analyse

Qui présidera la prochaine Commission européenne?

Margrethe Vestager et Jean-Claud Juncker. ©EPA

L’Allemand Manfred Weber, le Français Michel Barnier, la Danoise Margrethe Vestager ou Angela Merkel: l’un d’eux pourrait diriger la future Commission européenne. Le 28 mai débutera le processus de nomination du poste le plus important de l’Union européenne.

Le 28 mai, juste après les élections, les chefs d’État ou de gouvernement européens se réuniront à Bruxelles pour tirer les leçons du scrutin et lancer le processus de nomination du président de la Commission européenne, le poste le plus important de l’Union européenne. Une bataille rangée s’annonce.

Qui ravira le trône de fer surplombant l’Union? Quel visage aura la prochaine Commission? "C’est plus que jamais difficile à prévoir", dit Benjamin Bodson, expert en affaires européennes à l’Institut Egmont. Jean-Claude Juncker a fait évoluer la Commission de ses missions premières de régulation vers d’autres, bien plus politiques, répondant à des événements importants, comme la crise financière, les migrations, le Brexit.

L’environnement, le numérique, l’industrie, la défense, le social. Demain, de nouveaux défis devront être relevés par une Commission qui devra être encore plus forte, sans quoi les populistes continueront à grandir. D’autant que deux commissaires, désignés par l’Autriche et l’Italie, où l’extrême droite est au pouvoir, feront leur arrivée.

Les contours du futur exécutif européen

Michel Barnier et Jean-Claude Juncker. ©EPA-EFE

Le système du spitzenkandidat, créé en 2014 pour faire passer le candidat de Berlin, Jean-Claude Juncker, consiste à choisir le futur président parmi les têtes de liste des partis européens. Un débat – fort convenu – a eu lieu mercredi soir entre lesdits candidats, Manfred Weber (PPE), Frans Timmermans (S&D), Margrethe Vestager (ADLE), Ska Keller (Verts), Jan Zahradil (ECR, conservateurs) et Nico Cué (Gauche radicale).

Manfred Weber est le gagnant théorique, le PPE restant en tête malgré des pertes importantes. Mais il est loin de faire l’unanimité. Inconnu des Européens et de plus de la moitié des Allemands, il représente la très impopulaire CSU bavaroise, l’aile dure de la droite chrétienne allemande. Certains dirigeants comme le Premier ministre grec Alexis Tsipras, voteront contre. Le président français Emmanuel Macron préfère la libérale Margrethe Vestager ou, à la rigueur, le Français Michel Barnier (PPE), brillant négociateur du Brexit. "En ne se portant pas candidat, Michel Barnier est resté au-dessus de la mêlée", poursuit Benjamin Bodson.

"En ne se portant pas candidat, Michel Barnier est resté au-dessus de la mêlée."
Benjamin Bodson
Expert en affaires européennes (Institut Egmont)

Margrethe Vestager s’est faite remarquer comme commissaire à la Concurrence en mettant au pas les géants du net. Son éthique et sa poigne l’imposent à la tête de l’exécutif. Les libéraux-démocrates auront-ils la force de concrétiser l’essai? Le gouvernement danois s’oppose à sa nomination, mais ce ne sera pas suffisant pour la bloquer.

Le Conseil européen devrait proposer un nom en juin, à la majorité qualifiée. Le Parlement européen se prononcera ensuite sur ce choix, en principe à la mi-juillet.

Élections 2019

Le 26 mai, la Belgique se rend aux urnes pour renouveller les parlements régionaux, fédéraux et européens. Comment va se dérouler le duel PS / N-VA? Les écologistes vont-ils intégrer le gouvernement bruxellois? Les europhobes feront-ils une poussée au Parlement européen? Notre dossier >

Avant toute chose, le président du Conseil, Donald Tusk, insiste pour définir les contours de la future Commission. "Le prochain Président sera soit celui de la régulation, laissant le Conseil prendre les décisions politiques, soit celui d’une Commission politique affrontant les crises systémiques", résume Stéphane Desselas, président du bureau Athenor. Dans le scénario d’une Commission plus politique, Vestager reste en selle. Barnier chevauche une tête plus haut. Le nom de la chancelière allemande Angela Merkel circule à mots feutrés dans certains milieux. La fonction irait comme un gant à celle qui fut ces dix dernières années la véritable capitaine de l’Europe. Après tout, les quatre derniers présidents étaient d’anciens Premier ministre. Merkel donnerait son titre de gouvernement à une institution qui n’attend que cela. Mais "der bundeskanzler" n’est pas candidate et soutient Manfred Weber. Certains voient la Chancelière diriger le Conseil, mais ce poste de "go between" serait un brin trop étroit pour elle.

Un commissaire belge

Pour le commissaire dévolu à la Belgique, des noms circulent côté francophone. Ceux des libéraux Charles Michel, au cas où le "16" lui échappe, et Didier Reynders, fort apprécié sur la place internationale. Côté socialiste, Paul Magnette l’emporte, il connaît l’Europe sur le bout des doigts. Mais son combat contre le Ceta l’a rendu impopulaire dans la bulle européenne. Un nom revient de plus en plus: Philippe Lamberts. Le coprésident des Verts européens s’est distingué durant la législature par son travail de fond et ses qualités de tribun. Tout dépendra, pour ce poste équivalent à un vice-Premier, du score final des écologistes.

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