, les infrastructures de transport, etc. Ca ne sera pas possible à 28 ou à 27 en requérant l’unanimité des Etats. On ne met donc pas tous nos oeufs là-dedans. Par contre, l’enjeu majeur de cette élection est à mes yeux de faire correspondre la transition écologique avec la justice sociale. On a deux publics différents. Les gens soucieux des générations futures et qui ont le luxe de pouvoir se projeter dans ces questions d’environnement et d’autres qui ont pour préoccupation majeure la lutte contre la pauvreté. En Europe on a 36 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté. C’est énorme. Il faut prendre ensemble ces deux défis et leur trouver une réponse commune. Dans un document que je vais diffuser, j’essaye d’expliquer que je mets des outils en avant pour ce faire.

Quelles sont vos propositions?

"Un front prorgessiste est en train d'émerger au niveau européen"
Olivier De Schutter
Candidat Ecolo

L’idée est claire. Les choix les plus responsables doivent être aussi les plus faciles à faire, également du point de vue économique. Ca ne veut pas dire seulement taxer les comportements problématiques, mais aussi subsidier les comportements vertueux. Et cela veut dire taxer les externalités négatives pour que le prix cesse de mentir aux consommateurs. J’ai beaucoup travaillé sur l’alimentation et je suis frappé de voir que toute la malbouffe qu’on inflige aux gens, ces solutions alimentaires low cost ont des impacts pour les ménages les plus pauvres en matière de santé publique. La nourriture le moins bonne pour la santé et l’environnement est aussi la moins chère. Il faut changer cela.

Taxer d’un côté et subsidier de l’autre, c’est cela?

Ce n’est pas que cela. Pour moi, il n’y a pas de low cost. Au lieu de facturer au consommateur on facture au contribuable et aux générations futures. 80 % des coûts en soins de santé sont liés aux maladies non transmissibles, notamment liées à la question de l’alimentation. C’est énorme comme facture. Mais par ailleurs, la pauvreté monétaire est corrélée à la rupture des liens sociaux. La transition écologique fait émerger des innovations sociales qui encouragent les comportements vertueux et recréent du lien social. Les politiques n’ont pas assez soutenu cela.

Comment fédérer au niveau politique?

J’ai travaillé pendant trois ans sur une politique alimentaire commune pour l’Union européenne. Avec un panel international d’experts, nous soutenons une politique alimentaire qui chapeaute agriculture, santé environnement, commerce, coopération au développement. Une stratégie intégrée. On peut faire travailler ensemble des groupes qui travaillent sur des sujets différents et séparément, mais qui sur la réforme des systèmes alimentaires ont fait une alliance incroyablement riche.

On répète. Et au niveau politique?

"Les grands chantiers européens sont inachevés. Il faut évidemment renforcer la dimension sociale du marché intérieur. Pour l’Union économique et monétaire, il y a un déséquilibre vers une orthodoxie budgétaire mortifère."
Olivier De Schutter

Jusqu’à présent on a eu un condominium PPE et S&D qui ont monopolisé les débats et les grands compromis. On nous dit qu’aujourd’hui que le choix c’est soit les souverainistes et les eurosceptiques et de l’autre côté, ceux qui voient l’Union européenne comme une courroie de transmission de la mondialisation, mais qui, au moins, sont pro-européens. Moi je pense que ce qui émerge, c’est un front progressiste large qui inclura le centre gauche et les verts. Le condominium est en train de s’effriter.

L’enjeu de cette élection c’est l’existence même de l’Union européenne. Comment imposer des thèmes qui vous sont chers dans ce contexte?

Pour que l’Europe existe elle doit se donner un nouveau projet mobilisateur. L’Europe n’a jamais bien vécu l’immobilisme. Elle a fait le marché intérieur, puis l’Union économique et monétaire, et enfin l’espace de sécurité et de justice. A chaque fois elle a pu mobiliser, nourrir des compromis entre les Etats.

Des projets qui furent à chaque fois au service d’une vision très libérale de l’économie. Faut-il continuer ainsi?

Les grands chantiers européens sont inachevés. Il faut évidemment renforcer la dimension sociale du marché intérieur. Pour l’Union économique et monétaire, il y a un déséquilibre vers une orthodoxie budgétaire mortifère. Il faudrait que les performances des Etats en matière sociale soient surveillées avec la même rigueur que les budgets. J’ai fait des propositions très claires là-dessus en tant qu’académique. Ensuite il y a un gros problème avec la Pologne, la Hongrie et la Roumanie. Des Etats avec lesquels on ne peut plus travailler parce que l’Etat de droit s’y trouve menacé. Il faut donc renforcer la capacité de l’UE d’imposer le respect de ses valeurs dans les Etats membres. Le projet écologique et social ne va pas remplacer tout le reste. Les chantiers restent ouverts. Les politiques menées à l’extérieur, notamment en matière commerciale, ne sont pas alignées sur les valeurs européennes. L’augmentation des échanges est vue comme une fin en soi alors que le commerce devrait être un outil au service du développement durable.

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